‹ Correspondance de Bossuet. Nouv. éd. augm. de lettres inédites et publiée avec des notes et des appendices sous le patronage de l'Académie françaiseChapitre 197 sur 224 · Ici, des mots raturés et rendus illisibles · texte numérisé non relu

Ici, des mots raturés et rendus illisibles

51° — L. a. s. Affaires étrangères, Rome, t. 2>^!i, (° 281. Inédite. Cette lettre, qui est évidemment de Maille, a été adressée à Tourreil. Celui ci l'a communiquée à un prélat dont le nom nous est inconnu.

guère disposô à l'on croire sur sa parole, et on csl persuadé que MM. do Paris et de Meaux ne sont pas gens à lui imposer de faits calomnieux. C'est à ces MM. à voir ce qu'ils ont à Paire là-dessus pour ne pas laisser le public et surtout le Pape et les cardinaux dans quoique espèce de défiance sur leur bonne foi et sincérité. Je parlai hier là-dessus comme je devais au cardinal Ferrari. Je lui représentai que M. do Cambrai ne méritait pas qu'on le crût, que sa lettre à M. de Chartres était une preuve bien convaincante qu'il a varié plusieurs fois sur le point essentiel et capital de la doctrine. Lo bon homme me répondit que le Saint Siège n'était point juge de ce qui regarde les faits, qu'on ne s'y arrêterait point, et qu on jugerait de la doctrine par le livre. Du reste, il paraît être convaincu que M. de Cambrai a voulu exclure l'espérance. Il cita pour cela un endroit du livre qu'il croit décisif, et qu'il croit n'avoir pas été remarqué par M. de Meaux, dont il parla avec beaucoup d'estime. Je lui fis part du contenu de votre dernière lettre, ce qui lui fit beaucoup de plaisir. 11 fut aussi fort aise d'apprendre que le cardinal Le Camus se fût déclaré contre la doctrine de M. de Cambrai dans plusieurs lettres qu'il m'avait écrites. Je lui confirmai ce que je lui avais dit autrefois, que tous les évêques et tous les habiles gens de France condamnaient la doctrine de ce prélat, et qu ils étaient surpris qu'il se trouvât à Rome des théologiens qui prissent la défense de son livre. Je dois parler aujourd'hui au cardinal Carpegna et demain au cardinal Casanata, et je ne manquerai pas de leur dire ce qu'il faut. Je parlerai aussi au cardinal Aguirre et à plusieurs autres personnes de considération qui pourraient se laisser éblouir par cette Réponse. Je ne dois pas oublier de vous mander ce que l'abbé de Montgaillard m'a dit, que le cardinal Albano est charmé de la Réponse de M. de Cambrai. Cette Éminence en lut quelques endroits devant lui, et elle ne pouvait dissimuler sa joie. En un mot, nandarà in guazzelto (c'est-à-dire : elle en était extasiée). Vous pouvez juger par là de sa disposition, etc. Un des examinateurs, qui est votre bon ami, me dit

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dernièrement que ce cardinal était très diligent à se trouver aux congrégations lorsque les amis de M. de Cambrai devaient jmrler, et qu'il les écoutait avec grande satisfaction et e contra.

J'apprends que Monsignor Sacrista fait toujours paraître un grand attachement pour M. de Cambrai. Cela va si loin que la dernière fois qu'il parla devant les cardinaux, il dit qu'il était prêt de se charger de défendre toute la doctrine du livre et de faire voir qu'elle est saine. Un des examinateurs m'a tiit que les cardinaux ne furent pas contents de ce discours qui faisait connaître qu'il était plutôt partie qu'examinateur. Le cardinal Casanata m'a dit que les cardinaux prendraient tout le mois d'octobre pour examiner la matière et pour préparer leur votizm. Sur ce pied, l'affaire ne sera terminée <;u'en novembre. Il me témoigna qu'on serait un peu embarrassé sur le changement qu'il serait nécessaire de faire <!ans les propositions. Je lui dis qu'il n'y avait qu'à en retrancher ce que les défenseurs de M. de Cambrai y avaient ajouté; il entra dans cet expédient.

