Voir p
7. Ici on a ratura et rendu illisible sur l'autographe un membre de phrase.
336 CORRESPONDANCE [déc. 169S
M. le cardinal de Bouillon est le plus lâche de tous les hommes. Les jésuites sont au désespoir.
Il n'y a ici que les partisans déclarés de M. de Cambrai qui osent seulement regarder la dernière réponse de M. de Cambrai contre vous. Je crois toujours qu'il est nécessaire que vous le poursuiviez l'épée dans les reins, pour le triomphe de la vérité8.
J'oubliais de vous dire que le pauvre M. l'abbé de Barrières me paraît assez intrigué sur ce qu'on lui mande de Paris, qu'il a un ecclésiastique9 auprès de lui qui est fort zélé pour M. de Cambrai, et que cela pourrait lui faire tort. Vous savez, et je vous prie de le dire à M. le cardinal d'Estrées, que je ne me suis jamais avisé de vous en dire un mot, n'ayant pas imaginé que ce pauvre homme pût faire ni bien ni mal, soit qu'il fût pour ou contre M. de Cambrai. J'en ai toujours parlé ainsi à M. de Barrières, qui se conduit ici sur cette affaire avec toute la modération d'une personne aussi sage qu'il est. Cet ecclésiastique d'ailleurs est un honnête homme, qui s'imagine à la vérité que l'amour du cinquième degré est la perfection, et que M. de Cambrai est le plus grand homme de l'Église : je me suis toujours moqué de lui.
8. M. l'abbé Bossuet <c veut que l'on croie que M. de Meaux répondra diligemment à cette dernière Réponse de M. de Cambrai aux Remarques, qui a surpris tout le monde ici par sa promptitude, mais encore plus par sa beauté, par sa force, par sa rapidité qui entraîne tout. Je n'ai vu personne qui ne la mette au-dessus de la première Réponse, qui s'était attiré tant d'applaudissements » (Chanlérac à Langeron, g décembre 1698, t. X, p. i3o). De son côté, l'abbé Bossuet écrivait à l'arcbevèque de Paris le 25 novembre 1698 : « Plusieurs cardinaux m'ont dii qu'ils avaient déclaré à M. de Cbantérac ne vouloir pas lire cette dernière réplique de M. de Cambrai. » Voir p. 456.
g. « M. de Barrière a un cliapelain très emporté, cambrésien jusqu'à la manie », écrivait le P. Roslet à M. de Noailles le ifi octobre précédent (Ms. de Saint-Sulpice). Il a été parlé de M. de Barrière, t. VIII, p. 358, et t. IX, p. 253.
déc. 1698] DE BOSSUET. 33y
1818. — Le Marquis d'Harcourt a Bossuet.
Madrid, 5 décembre 1698.
J'ai reçu, Monsieur, la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire, du 10 de l'autre mois, avec celle que vous avez adressée à M. l'archevêque de Séville ' et les livres qui y étaient joints, que j'avais déjà lus. M. l'archevêque de Reims m'a fait l'honneur de me les adresser il y a quelque temps, aussi bien que M. l'archevêque de Paris. Quoique je sois encore moins capahle de juger de ces sortes de matières que d'aucune autre, ils m'ont fait fort grand plaisir. Vous y faites voir trop clairement la vérité et la pureté de votre doctrine et de votre procédé, pour que l'on puisse douter un moment de la fausseté de celle que vous combattez, à moins qu'on ne soit entêté de son propre ouvrage ou d'une nouveauté qui plaît toujours à certaines gens, et surtout aux esprits faibles. Tous ceux qui aiment la pureté de la religion et le repos de l'État ne sauraient trop louer votre zèle à détruire un monstre naissant.
Je me suis informé ici soigneusement du chemin que cela peut faire en Espagne, qui est peu de chose; car cette monarchie a tellement baissé en tout, que l'ignorance y règne de manière que le seul mot de mystique y est très peu connu. L'Inquisition ne fait la guerre qu'au judaïsme, et son principal soin est de conserver une autorité injustement acquise, et de la pousser au delà de ses justes bornes.
J'envoie à M. l'archevêque de Séville la lettre que vous lui écrivez, et je vous ferai tenir sa réponse avec soin. Je tâcherai aussi de découvrir ce qui se passe à Salamanque, où du
Lettre 1818. — Henri d'Harcourt-Beuvron (165^-1718) se distingua dans les armées, notamment à Nervvinde, Put créé duc en 1700, reçut en 1702 le bâton de maréchal de France, et fut nommé pair de France en 1710. Il avait été envoyé en Espagne comme ambassadeur extraordinaire, en 1697.
1. Jacques de Palafox. Voir Plielipeaux, t. II, p. 178 et 179.
338 CORRESPONDANCE Idée. 1698
moins il n'y a que quelques particuliers qui travaillent secrètement. J'aurai l'honneur de vous informer du tout, comme la personne du monde qui est avec le plus de respect et de vénération, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.
Harcourt.
A Pierre de Lx Broue.
A Paris, 6 décembre
Je ne me contenterai pas, Monseigneur, de faire écrire M. l'abbé de Castries1, qui ne me le refusera pas quand je l'en prierai; mais j'écrirai moi-même en même temps, et dans le temps que vous souhaitez. Je ne mentirai pas, quand je dirai que je souhaite plus de vous voir ici que vous d'y venir2.
Les nouvelles de Rome marquent toutes une prochaine et ferme décision ; et je le crois sur ma Réponse. Je vois, par l'attente où l'on en était, combien la séduction et la prévention d'un grand parti a d'effet: elle fait jusqu'à Rome une prodigieuse cabale ; mais ma Réponse a mis tout le monde en garde contre l'artifice. Je suis, mon cher Seigneur, avec le respect et la cordialité que vous savez, votre très humble et très obéissant serviteur.
J. Bénigne, é. de Meaux.
Lettre 1819. — Copie authentique, au Grand séminaire de Meaux.