Cf. p. igi
58° — Inédite. Ms. de Saint-Sulpice.
sais ce qu'il s'imaginait, il y a un mois ; mais il est certain que lui et la cabale croyaient le temps propre pour faire leur coup à l'improviste. Comme l'espérance qu'ils avaient toujours eue jusque-là de la prochaine mort du Pape les a quittés, puisque jamais il n'y a eu dans un vieillard plus de vigueur qu'il y en a dans celui-ci, ils voulaient faire finir l'affaire et la faire finir mal assurément, sans compter la venue d'un ambassadeur qui les embarrasse. Je sais que le cardinal a eu assez peu de jugement pour écrire que je ne voulais pas que cette affaire finît, pour avoir un prétexte à rester à Rome pour voir un conclave et l'année sainte *. Il n'y a qu'une aveugle passion contre moi qui puisse faire tenir de pareils discours aussi éloignés de la vraisemblance que de la vérité. Tout le monde sait et est témoin qu'il n'y a sorte de choses que je n'aie tenté et fait pour accourcir la relation des qualificateurs qu'on voulait faire ici durer des années, et que, dans les circonstances d'une division de théologiens que le cardinal de Bouillon a eu le plaisir de voir continuer jusques à la fin, il était impossible aux cardinaux de se déterminer en quatre jours, quelque diligence qu'on puisse faire. Tous les qualificateurs n'ont pas même donné leurs vœux entièrement. Gabrielli n'a donné que jusqu'à la vingtseptième proposition, et le sacriste n'a encore rien donné. Je m'en suis plaint hautement. Je puis vous assurer que les cardinaux étudient fortement et ne perdent point de temps. Je sais, à n'en pouvoir douter, que le Pape et les cardinaux ont eu si peur de la cabale dont ils sentent la puissance, qu'ils n'ont voulu se fier à personne qu'à eux-mêmes. Ils n'ont point voulu remettre l'affaire aux consulteurs qu'on aurait pu gagner. Ce qui me donne une espérance très bien fondée, ce me semble, c'est que, presque tous ceux qui sont chargés d'étudier pour les cardinaux sont tous bien intentionnés et mes amis même. Ce matin j'ai découvert celui qui est chargé par Marescotti. Ce qui est très sûr, c'est que c'est un anti-quié-
1. Bouillon parle en ce sens dans sa dépêche du 10 janvier 1699 (Affaires étrangères, Rome, t. 397, f°s 39 et suiv.).
liste, qui s'est déclaré plus d'une fois à moi. Ainsi dcCarpegna, d'Ottoboni, de Panciatici. Pour Albano, vous savez ce que vous en mande le P. Roslet. Spada suivra Noris et Casanate. Il ne reste plus que Nerli, dont je vous ai écrit plusieurs fois les dispositions, au moins ce qu'il a voulu me dire. Il sera bien embarrassé s'il veut être favorable à M. de Cambrai après ce qu'il m'a dit. Pour Ferrari, saint Tbomas et saint Augustin le talonnent de près. Il est vrai que le cardinal de Bouillon a fait tous ses efforts pour le gagner, et son con- Gdent Zeccadoro - n'y oublie rien ; mais je suis bien trompé, s'il y réussit. Il est capable et voit tout par lui-même ; c'est celui qui prend plus de plaisir d'entrer avec moi dans la difficulté de la doctrine et qui me paraît comprendre le mieux le système de M. de Cambrai. Il n'a pu s'empêcher de m'avouer plusieurs fois qu'il n'y avait point de réponse aux arguments des évèques, et en particulier à ceux de M. de Meaux dans ses traités [en] latin. Après cela, si on veut oublier tout en faveur de M. de Cambrai et du cardinal de Bouillon, voilà ce que je ne puis m'imaginer.
Au reste, ce que j'ai pu pénétrer du dessein des cardinaux, c'est de réduire les propositions suivant les chefs principaux, sur lesquels ils remarqueront les propositions les plus remarquables pour les qualifier, condamnant les autres en général. Je sais que c'est là leur idée.
Les trois lettres de M. de Cambrai sont ici publiques. On voit par le ton qu'il prend qu'il est plus opiniâtre que jamais et qu'il veut se donner pour tel et se faire craindre. Je sais que c'est ce qu'on lui a insinué d'ici, et que ses partisans ne cessent d'insinuer au Pape, disant qu'il ne faut pas le pousser à bout, de peur de trop l'aigrir. On en disait autant à Paris à M. de Meaux. Le cardinal de Bouillon parlait ainsi et parle encore. On attend comme une chose nécessaire la réponse de M. de Meaux à celle de M. de Cambrai. Il est nécessaire de faire connaître une fois pour toutes le personnage qu'il prend, qui ressent le chef de parti. On peut vous assurer avec vérité