Je viens dans ce moment de chez M. le cardinal Carpegna, où j'ai été depuis les 21 heure jusqu'à une heure de nuit. Il m'a parlé à la fin de l'écrit de M. de Cambrai, qu'il n'a pu lire parce qu'il n'entend pas le français, et il a ajouté qu'on en parlait comme d'une pièce très forte. Je lui ai répondu que je l'avais lu très exactement et que je ne trouais pas qu'il justifiât M. de Cambrai. Comme il était fort !ard, et qu'il avait bien du monde, je n'ai pu l'entretenir au I ;ng là-dessus; je le ferai à la première occasion.

Le Pape se porte bien, grâces à Dieu. Son mal de nez est presque tout à fait guéri et il s'applique aux affaires à son ordinaire. Il est toujours fort mécontent des Allemands. L'Ambassadeur étant allé à l'audience vendredi dernier, Sa Sainteté lui dit d'abord que son nonce de Vienne écrivait <jue l'Empereur avait écrit à lui ambassadeur de relâcher un <le ses domestiques qu'il tenait en prison dans son palais depuis plusieurs mois. Le ministre répondit qu'il n'avait

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point reçu cet ordre, mais bien d'aller prendre possession de Farnese comme d'un fief dépendant de l'Empire et dont le prince don Augustin Chigi était déchu pour n'avoir pas voulu prêter l'hommage. Cette réponse surprit Sa Sainteté et la fit mettre en grande colère. Elle ne voulut plus écouter l'Ambassadeur, et sonna // campanello ; ce qui l'obligea à se retirer sur-le-champ. Cette conduite rend les Allemands fort odieux dans cette cour et dans toute l'Italie. On parle d'une ligue défensive de tous les princes contre eux; on prétend même qu'elle est faite, ce que je ne crois pas. Je doute même qu'elle se fasse sous ce pontificat, à cause de la faiblesse du Pape, sur qui les princes ne voudraient pas s'appuyer, craignant d'en être abandonnés. Je crois que cette prétention des Allemands fera déterminer les cardinaux à faire un pape qui ait cervello e petto pour leur résister'.

52° L'Abbé Bossuet à Antoine de Noaillcs.

Rome, ce 9e septembre 1698.

J'ai reçu, Monseigneur, la lettre que vous me faites l'honneur de m'écrire, du 18 d'août, par laquelle vous me dites avoir reçu ma lettre du (\. Vous aurez vu dans la réponse à la Relation de M. de Meaux ce que M. de Cambrai a jugé à propos d'y insérer de cette pièce, en la supprimant autant qu'on peut sans la désavouer, au contraire en continuant toujours à dire que c'est pour vous l ménager et par rapport à Mme de Maintenon et le Roi, qu'on a bien voulu avoir cet égard, mais qu'elle ne contient aucun fait que de très véritable.

Pour la réponse à M. de Meaux, ils en font triomphe, et le P. Charonier et les jésuites disent là-dessus assez publique-

I. Sur l'autographe, Tourreil a écrit : a Monseigneur, je n'ai reçu que du français. Le voilà tel qu'il est. Je vous supplie de le recevoir comme un nouveau gage du zèle respectueux de votre très humble et très obéissant serviteur Tourreil. »

52° — Inédite. Mss. de Saint-Sulpice.

1. Ms. : nous. — La « pièce » dont parle l'abbé est la réponse latine à M. de Paris. Cf. p. i3i, i3a et 397.

4iO APPENDICE II.

