Défendent, interdisent
quoi répondre à tout cela : il me paraît bien difficile. S'il était bien conseillé, il se tairait et se soumettrait. Je suis avec respect...
4o° Antoine de Noailles à l'Abbé Bossuet.
Paris, 8 juillet 1698.
Je fus bien fâché, Monsieur, de n'avoir pu vous écrire la semaine passée : je priai le Père procureur général des minimes1 de vous en faire mes excuses. Un voyage que je fis hier à Versailles, d'où je revins tard, m'a ôté le temps que je voulais mettre à vous écrire amplement.
J'envoie par ce courrier trente exemplaires de ma Réponse, comme vous souhaitez. La Relation de M. de Meaux a achevé le bien qu'elle avait commencé ; car les plus aveugles voient présentement et sont étonnés, ou du moins le font. C'est tout vous dire, que M. et Mme de Beauvillier, M. et Mme de Chevreuse sont revenus tout à fait, et renoncent entièrement le parti. On ne peut s'en expliquer plus nettement, ni plus fortement qu'ils le firent hier dans les conversations que j'eus avec eux : ainsi la cabale est constamment 2 très abattue en ce pays. Mais je vois par vos lettres et par d'autres qu'elle est toujours puissante à Rome : il faut redoubler vos efforts et vos soins pour la combattre. Je crois que, pour cela, il est bon de commencer à changer de ton, et à faire un peu de peur de ce que les évêques de France pourraient faire 3, si on recule trop. Si les raisonnements et les faits, qui sont encore plus forts dans l'esprit des gens à qui nous avons affaire, n'obtiennent rien d'eux, il faudra bien employer d'autres moyens : en un mot nous serons obligés de juger, s'ils ne jugent point. Faites-le un peu envisager aux gens sages du pays.
400 — x Le P. Roslet, agent du cardinal, à Piome. 2. Constamment, de l'aveu de tous.
3 Cette menace contraste avec la modération habituelle de M. de Noailles. Cf. la lettre suivante.
L'expédient que vous avez propose'1 pour finir est 1res bon ; mais il n'importe quoi moyen ils prennent, pourvu qu'ils décident.
Je doute que l'abbé de Barrières ait dit ce qu'on lui fait dire : j'ai chargé quelqu'un de ses amis de lui écrire; il sait bien que cela n'est pas vrai.
La patience du Roi ne doit pas tant étonner : elle n'ira pas loin encore, selon les apparences. On v s'est expliqué hautement que M. de Cambrai ne reviendrait plus : ainsi c'est comme s'il n'avait plus sa charge. Mais le cardinal de Bouillon cache la vérité tant qu'il peut ; et je ne comprends pas comment des gens si sages et si pénétrants que ceux à qui vous avez affaire, se laissent ainsi imposer : ils le doivent connaître. Prenez garde aux conversations que vous avez avec lui : il est homme à prendre ses avantages de tout, et les jésuites le fortifient beaucoup. Je crains la liaison que le nouvel assesseur a avec eux ; mais le bien que vous m'en dites d'ailleurs me rassure. Quand M. le cardinal de Janson sera revenu de Beauvais, je le prierai de lui écrire fortement. Il faut toujours espérer en la protection que Dieu donne à la vérité et à vos soins. Je ne vous dis plus, Monsieur, combien je suis à vous.
4i° Antoine de Noailles à l'Abbé Bossuel.
Conflans, 1 1\ juillet 1698.
Votre lettre du ?4, Monsieur, ne me fait pas espérer une aussi prompte décision que je le souhaite : ceux qui la retardent se rendent coupables devant Dieu de grands maux. Je le vois par ce que nous découvrons tous les jours des mauvaises suites de ces nouvelles maximes. Je continue à vous dire qu'il faut commencer à faire peur ', en assurant que
4- Un. le Roi. Il a déclaré que Fénelou ne reviendrait plus à la Cour.
41° — 1. Cl. p. 385. Le P. Roslet, agent de Noailles, fit cette
nous nous ferons bien justice nous-mêmes, puisqu'on ne veut pas la faire.
Quel mauvais air peut-on donner au changement que le Roi a fait dans la maison des princes 2 ? Il est de sa sagesse de ne laisser personne auprès d'eux qui soit suspect, ni pour la doctrine ni pour les mœurs.
Le projet que vous avez donné à M. le cardinal Spada pour abréger est fort bon ; il n'y a qu'à souhaiter qu'on le suive. M. le cardinal de Bouillon s'opposera toujours à ce qui pourra avancer le jugement ; mais, à la lin, il faudra bien qu'il se rende, pourvu que le Pape ne soit point attendri contre nous : c'est à quoi vous devez bien prendre garde. M. Giori le soutient fort3, et peut vous aider plus qu'un autre: ainsi continuez, s'il vous plaît, à le consulter, et ne vous ouvrez pas tant au cardinal de Bouillon. Vous voyez bien qu'on ne s'y doit pas fier : il est plus attaché aux jésuites qu'au Roi ; et jamais ces Pères ne reviendront, quoi qu'en disent ceux de ce pays.
Je ne manquerai pas de faire bien valoir les bons offices de M. le prince Vaïni 4 : je ferai de mon mieux sa cour au Roi, à ma première audience.
Seriez-vous d'avis qu'on fit signer plusieurs docteurs de notre Faculté 5, pour opposer leurs avis à ceux que la cabale arrachera peut-être aux Universités étrangères? Conférez-en, je vous prie, avec le Père procureur général des minimes, et mandez-moi le sentiment que vous prendrez l'un et l'autre. Ne vous lassez point de défendre la bonne cause, Dieu la fera triompher à la fin ; et croyez-moi toujours, je vous conjure, Monsieur, entièrement à vous.
menace au cardinal Albani, « le sachant naturellement timide » (Phelipeaux, t. II, p. i38 et i3ç)).
2. On pouvait dire que, par cette mesure, le Roi prévenait, contre Fénelon, le jugement du Pape.