Je finis par lui dire, enfin, je lui dis
3. Pour parler ainsi du chargé d'affaires, il faut que l'abbé Bossuet se considère comme un agent quasi-officiel de la cour de France.
affaire, ont propose au Pape, sans ma participation, de commencer par défendre le livre pour lui donner un premier coup, et de continuer l'examen des propositions en particulier '. Le Pape n'a pas goûté celte proposition, et a dit qu'il veut tout faire à la fois. Cette vue a, selon moi, du bon et du mauvais : du bon, si, après l'examen déjà fait ou près de finir des cinq premières propositions sur l'amour pur, le Pape voulait les déclarer erronées, scandaleuses, pernicieuses, et fonder sur cela la prohibition du livre, en promettant dans peu sa décision solennelle sur toutes les propositions du livre, et qu'effectivement on ne ralentit point sur l'examen ; alors il n'v aurait aucun inconvénient, et ce serait toujours donner un premier coup pour arrêter le mal. Mais, si l'on se contentait de défendre le livre sans rien exprimer, et qu'on crût en a\oir assez fait, et qu'on se ralentit sur l'examen, ce qui pourrait bien arriver, ce ne serait plus la même chose.
Le commissaire du Saint Office, qui m'a parlé de cette vue ce matin, est entré avec moi dans les difficultés qui s'y trouvent. Je ne parlerai sur cela ni pour ni contre, jusqu'à ce que j'y voie plus clair. Ce qui me fait un peu craindre, c'est que je me doute que cette vue vient en partie de M. le cardinal de Bouillon, dont le dessein serait de se tirer promptement d'affaire auprès du Roi ; espérant d'ailleurs que, la prohibition du livre faite, on ne presserait pas avec tant d'ardeur une condamnation plus précise, et par là épargner M. de Cambrai : c'est, comme vous voyez, une espèce de me::o termine.
J'en ai déjà parlé à M. le cardinal Casanate, qui dit très affirmativement qu'il ne sera pas d'avis de cet expédient; craignant avec fondement qu'on ne laissât tout là après et
[f. « On avait proposé de défendre le livre en attendant qu'on qualifiât la doctrine. Je me défiai de cette proposition qu'on avait fait goûter à M. l'abbé Bossuet, et nous avons reconnu que c'était un moyen suggéré pour reculer jusqu'à un autre pontificat et peut-être jusqu'à un autre règne le jugement de la doctrine. Car, après cette défense, on aurait pris un temps infini pour l'examen » (Giori à Noailles, 8 juillet 1698. Ms. de Saint-Sulpice, f° 12).
qu'on ne suivît plus cette affaire, et croyant qu'il faut que le Saint Siège parle sur cette affaire magistralement. Je l'ai supplié avec cela d'attendre que nous soyons mieux informés des desseins cachés, pour prendre une résolution. Car on pourrait tourner ce projet de manière qu'il ne le faudrait pas rejeter ; et ce qui me le ferait embrasser efficacement, ce serait la crainte que le Pape ne vînt à mourir avant la décision, qui est tout ce que désire la cabale; et ce serait toujours quelque chose d'avoir flétri le livre dans cette circonstance, qui 5 laisserait la liberté au clergé de France de faire ce qu'il jugerait à propos.
Je vous ai dit que ce sont nos amis qui proposent cette vue 6 ; car ce sont le général de la Minerve, le commissaire du Saint Office et le maître du Sacré Palais. Mais je sais et ne puis douter de la liaison du général de la Minerve avec le cardinal de Bouillon, et des extrêmes ménagements de ce général, qui sans difliculté fait agir les deux autres. Enfin, quoi qu'il en soit, je verrai bientôt le fond de cela, et je puis comme vous assurer qu'on ne prendra point du côté de la Congrégation et du Pape de résolution là-dessus que ce ne soit avec ma participation 7. Et, à vous parler franchement, je doute fort qu'on veuille entrer dans cet expédient, qui ne serait bon qu'en faisant la censure des premières propositions, et fondant là-dessus la probibition du livre. Dans huit jours, je vous parlerai là-dessus plus clairement.
M. le cardinal Albane est retourné de la campagne. Le P. Roslet l'a dû voir hier, et vous en mandera apparemment des nouvelles. Il doit aussi vous écrire au long sur Salamanque, dont nous avons quelque lieu de craindre qu'on