Sur ce P. Séraphin, voir t. VI, p. 36a
Lettre 1126. — L'original de cette lettre ne s'est pas retrouvé.
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premier courrier : cela ne peut pas manquer de faire un très bon effet ici, comme en France. L'ouvrage est admirablement bien écrit, et plus que démonstratif. M. de Cambrai l'a voulu, et ne vous a pas permis de garder le silence sur rien : c'est la manière dont je prépare ici les esprits sur tout ce qui se fait à présent, et les plus grands partisans de M. de Cambrai n'osent pas dire qu'on n'a pas attendu à l'extrémité. Ils ont un beau démenti : ils devraient mourir do honte. M. de Cambrai n'a plus, selon les gens désintéressés et de bon sens, d'autre parti à prendre que de baiser les verges et de se soumettre.
Enfin le Pape s'est déterminé, sur les instances que je lui ai faites de nouveau aussi bien qu'aux cardinaux, à faim ordonner aux qualificateurs de réduire sous de certains chefs principaux les trente-trois propositions qui restent à examiner, et de parler chaque fois sur toute la matière et les propositions y comprises. On exécutera aussi le reste du projet que je lui avais donné, si ce n'est qu'on ne restreindra pas les examinateurs à ne parler qu'une demi-heure ; ce qu'on n'a pas jugé à propos, de peur que M. de Cambrai ne se plaignît qu'on n'avait pas voulu écouler ses raisons. On s'est contenté de leur enjoindre d'être courts et très courts.
Hier, M. le cardinal de Bouillon, comme l'ancien du Saint Office, expliqua tout ce détail aux qualificateurs, qui doivent s'assembler incessamment pour convenir des propositions qu'on doit ranger sous chaque chapitre. Ce qui reste peut se ranger sous cinq chapitres ; chaque chapitre peut durer quinze jours : en voilà pour deux mois et demi. Ainsi, je compte qu'à la fin de septembre, les qualificateurs auront fini. Ce sera ensuite à MM. les cardinaux à faire leur devoir. Ils étudieront pendant ce temps, prépareront leur vœu, et pourront avoir expédié pendant le mois d'octobre. J'espère donc que nous pourrons avoir une décision au mois de novembre. Il n'y a qu'à prier Dieu pour la santé de S. S., d'où tout dépend. Les amis de M. de Cambrai n'ont plus, dans le fond, guère d'espérance que dans sa mort ; mais je crois fermement
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que Dieu veut trop le bien de son Église pour permettre ce malheur. En un mot, je parle avec confiance, nous n'avons que cela à craindre.
Les cardinaux vont bien : je les ai tous sondés ces jours-ci, et j'en suis resté très content. Quelques-uns faisaient de la difficulté pour changer de méthode, comme le cardinal Ferrari, quoique d'ailleurs bien intentionné; le cardinal Marescotti, qui a assurément la tète dure, et le cardinal Nerli, qui d'ailleurs s'est déclaré, dans la dernière conversation que j'ai eue avec lui, contre la mauvaise doctrine, et qui m'a paru bien revenu surtout depuis qu'il a vu qu'on l'avait trompé par rapport aux dispositions du Roi, pour qui il a une vénération particulière.
Le cardinal de Bouillon cherche à me tromper aussi bien que le P. Roslet, et à nous persuader qu'il ne favorise pas M. de Cambrai; il aura de la peine. Il est bien certain qu'il a plus de ménagement qu'auparavant; mais nous n'en jugerons qu'avec le public, par les actions. Je tâche de lui faire entendre par ses amis qu'il y va de son intérêt et de sa réputation. Il a eu quelque peine à voir que mon projet a été le seul approuvé et suivi. Tous ceux que cette Éminence présentait ont été rejetés. Son unique attention est à présent de persuader à la Cour tout le contraire de ce qu'il a dans le cœur.
