Ici commence l'autographe
dée. 1698J DE BOSSUET. 345
pas avant le carême. Les partisans de M. de Cambrai, qui, les dernières semaines, étaient désespérés, commençaient ù reprendre courage et à dire que l'affaire ne finirait point. J'ai été au fond, et j'ai su par des voies sûres, puisque c'est par la voie du cardinal Casanate lui-même, et le P. Roslel parla voie du cardinal Albani, que M. le cardinal de Bouillon était cause de tout ce désordre. Le cardinal Casanate me dit hier que, sans cette Éminence, on aurait déjà voté sur vingt propositions ; mais qu'on ne pouvait lui imposer silence, ni l'obliger dans les trois premières congrégations à donner son vœu, ni savoir ce qu'il voulait conclure. Il ne conclut à rien la première fois qu'il parla; à la troisième congrégation, qu'il parla contre, ce fut la même cbose ; avant-hier, qui était la quatrième, il demanda encore à parler, et je ne sais pas encore certainement s'il a donné son vœu par écrit, comme les cardinaux le lui ont demandé ; je le saurai avant que de finir cette lettre. Ce que je sais, c'est que tous les cardinaux paraissent indignés contre lui de l'embarras qu'il met dans cette affaire, qui sans lui n'aurait jamais trouvé et ne trouverait point de difficulté.
Le cardinal Casanate dit qu'il se perd dans les nues avec des raisonnements plus subtils que le jésuite, le carme et le sacriste n'ont jamais fait ; enfin que tout son but est d'allonger et d'embrouiller. Le cardinal Albani a dit au P. Roslet que le cardinal de Bouillon paraît savoir très mauvais gré à ceux qui contredisent son sentiment et qui parlent trop fort contre M. de Cambrai, et qu'il garde là-dessus très peu de mesures. Le cardinal Casanate m'a ajouté quelques paroles, qui me font juger que la vue de M. le cardinal de Bouillon est de distinguer deux sens dans les propositions, suivant l'un desquels les propositions sont ccnsurables, mais soutenables selon l'autre, qui sera selon lui celui de M. de Cambrai, à qui il faudra bien nécessairement s'en rapporter sur cela. J'ai eu en même temps le plaisir de voir le cardinal Casanate me dire nettement qu'on aurait raison de se moquer du Saint Siège, s'il entrait dans ces prétendus doubles sens ; que c'était l'office du Pape et des cardinaux de déterminer que le sens naturel
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des paroles était bon ou mauvais; que c'était cela précisément sur quoi on consultait le Saint Siège, et sur quoi il fallait répondre ; qu'ainsi il fallait nécessairement décider, ou que le sens naturel des propositions de M. de Cambrai était bon et catholique, ou mauvais et digne de telle et telle censure. C'est là précisément le point qui me paraît être bien entendu, non seulement du cardinal Casanate, mais de presque tous les autres, et ce qui fait enrager M. le cardinal de Bouillon. Le cardinal Casanate m'a assuré que c'était une moquerie de vouloir parler plus d'un quart d'heure; qu'il ne parlerait jamais davantage quand ce serait à lui à parler ; qu'il était question de donner son vœu par écrit, et qualifier nettement les propositions. Enfin il me parla en homme bien intentionné, bien persuadé de la bonne cause et de la malignité de M. le cardinal de Bouillon, qu'il dit très nettement être seule à craindre.
Le cardinal Albani a parlé à peu près de la même sorte au P. Roslet, et le cardinal Casanate encore, que le P. Roslet a vu aussi ; ainsi on ne peut savoir plus sûrement les démarches du cardinal de Bouillon et ses bonnes intentions, que je ne doute pas qui ne durent jusqu'à la fin. Le cardinal de Bouillon, par son seul vœu, allongera l'affaire de plus de deux mois, sans compter les anicroches qu'il ne manquera pas de trouver quand les cardinaux auront fini, et qu'il s'agira d'étendre la bulle. Je ne sais, pour moi, si l'on peut faire pis contre l'Église et par rapport aux intentions du Roi.
Revenons à la congrégation de lundi dernier, qui était avant-hier, 8e de ce mois2. M. le cardinal de Bouillon reparla encore le premier très longuement, et sur l'amour pur, sur quoi il avait déjà parlé deux fois sans pouvoir s'en lasser, et puis sur l'article de l'indifférence. Je ne suis pas assuré s'il a laissé son vœu sur les propositions de l'amour pur et de l'indifférence ; vous le saurez à la fin de ma lettre. Pour les autres cardinaux qui suivirent, ils furent très courts, et laissèrent leur vœu par écrit sur l'article de l'indifférence. Le cardinal