DOCUMENTS SI R LES RÉUNIS
70 Les curés doivent interpréter Favorablement les intentions des mourants et croire facilement ceux qui les assurent qu'on les est venu appeler par l'ordre du défunt dans quelques moments avant son décès, pourvu que le contraire ne soit pas notoire, car, en ce cas, cela ferait un mauvais effet dans l'esprit des anciens catholiques et diminuerait le respect dû aux cimetières et à la sainteté de la sépulture ecclésiastique.
8° La coutume de traîner sur une claie cause plus d'horreur contre les catholiques qu'elle ne fait de bons effets poulies réunis.
Sur les instructions. — C'est ici l'endroit important.
Il y a deux sortes d'instructions, l'une pour le commun et pour toutes les grandes personnes, l'autre pour la jeunesse seulement.
i° On doit supplier S. M. d'ordonner que les nouveaux catholiques assistent les dimanches et fêtes aux instructions qui se feront dans l'église hors du temps de la messe, pour ne point contraindre à l'entendre ceux qui n'ont point fait de pâques, conformément à ce qui a été dit dans le chapitre de la messe, et aussi pour ne point trop faire apercevoir qu'on les en exclut.
2° Pour la jeunesse, ce qu'on propose en Languedoc touchant les écoles à ériger pour les enfants jusqu'à l'âge de quinze ou seize ans est salutaire, et on doit supplier très humblement S. M. d'en ordonner et approuver l'érection, tant pour les garçons que pour les filles séparément, et même la faciliter non seulement par lettres patentes, mais encore en établissant des fonds convenables.
3° Quoique ces écoles doivent être communes à tous les sujets du Roi, parmi lesquels on ne doit laisser de différence que le moins qu'on peut, il les faut tourner spécialement à l'utilité des nouveaux catholiques.
4° II est juste et digne du Roi d'ordonner aux pères et aux mères d'envoyer leurs enfants jusqu'à l'âge de quinze à seize ans aux collèges et aux petites écoles pour y être instruits dans la foi et dans les pratiques de l'Eglise catholique, comme
à faire le signe de la croix, sans néanmoins contraindre trop les enfants, pour ne point rebuter d'abord et ne point donner prétexte aux parents de chercher les moyens de les retirer.
5° Il faut attendre l'effet de ces instructions principalement de la bonté de la doctrine et de la sainteté des cérémonies, qui naturellement gagnent les enfants, en sorte qu'ils se porteraient comme d'eux-mêmes à la religion catholique si leurs parents ne les en éloignaient pas.
6° Ainsi S. M. doit être très humblement suppliée d'ordonner aux pères et mères, tuteurs et tutrices, sous peine d'amende légère d'abord, mais qui pourra s'augmenter à proportion de la contumace, d'envoyer leurs enfants aux écoles communes et leur faire inhibition sous peines grièves de détourner leurs enfants de la doctrine qu'on leur apprendra dans l'église et dans ces écoles.
n° Comme la preuve de ce fait est difficile, les évêques et curés y demeureront particulièrement appliqués, et quand ils reconnaîtront dans quelques enfants de bonnes dispositions pour la religion catholique, ils en donneront avis aux intendants pour conjointement obtenir les ordres de S. M. pour les mettre dans des collèges ou dans des couvents ou chez des parents catholiques ou autres lieux convenables.
8° Les moyens de pourvoir à leur subsistance ne peuvent être déterminés que par la prudence du Roi et selon les ouvertures que les évêques et les intendants en donneront à S. M. par sa permission.
Moyens et expédients. — i° Tous les moyens se réduisent à l'instruction convenable et assidue.
2° Cette instruction dépend des bons évêques, des bons curés et des bons maîtres d'école.
3° On n'a qu'à se louer de l'attention du Roi à donner de bons évêques.
4° Pour les curés, ce doit être le soin des évêques, et il semble que le seul remède à tous les maux de l'Église, c'est d'étendre le pouvoir des prélats pour l'institution et destitution des curés incapables.
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5° L'incapacité consiste dans l'ignorance et dans les mauvaises mœurs.