ment mille impertinences et font courir le bruit que le Roi est entièrement revenu en faveur de M. de Cambrai, qu'il a connu l'emportement des évêques injuste; qu'il lui a rétabli ses pensions, et m'accusent de tous les faux bruits que je fais courir sur cela, disent-ils, moi qui n'ai jamais dit nouvelle que quand je l'ai su très sûrement. Mais cela ne m'étonne pas; je suis accoutumé à leurs impostures, et ce qu'ils disent et publient se détruit de soi-même. Mais n'importe : ils trompent toujours bien du monde, et cela fait son effet pendant quelques jours, plus ou moins. Ils ont besoin à présent de soutenir leurs partisans et en particulier les qualificateurs qui sont pour eux, jusqu'à ce qu'ils aient achevé de donner leur vœu, après quoi ils ne peuvent plus se dédire. Pour ce qui regarde le Pape et les cardinaux, ils les auront plus difficilement, car on prend soin de les instruire ; mais pourtant leurs antichambres retentissent de ces faux bruits.

Des cinq qualificateurs qui sont contre M. de Cambrai, trois ont achevé de voter devant les cardinaux sur les dix dernières propositions. Le P. Massoulié votera demain en conformité et peut-être le maître du sacré Palais, si le temps le permet. Pour les quatre favorables au livre, ils ont jugé à propos de ne voter que sur cinq propositions, et par là retardent de huit ou dix jours la conclusion de cette relation, qui aurait fini devant S. S. au plus tard de jeudi en huit, c'està-dire le 18, mais qui, par ce délai, ne pourra être terminée que le 25. Cela a fort fâché le Pape, qui a parlé fortement là-dessus ; mais il en faut passer par là. Ce sera un grand point de voir finir ce scandale et division. Ceux qui l'ont causé répondront un jour devant Dieu du mal et du retardement qu'il a produit, puisque, au mois de décembre, il y avait déjà la moitié de l'ouvrage fait sans contradiction. Car dans ce temps-là, on comptait pour rien le jésuite et le feuillant2, qui n'auraient jamais soutenu ce livre avec l'insolence avec laquelle ils l'ont soutenu, sans cette adjonction fatale qui fait tout le mal.

a. AlParo et Gabriel!!.

J'ai appris par le secrétaire de M. le cardinal de Bouillon qu'il fut très embarrassé, il y a huit jours, quand je lui ai envové l'écrit signé de moi. Je ne sais ce qu'il avait cru quand il me le demanda ; mais quand il l'eut vu, on lui conseilla de ne le pas envoyer, et qu'il ne lui tournait pas à compte3 à son dessein. Il ne laissa4 pas de le faire, sur ce qu'il s'imagina que je l'aurais envoyé de mon côté. Je sais que, dans la dépêche à S. M., il n'a pu s'empêcher de mettre que, sur ce qu'il pressait fortement S. S. de donner une prompte décision, le Pape lui avait répondu que l'abbé Bossuet l'était venu trouver pour le supplier de faire une décision bonne et solide, et de ne rien précipiter, ce qu'il était résolu de faire sans perdre de temps. L'on aura beau tourner cela; il est difficile qu'on désapprouve ce que j'ai fait là-dessus; mais le point est que cela n'aura pas nui à la résolution qu'il parait que S. S. et les cardinaux ont prise de qualifier les propositions, ce qui mettra au désespoir la cabale et les amis de M. de Cambrai. Il me parut, de la manière dont le cardinal de Bouillon me parla, qu'il faisait semblant de douter des intentions du Boi là-dessus. Il me parla même d'un courrier extraordinaire pour qu'on sût ses intentions plus tôt ; mais je le fis à la fin avouer que, quand S. M. pressait, elle avait en vue une lin bonne et solide, honorable pour le Saint Siège et pour la France, qu'il fallait procurer le plus promptement qu'il serait possible ; mais qu'il fallait toujours qu'elle eût les conditions, sans quoi elle serait plus préjudiciable qu'utile. Toutes ces manières me paraissent une démonstration que, quand le cardinal de Bouillon pressait si fort S. S. pour une prompte décision, il ne se souciait guère qu'elle fût telle qu'il la faut pour être bonne. Comme je ne doute pas que nos ennemis ne fassent publier à Paris comme ici que j'empêche qu'on ne finisse, j'envoie à M. le cardinal de Janson et à M. l'archevêque de Beims copie de l'écrit5 que

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