Le projet du général de la Minerve sur la censure des cinq premières propositions, s'est trouvé impraticable : on ne pouvait faire qu'une prohibition de lire le livre, avant la fin de tout l'examen, et c'était justement pour faire échouer la décision. Le général de la Minerve croyait que cela se pouvait faire par un bref, en déclarant erronée la doctrine de l'amour pur. Mais le cardinal Casanate et le cardinal Àlbane, que j'ai consultés là-dessus, l'ont jugé impraticable avant l'examen du tout ; ils m'ont dit qu'on ne pouvait faire dans l'état des choses qu'un prohibealur, qui aurait tout gâté et tout ralenti. Ainsi cette idée s'en est allée en fumée. Le dessein du cardinal de Bouillon dans ce projet était d'engager cette Cour
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et le Roi à se contenter de cette condamnation ; mais personne n'a été ici de cet avis. Nous avons découvert, à n'en pouvoir douter, que le cardinal de Bouillon veut, s'il ne peut sauver le livre, faire en sorte qu'on lui imprime la plus légère censure qu'il sera possible ; et en tout cas, empêcher à quelque prix que ce soit qu'on ne qualifie d'hérétiques quelques propositions1. 11 s'intrigue déjà sur cela auprès des cardinaux, et même des qualificateurs qui sont contre M. de Cambrai ; mais nous sommes avertis, et ne laisserons rien passer.
Vous ne sauriez dire trop de bien du P. Roslet à M. l'archevêque de Paris : il vous sert ici tous les deux à merveille et nous est très utile ; il a une droiture et une fermeté d'esprit très grandes. Le P. général de la Minerve peut avoir quelques égards pour le cardinal de Bouillon ; mais il ne fera rien contre son devoir et contre l'essentiel de l'affaire.
Les jésuites et Fabroni sont pires que jamais. Ils publient partout que si l'on censure M. de Cambrai pour avoir ôté l'espérance, il faut vous censurer pour détruire la charité2. Ne fera-t-on rien à la Cour contre le P. Valois ? Il est plus méchant que les quatre autres qu'on a renvoyés 3. Le P. de La Chaise et le P. Dez mériteraient bien qu'on ne les oubliât pas : ils veulent à présent tout le mal possible au Roi, à Mme de Maintenon, à M. de Paris, à vous et à tout ce qui leur appartient.
On est bien obligé au cardinal Casanate, qui veut, à ce qu'il dit, servir la religion, le Roi et ses amis. Il a en moi une confiance toute particulière, qui nous est d'une grande utilité sur tout : aussi je lui confie presque tout, c'est-à-dire tout ce qu'il est à propos de communiquer, et je m'en trouve à merveille. C'est un homme qui a en vue sérieusement le
i. Aucune des propositions condamnées ne fut qualifiée d'hérétique.
a. Voir p. 53.
3. D'où vient cet acharnement contre le P. Le Valois ? Du reste, ce jésuite ne perdit pas son emploi. L'abbé Bossuet renouvellera ses instances le 12 juillet, p. 65.
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bien de l'Église et l'honneur du Saint Siège : il estime infiniment l'Église de France, en aime beaucoup les évèques, et vous en particulier. Si quelque chose autrefois l'a fait agir un peu contre les intérêts de la France, c'a été la crainte qu'il avait de faire triompher par là les jésuites*, qu'il connaît on ne peut pas mieux. A présent qu'il voit qu'on ne les suit pas à l'aveugle, je tiens pour certain qu'il servirait le Roi en tout et partout.
Il y a un mois que je n'ai vu M. Giori. Entre nous, mais n'en dites rien, c'est un homme un peu extraordinaire, quoique avec beaucoup de feu et beaucoup d'esprit. 11 s'en faut servir quand on peut, et l'employer à ce à quoi il est bon, qui est de découvrir les sentiments du Pape5. On a besoin ici de beaucoup de patience.
Les propositions oubliées ne demeureront pas là ; il faudra bien qu'on les ajoute6. Nous prendrons notre temps pour cela ; mais il faut aller pas à pas, et ne pas faire croître les difficultés et les embarras : les plus petits passent ici pour fort grands. La cabale se sert de tout : elle est un peu étourdie, il faut l'avouer ; mais elle n'est pas abattue, et subsiste la même1.
Jeudi, on achèvera devant le Pape les cinq premières propositions.