6° On doit réputer pour ignorance l'incapacité de prêcher la parole de Dieu, du moins dans une honnête médiocrité.
70 Ainsi on ne peut jamais faire aucun bien sans étendre la liberté dos évéques jusqu'à exclure des cures ceux qui, dans un examen institué pour cette fin, seront trouvés n'avoir pas, du moins dans un degré médiocre, le talent d'instruire, et d'ôter ceux qui manqueront de ce talent nécessaire ou qui seront convaincus de négliger l'instruction de leurs peuples. 8° Pour parvenir à avoir de dignes pasteurs, il n'y a rien de plus convenable que d'établir et de bien régler le concours selon les décrets du concile de Trente, avec les modérations que l'on y pourrait apporter pour conserver les droits des patrons ecclésiastiques ou laïcs.
9° Les maîtres et maîtresses d'écoles ne sont guère moins nécessaires que les curés, mais les expédients pour les établir seraient trop longs à déduire. Il suffit, quant à présent, que S. M. soit bien disposée à écouter les ouvertures des évèques et des intendants.
io° Un des plus grands soins des évèques pour l'instruction et réduction entière des réunis, c'est qu'on ne les accable pas de pratiques non nécessaires et qui leur soient odieuses, et c'est pourquoi leur instruction doit être, commise principalement aux évèques, qui auront plus que les autres les égards et l'autorité qu'il faut pour cela.
1 1° L'uniformité de la conduite est un des moyens les plus nécessaires, en sorte qu'il ne paraisse jamais qu'on soit à l'égard des réunis trop austère dans quelques endroits et trop indulgent dans d'autres. Le moyen pour parvenir à cette fin, c'est que le Roi ait la bonté de se réserver les châtiments plus considérables et qu'il daigne faire ressentir que, s'agissant de gagner les coeurs et de convertir les âmes, l'esprit de douceur doit prévaloir.
J. Bénigne, évêque de Meaux.
Lettres diverses sur le Quiétisme.
Nous continuons dans ce volume la série chronologique des lettres, qui ne sont pas adressées à Bossuet, mais ont été publiées dans les différentes éditions de ses œuvres, mêlées à sa correspondance relative au quiétisme (cf. t. IX, p. 3[)j-j65). Nous en ajoutons quelques autres inédites.
32° Antoine de Njailles à l'Abbé Bossuet.
Versailles, 16 juin 1698.
Je ne pus vous écrire par le dernier courrier, Monsieur, et je priai le Père procureur général des minimes de vous faire mes compliments : je n'ai pas toujours le temps de faire ce que je voudrais.
Vous devez avoir reçu depuis quelques jours ma Réponse à M. de Cambrai, manuscrite et imprimée : vous l'aurez dans peu en latin '. Elle a fait un si bon effet en ce pays, que j'espère fort qu'elle en fera aussi beaucoup dans celui où vous êtes.
Vous avez très bien fait de montrer la lettre dont M. de Meaux vous a envoyé la copie ; l'original est où vous savez ; c'est moi qui l'ai rendu: tout ce qui y est n'est que trop vrai. M. le cardinal de Bouillon a pu faire l'étonné ; mais je suis sûr qu'il ne l'a point été : il sait la liaison ; et, s'il n'était intéressé dans la cause de M. de Cambrai par les engagements qu'il a pris avec les jésuites et avec lui, il en parlerait plus fortement que nous. Vous avez pu l'assurer que M. le nonce a vu l'original : on lui communique tous ceux des pièces qu'on vous envoie, et on le fera toujours avec plus de soin. M. de
32° — 1. La traduction en fut faite par Denys Billard, ancien régent des Grassins et du Plessis (Archives Nationales, L 22).
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Meau\ la met par extrail clans sa Relation, qu'il vous enverra au plus tôt.
La disgrâce des quatre hommes que le Roi a ôtés de la maison de Messeigneurs les princes ses petits-enfants, fera bien voir que le zèle de S. M. ne s'est point ralenti, et qu'elle craint toujours autant que jamais que la mauvaise doctrine ne se répande. Je m'attends bien que vous ferez valoir cet événement le plus que vous pourrez.
