I. C'est ce qu'avait demandé l'abbé Bossuet
a. L'un des deux mss. : pressantes.
cardinal de Bouillon y avait plus de peine que personne dans le fond, je pense, à cause qu'elle venait de moi et que celles qu'il avait approuvées avaient été rejetées comme ayant quelque inconvénient considérable et qui préjudiciail à la réputation de L'affaire.
Les cinq premières propositions, qui regardent l'amour pur, seront achevées d'examiner devant les cardinaux et S. S. jeudi prochain, c'est-à-dire après-demain. 11 y a bien six semaines qu'on est après : si on avait continué sur le même pied, nous en avions encore à la lettre pour un an à entendre seulement les qualificateurs. A présent, tous les quinze jours on pourra finir un chapitre. Je compte que ce qui reste de propositions pourra être réduit à quatre ou cinq chapitres. En voilà encore, quant aux examinateurs, pour à peu près le mois de septembre. Je suis persuadé qu'ils ne finiront pas devant. MM. les cardinaux auront le temps d'étudier les matières et de proposer leurs vœux. Le mois d'octobre sera le mois de la crise : on ne peut deviner combien elle durera. Je conjecture qu'à peu près au mois de novembre, nous pourrons avoir une décision, si les choses vont leur train naturel et que Dieu conserve la santé au Pape comme il y a apparence, ne s'étant jamais mieux porté, mais ayant quatrevingt-trois ans. Je suis persuadé plus que jamais que, malgré l'enfer déchaîné, si le Pape vit, la vérité triomphera pleinement.
J'ai, depuis huit jours, parlé à fond et fait parler à MM. les cardinaux, et je suis resté satisfait de ce que j'ai vu, et si je n'ai pas été tout à fait si content de tout, ce n'a été que par rapport aux moyens d'accourcir, dans lesquels on prenait plaisir à trouver des difficultés qui n'y sont pas et qui se sont évanouies par l'ordre qu'a donné S. S. Le cardinal Ferrari3, que je crois bien intentionné dans le fond, prend, ce semble, plaisir à écouter les qualificateurs et croyait être de
3. Ce nom est en chiffre : le mouton. D'après nos mss., l'abbé Bossuet usait avec l'archevêque de Paris du même chiffre qu'avec M. de Meaux.
la dignité du Saint Siège que l'examen durât longtemps.
Marescotti, qui est une tête de fer, par d'autres motifs trouvait tant de difficulté contre l'usage du Saint Office. Nerli, qui a pensé revenir de son premier engagement avec le cardinal de Bouillon, était encore un peu difficultueux. Ce n'est pas qu'il [ne] faut lui rendre la justice que, depuis qu'il a vu combien on l'avait trompé sur les sentiments prétendus du Roi, lui qui a un respect infini et inclination pour sa personne, m'a paru bien différent d'auparavant; il s'est même expliqué très clairement sur la doctrine avec moi, et j'ai sujet d'en être content.
Il n'y a rien que le cardinal de Bouillon ne fasse auprès de moi et du P. Roslet pour nous persuader qu'il ne favorise pas M. de Cambrai; mais l'un et l'autre avons déclaré aux gens qui nous en ont parlé que nous ne pouvions être persuadés, non plus que le public, que par des actions, et leur avons bien fait entendre qu'il le devait pour son propre intérêt et pour sa réputation.
Le P. Roslet a eu une conversation avec le cardinal de Bouillon, dont il vous rend compte apparemment. On ne peut parler mieux que ce Père a fait. En vérité, Monseigneur, on est bien heureux de l'avoir : il a un bon sens admirable, une droiture de cœur et d'esprit extrême, une fermeté à l'épreuve, et en particulier une estime et une vénération pour vous, telle que vous méritez; il fait tout ce qu'il peut faire, et nous lui avons de grandes obligations.
Le cardinal Casanate continue à faire avec prudence tout ce qui dépend de lui pour la bonne cause. Il croit servir la religion, le Roi en particulier et ses amis. Je suis persuadé que le cardinal Albani ira bien présentement : il a des mesures à garder avec le cardinal de Bouillon.
J'ai pénétré le fond de la vue dont je vous parlai dans ma dernière. Le général de la Minerve m'a avoué ce qu'il avait fait là-dessus, sans participation, m'a-t-il dit, du cardinal de Bouillon, seulement pour donner un premier coup à la mauvaise doctrine. Il proposait la voie d'un bref; mais cela s'est
trouve- impraticable el inutile. On ne pouvait clans ce bref qualifier la doctrine sans finir l'examen, et il aurait fallu se contenter d'une prohibition générale, et cela aurait sûrement
empêché une décision et j'attends celle
aucun de nos amis bien intentionnés.... n'est entré dans cet expédient et ne l'a jugé bon. Je l'ai fait proposer au cardinal Albani ; par le P. Roslet, qui ne l'a pas approuvé;... a été du même sentiment, et cette idée est allée en fumée. Effectivement ce bref étant une fois donné, si on l'avait voulu donner, ce que je ne crois pas, on ne parlerait plus de l'affaire. C'était imposer silence sur les autres propositions aux qualificateurs qui défendent5 le livre. Je ne puis m'empêcher de croire que le cardinal de Bouillon avait quelque part dans ce projet, espérant qu'on en demeurerait à la prohibition du livre en général. Ce que je sais bien certainement, le P. Roslet et moi, c'est que la vue du cardinal de Bouillon, s'il ne peut sauver le livre, c'est de faire donner la censure la plus légère. Il est déterminé absolument d'empêcher qu'on ne qualifie les propositions d'hérétiques. Il fait déjà ses manèges auprès des qualificateurs et auprès des cardinaux. Nous avons éventé son dessein à n'en pouvoir douter.
Les jésuites ne changent point et vont sollicitant les audiences, disant que, si l'on censure la doctrine de M. de Cambrai parce qu'il ôte l'espérance, il faut censurer aussi M. de Meaux, qui détruit la charité. Voilà ce que Fabroni dit partout.
On ne m'a pas assez envoyé de votre dernière réponse à M. de Cambrai, non plus que tout ce qu'a fait M. de Meaux. Il serait bon de nous en envoyer incessamment une grande quantité.
J'ai vu les premières feuilles de la Relation de M. de Meaux. Les amis de M. de Cambrai répandent qu'il a de
l\. Les copies portent : à ce chival, faute de copiste pour cheval, qui désigne le cardinal AJbani (Cf. p. 4çj)- Les lacunes de ce passage proviennent sans doute de l'impuissance du copiste à lire l'écriture chiffrée. L'original de la lettre est perdu.