En vérité, je crois qu'il serait très bon que vous nous
4- Lors de l'affaire de la régale, où les jésuites de France s'étaient montrés hautement gallicans.
5. Giori, on le voit, était l'un des agents qui renseignaient les adversaires de Fénelon. De son côté, Giori écrivait à Noailles le Ier juin: « Je continue à ne vouloir point avoir d'entretien avec l'abbé Bossuet, parce que, quoiqu'il soit 1res zélé et très honnête homme, entre nous, il n'a ni la connaissance ni l'expérience de cette cour, ni cette solidité sans laquelle on perd plutôt les grandes affaires qu'on n'en vient à bout » (Ms. de Saint-Sulpice, f° 1); et le 3 juillet : « Je fuis l'abbé Bossuet parce qu'il parle trop et qu'il n'a point d'expérience » (cf. lettre du 21 juin, ibid., f° 3).
6. Voir plus haut, p. 5. Les deux propositions en question ne figurent point dans le bref de condamnation.
7. Sur ce point Phelipeaux était d'avis différent. Voir p. 55.
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envoyassiez une grande quantité d'exemplaires de tout ce quevous faites, vous, M. de Paris et M. de Chartres, pour répandre ici de tous côtés. Nous n'en avons pas la moitié de ce qu'il nous en faut, surtout de la Déclaration, du Summa doclrinœ, du Mystici in tulo, du Quietismus redivivus, de la Réponse aux quatre lettres, de votre Relation, de l'Ordonnance de M. de Paris et de sa dernière Réponse. Je m'étonne encore que vous n'ayez pas fait traduire sur-le-champ en latin votre Relation et la Réponse aux quatre lettres. Je suis tenté de faire traduire ici la Relation en italien, et de la faire imprimer à Naples 8.
L'archevêque de Chieti est très embarrassé de sa personne. Il dit que, pour sortir promptement d'affaire, il veut donner dans les premières séances son sentiment sur tout le livre en gros et sur les propositions qui restent. Le sacriste est plus obstiné que jamais ; la politique s'en môle.
M. le cardinal de Bouillon est très lier de l'induit que le Pape a accordé au Roi pour M. de Besançon 9 ; mais, après l'exemple de Cambrai, il n'y avait plus de difficulté l0. J'ou-
8. L'abbé s'entendit pour cela avec son ami Maille. « J'ai écritr dit celui-ci, à Naples, à notre cher Alessandro de traduire la Relation de M. de Meaux. Il m'a répondu qu'il y mettrait la main incessamment. M. Bulifon a été chargé de l'imprimer. J'ai prié M. le Nonce (Casoiiï) de favoriser cette impression ; je suis assuré qu'il le fera avec plaisir. Je ne sais si le vice-roi et l'archevêque y voudront consentir » (Lettre du 28 juillet, à Tourreil. Affaires étrangères, Rome, t. 3gi, F» 3g).
9. Après de longues négociations, le cardinal avait obtenu pour Louis XIV le droit dénommer au siège de Besançon. En effet, en Franche-Comté et en Flandre, provinces réunies à la France postérieurement au concordat de i5i6, la nomination aux bénéfices n'appartenait pas au Roi, et celui-ci se la fit octroyer par des induits.
10. Le Pape craignait, s'il accordait cette faveur, de se montrer trop français et de mécontenter la maison d'Autriche. Giori s'attribue l'honneur d'avoir triomphé de cette difficulté, grande d'après lui, en suggérant à Alexandre VIII de profiter d'un temps où l'ambassadeur d'Espagne était gravement malade et celui de l'Empereur, éloigné de Rome (Lettre à Noailles, du Ier juin 1698, Ms. de Saint-Sulpice).
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blie de vous dire que le cardinal de Bouillon fait de grands manèges auprès du cardinal Noris.
1727. — Jean Phelipeauy a Bossuet.
Rome, 8 juillet 1698.
Le P. Campioni a entrepris de traduire l'Instruction sur le* ^tals d'oraison en langue italienne1 : il est déjà fort avancé. Il a souhaité vous écrire pour vous en demander la permission, quoique je l'aie assuré que vous en seriez très aise.