Nous aurons donc bientôt le P. Dez : il a du mérite, et la coadjutorerie qu'on lui donne, dans le public, du P. de La Chaise, achève de lui attirer de la considération ; ainsi je ne suis pas surpris qu'il en ait eu à Rome. Cependant elle n'a pu lui faire passer son livre, et je sais qu'il en est fort mortifié : il le sera bien encore, quand il verra ici qu'on le croit tout à fait dans les intérêts de M. de Cambrai. 11 aura beau dire, il ne nous persuadera pas du contraire, ni sur lui, ni sur ses frères.
Ce n'est pas un grand malheur pour nous que la mort de Bernini, car il était fort gagné ; mais c'en serait un fort grand, si Fabroni ou Gasoni avait sa place 2 : ils ne nous seraient bons ni l'un ni l'autre. Faites tous vos efforts pour l'empêcher. M. Giori y fera bien tout ce qu'il pourra : il en parle et en écrit vigoureusement.
Si on ne va pas plus vite dans les congrégations, nous ne serons pas sitôt hors d'affaire. Il ne faut pas étrangler, mais il faut presser, quand ce ne serait que pour empêcher les longs discours du P. Alfaro : je ne comprends pas comment on les souffre. J'espère toujours de la force de la vérité, et de la continuation de vos soins. Je suis toujours à vous, Monsieur, avec les sentiments que vous savez.
33° Le Duc de Beauviltier à M. de Pomponne.
[18. juin 1G9S.] J'ai cru, Monsieur, qu'il ne serait pas inutile que j'eusse
2. Le successeur de Bernini fut Sperelli. Cf. t. IX, p. 36g. 33" — Inédite. Copie avec signature autographe. BibliothèqueNationale, fr. a32l4, f° 16. — Cette lettre, comme la suivante, fut
l'honneur de vous écrire les mêmes choses que je vous ai déjà dites au sujet de Mme Guyon, et je le ferai d'autant plus volontiers que je n'ai pas la moindre répugnance à répéter par écrit ce que je vous ai expliqué en conversation dès le 9e avril 1697. J'écrivis à Mme de Maintenon une lettre par laquelle je lui marquais que je condamnais pleinement et sans aucune restriction les livres de Mme Guyon. C'est ce que je fis non seulement par soumission à la condamnation de M. l'archevêque de Paris, mais par être persuadé qu'ils contenaient des choses qui méritaient d'être condamnées.
A l'égard de Mme Guyon, j'ai cessé de moi-même, et Mme de Beauvillier aussi, tout commerce direct ou indirect avec elle il y a environ quatre ans. Je l'ai fait, Monsieur, dans un temps où il était libre de la voir ou de ne la voir pas, et sans que personne eût exigé de moi que je prisse un parti semblable.
On dit qu'elle est folle ou méchante. Je vous proteste que je me ferais un scrupule d'assurer qu'elle n'est ni l'un ni l'autre. Je vous dirai même que je crois qu'elle peut être ou folle ou méchante, ou tous les deux ensemble. J'ajouterai aussi de bonne foi que certaines choses qu'on assure avoir été écrites par elle me paraissent contraires au bon sens.
Je serai toujours prêt, Monsieur, à répéter les mêmes choses que je viens de vous dire, quand on le désirera de moi, et il m'est égal de parler en conformité de tout ce que je vous ai marqué jusques ici, ou de n'en parler jamais : on peut choisir entre ces deux partis.
Je vous ajouterai encore ici, Monsieur, que ce n'est point par estime de Mme Guyon, comme on a voulu le faire entendre, que j'ai proposé pour être auprès de Monseigneur le Due de Bourgogne des personnes qui la connaissaient. En voici
écrite lorsque, après le renvoi des personnes qui travaillaient sous la direction de Fénelon à l'éducation du duc de Bourgogne, le duc de Beauvillier, suspect de quiétisme, se sentit lui-même menacé de perdre sa situation de gouverneur du prince. Avant de l'écrire, Beauvillier avait pris l'avis de M. Tronson (Correspondance de Fénelon, t. IX, p. 160, 161 et 222 ; e( Corresp. de L. Tronson, t. III, p. 589-590).
deux preuves bien certaines. L'une, c'est que moi-même, je ne la connaissais pas, lorsque le Roi me fil l'honneur de m'attaclier à la personne de ce prince. L'autre, c'est que je la connaissais quand j'ai proposé ceux qui sont auprès de Messeigneurs les ducs d'Anjou et de Berrv, et qu'il n'y a pas un seul d'eux tous qui ait jamais eu le moindre commerce avec elle.
