‹ Correspondance de Bossuet. Nouv. éd. augm. de lettres inédites et publiée avec des notes et des appendices sous le patronage de l'Académie françaiseChapitre 51 sur 224 · Sur ce projet d'impression à Naples, cf. p · texte numérisé non relu

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6. Maille écrivit le 29 juillet: « M. de Chantérac commence à se plaindre des jésuites. S'il avait suivi le conseil que je lui donnai, il y a plus de six mois, de ne point s'attacher à ces Pères, d'inspirer à M. de Cambrai d'abandonner son livre et sa doctrine et de se réunir avec M. de Paris et M. de Meaux, il ne se trouverait pas dans l'embarras où il se trouve. Une autre fois, je lui dis d'écrire à M. de Cambrai d'adopter l'ordonnance de M. de Paris et de la faire publier dans son diocèse, et que c'était là un court moven de sortir d'affaires ; mais, au lieu de cela, il fit paraître ces lettres cavalières qui ont achevé de le perdre » (Affaires étrangères, Rome, t. 3g 1, f° 3g).

Lettre 1141. — 1. Cf. Phelipeaux, t. II, p. i3o.

86 CORRESPONDANCE [juill. 1698

matière. Jeudi, devant le Pape, tous votèrent sur deux propositions seulement, la sixième et la dixième, excepté le sacriste qui ne voulut voter que sur la sixième ; c'est une affectation qui ne tend qu'à différer. Jusqu'ici, il n'y a point eu d'ordre précis pour ordonner aux qualificateurs sur quel nombre de propositions ils devaient voter. Les cardinaux, sur la fin d'un pontificat, ne veulent rien prendre sur eux2: ils croient que c'est à celui qui préside à avoir ce soin, et à le faire régler par le Pape. Hier lundi, on vota sur les quatre propositions suivantes, qui regardent l'indifférence. Il n'y eut qu'Alfaro, Gabrielli, Miro et le procureur général des augustins qui votèrent. Alfaro affecta de parler une heure et demie, et de dire, selon sa louable coutume, beaucoup de choses sur le péché véniel, qui étaient hors de propos. Ainsi on sera quinze jours à voter sur ces quatre propositions. Demain, deux pourront voter, et jeudi les six qui auront voté parleront devant le Pape.

On a publié ici que le Roi avait demandé au nonce s'il était vrai que les jésuites l'eussent sollicité d'écrire en faveur du livre ; qu'il avait répondu qu'il était vrai que les religieux de tous les ordres l'en avaient prié, mais que les jésuites n'avaient fait sur cela aucune démarche. Il est bon d'éclaircir ce fait, qui tend à persuader qu'il y a un gros parti en France en faveur du livre. Les jésuites voudraient maintenant faire croire qu'ils n'ont point sollicité, voyant la condamnation inévitable3.

Les plus éminents protecteurs ont été effrayés de la Relation, que nous avons distribuée entière, et qui fait ici un merveilleux effet: cela seul les couvre de confusion. Elle a jeté l'abbé de Chantérac et ses amis dans la dernière consternation.

2. Pour ne pas risquer leurs chances d'être élevés au souverain pontificat.

3. Dans sa Relation (t. II, p. 128), Phelipeaux ajoute : « Ces Pères avaient en cela deux vues : la première, de se disculper, et la seconde, de faire croire que M. de Cambrai avait un gros parti en France, qui devait empêcher ou suspendre la condamnation de son livre. »

juill. 169S] DE BOSSUET. 87

Après tant de faussetés publiées, il dit à présent pour toute excuse qu'on l'a trompé lui-même, et qu'on lui a caché la vérité de tous les faits énoncés. C'était cependant sur les faits et sur le procédé que M. de Cambrai devait le plus triompher. Les partisans voient bien qu'il faut abandonner la doctrine du livre, et qu'il ne faut plus s'attacher qu'à sauver la personne. On sent bien qu'un Roi aussi zélé que le nôtre aura peine à laisser un grand diocèse à un homme qui a soutenu si longtemps, et avec tant d'opiniâtreté, des erreurs si capitales4. Le lundi 1/4 juillet, partit en poste un valet de pied. Ne serait-ce point pour avertir M. de Cambrai de ce qu'il doit faire dans la conjoncture présente? M. Dorât a lu la première partie de la Relation au Pape, et lui a persuadé de prendre des mesures séparément avec les cardinaux Casanate, Ferrari, Noris et d'Aguirre. Il m'a fait demander s'il parlerait du cardinal Albani, et on a trouvé à propos qu'il fût adjoint aux autres. En effet, le Pape a fait venir le cardinal Casanate, et lui a parlé de l'affaire. Il est à croire qu'il en aura autant fait à l'égard des autres.

Je vous ai mandé qu'on avait mis à l'Inquisition deux religieux capucins noirs, accusés de quiétisme 5 ; ils ont été jugés. Le Frère Bénigne, qui passait pour un saint, qui disait

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