Les jésuites continuent toujours à prendre le parti de M. de Cambrai. J'ai su de bonne part que le P. Garegna2, jésuite du Collège romain, dont on a envoyé les écrits en faveur de Sfondrate, dit partout que, si on condamne, le livre de M. de Cambrai parce qu'il détruit l'espérance, il faut aussi condamner le vôtre, parce qu'il détruit la charité3 ; mais ces discours ne font pas à présent grande impression.
Le P. Rozzi avait dit au Pape que les Moscovites *, partis
Lettre 1121. — 1. Sur Campioni, voir t. IX, p. 273.
2. Ce Père était étroitement lié avec le nouvel assesseur (Affaires étrangères, Rome, t. 3qi, f° 5o : Lettre de Maille, 5 août 1698). G'esf le même, sans cloute, qui est appelé ailleurs Carreno (par exemple, t. VIII, p. 255).
3. Les jésuites n'étaient pas seuls à blâmer le sentiment de Bossuet sur la nature de la charité ou amour de Dieu. Aussi un théologien (Ch. du Plessis d'Argentré) avait-il cru devoir le soutenir: Apologie de l'amour qui nous fait désirer véritablement de posséder Dieu seul par le motif de trouver notre bonheur dans sa connaissance et son amour, avec des remarques fort importantes sur les principes et les maximes que M. l'archevêque de Cambrai établit, Amsterdam, 1698, in-12. Mais D. Gerberon, si connu pour son attachement au jansénisme, critiqua cette apologie et Bossuet lui-même, sous le pseudonyme de René Angevin : Lettre d'un théologien à Mgr Vèvêque de Meaux, où l'on réfute la fausse Apologie du véritable amour de Dieu, avec deux livres de saint Augustin et un dialogue de saint Anselme traduits nouvellement par le sieur de Longbois, Cologne, 1699, in-12.
4- Le P. Rozzi, al. Rossi, jésuite. Phelipeaux, dans sa Relation.
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depuis peu, avaient dessein de rentrer dans le sein de l'Église romaine, et qu'ils espéraient y faire entrer toute leur nation. Le Pape, dans cette vue, leur fit beaucoup de caresses dans l'audience de congé, se réjouissant de leur bon dessein, et de voir approcher le moment où ils rentreraient dans la communion romaine. Ils parurent étonnés de ce discours. Le Pape leur dit que le P. Rozzi, qui était présent, lui avait donné cette assurance. Ils nièrent en avoir parlé, et cela fâcha fort le Papes.
Le P. Roslet écrira à M. de Paris l'entretien qu'il a eu avec M. le cardinal de Bouillon, qui fut assez chaud. Le P. Roslet ne fit point de difficulté de lui dire qu'on savait tous les manèges qui s'étaient faits dans cette affaire.
Jeudi, les six premiers examinateurs parlèrent devant le Pape sur les troisième, quatrième et cinquième propositions. Toute la défense de ceux qui favorisent le livre roule toujours sur la distinction d'opus operantis et opus operls '"'.
J'eus dimanche un long entretien avec l'archevêque de Chieti : il me dit qu'on condamnerait le livre, Je lui répondis que ce n'était pas assez de le condamner, mais qu'il fallait que la censure fût solennelle et proportionnée aux erreurs qu'il contenait. Il me répliqua qu'on aurait sujet d'être content. Je suis persuadé qu'il aura plus de peine à défendre les propositions suivantes.
t. II, p. 12/i et ia5, s'étend davantage sur cet incident final de la visite des Moscovites. Au printemps de cette année, était venu à Rome un dévoué serviteur de Pierre le Grand, le général Boris Chérémétev (al. Czeremet), accompagné de son majordome, Alexis Kourbatov. Leur piété et les fréquents entretiens qu'ils avaient avec les jésuites et en particulier avec le P. Thyrso Gonzalez, avaient fait croire à leur retour prochain à l'Église catholique (Cf. le Mercure historique et politique, de La Haye, année 1698, tome I, p. 5o4 ; le P. Pierling, La Russie et le Saint Siège, t. IV, Paris, 1907, in-8, p. 136 à 187).