Il me semble que cela est décisif, et je suis certain qu'un cœur aussi droit qu'est le vôtre sent dans tout ceci la droiture du mien et la simplicité de mon procédé.
Je vous supplie, Monsieur, d'être persuade que je n'oublierai jamais l'amitié que vous m'avez nouvellement témoignée, et que j'y répondrai toute ma vie avec la reconnaissance que je vous dois.
Le Duc de Beauvillier.
34° Le Duc de Beauvillier à Antoine de Noailles.
Ce 20 juin 1698.
Yous savez, Monsieur, avec quelle ouverture je vous ai toujours parlé.
En présence de M. Tronson, à qui, depuis seize ou dix-sept ans, je ne cache rien de ce qui a rapport à ma conscience, je vous ai une fois rendu compte de toutes mes pratiques et de tous mes sentiments les plus intimes. Vous les approuvâtes, Monsieur, et, par la miséricorde de Dieu, vous n'y trouvâtes pas la moindre chose qui pût être suspecte de nouveauté: c'est aussi ce que j'ai eu le plus en horreur depuis ma conversion.
Vous savez aussi, Monsieur, que ce fut de mon seul mouvement et pour m'assurer de plus en plus sur une matière si importante que je vous donnai la peine de venir à Issy, où M. Tronson était alors incommodé, et le respect humain ne pouvait avoir aucune part à cette démarche, puisque, dans le temps que je la fis, j'étais bien éloigné de prévoir ce que nous voyons aujourd'hui.
34° — L. a. s. Bibliothèque Nationale, fr. 2021Z1, f° 18. Inédite.
Dans la même confiance, je prends la liberté de vous envoyer la copie d'une lettre que j'écris à M. de Pomponne1. Vous en ferez tel usage que vous jugerez à propos. Je mo sers de cette occasion pour vous renouveler les assurances de l'attachement sincère avec lequel je suis, Monsieur, votre trèshumble et très obéissant serviteur.
Le Duc de Beauvillier.
35° Mme de Mainlenon à Antoine de Noailles.
A Saiut-Cyr, ce 21 juin [iGg8.]
L'estime et l'amitié que j'ai pour M. le duc de Beauvillier me fait entreprendre des choses impossibles et qui ne font que me jeter dans de nouveaux embarras. Je vous ai parlé, Monsieur, pour vous obliger à faire un dernier effort, et vous l'avez fait; mais, en vérité, nous ne savons ce que nous faisons en cette occasion, et nous n'avons d'excuse que celle de notre amitié pour un homme qui mérite bien qu'on ne se rende pas facilement sur ce qui le regarde. Cependant que pouvonsnous espérer:' Il se rapproche le plus qu'il peut, il s'attache à des circonstances que je ne contredirais pas quand je le pourrais. Tout cela change-t-il le fond de son cœur pour une femme que, depuis peu de jours, il a donnée au Roi comme possédée de Dieu d'une manière extraordinaire? D'un autre côté, M . de Chevreuse nous traite de calomniateurs et va s'éclaircir avec le Roi (comme sur un bruit qu'il vient d'apprendre) de ce qu'on dit qu'il estime Mme Guyon ; il rit de ses extravagances de l'air le plus libre, quand nous savons qu'il a cru recevoir une communication de grâces par elle. Je ne sais plus où j'en suis, Monsieur. Mme Guyon peut être dans l'illusion, M. de Cambrai peut avoir trop donné à son imagination. Mais que MM. de Beauvillier et de Chevreuse nient des faits de notre connaissance, c'est ce qui me surprend à ne pouvoir plus compter sur personne. Cependant, Monsieur, ce