‹ Correspondance de Bossuet. Nouv. éd. augm. de lettres inédites et publiée avec des notes et des appendices sous le patronage de l'Académie françaiseChapitre 59 sur 224 · Marcher bride en main, avec prudence et circonspection · texte numérisé non relu

Marcher bride en main, avec prudence et circonspection

io4 CORRESPONDANCE [août 1698

que M. de Reims me communique toutes les lettres qu'il reçoit de lui. Ce prélat est en visite et va à Metz, dont il s'approche d'une journée en visitant.

17/48. — A Antoine de Noailles.

A Meaux, 4 août 1698.

Je ne vous dis rien, mon cher Seigneur, des nouvelles de Rome, dont mon neveu vous rend un meilleur compte qu'à moi ; cependant, comme il me marque quelque chose sur la réduction des trentehuit propositions1, qui semble demander quelque instruction, je vous supplie de me les renvoyer, ou d'en donner l'ordre à M. Pirot, qui vous les a remises de ma part. Vous savez mon respect, mon cher Seigneur.

On répand ici, comme ailleurs, des manuscrits contre vous, M. de Chartres et moi. On nous va répondre. M. de Cambrai reviendra plus glorieux que jamais à la Cour. Ses amis, qui sont nommés, ne l'ont abandonné que de concert avec lui. Pour moi, je n'ai de ressource qu'à la mort prochaine que mon âge me pronostique. Il ne faut que la mort de deux personnes, qui sont bien nommées, pour changer la persécution en triomphe. Nous savons bien le mépris qu'il faut faire de tels écrits, mais ils montrent l'acharnement du parti. Beaucoup de confesseurs

Lettre 1148. — L. s. des initiales. Collection H. de Rothschild, et copie Pinchart, Bibl. de Reims, ms. 1 1^5. 1. Voir p. 72 et 38o.

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me font avertir qu'ils se répandent sourdement2 ; à Dijon, il ne fait que couver sous la cendre. Vous savez la correspondance du curé de Seurre avec Mme Guyon3. Enfin l'Église est terriblement menacée. Dieu ne vous a mis où vous êtes que pour résister comme vous faites,

Quand vous me l'ordonnerez, je vous envoierai mes réflexions sur l'affaire de la Religion4. Comme le capital est de mettre de bons curés, on pourrait se servir de cette occasion pour établir le concours, et M. le Chancelier y est favorable.

J. B., é. de Meaux.

17^9. — Le P. Candide Champy a Bossuet.

Arras, 4 août 1698.

L'ordre que Votre Grandeur m'a donné de lui faire part

a. Édit. : que l'erreur se répand.

3. Il sera plus amplement parlé du curé de Seurre, dont le procès s'instruisait alors à Dijon. On racontait que Mme Guyon avait fait, en 1691, le voyage de Seurre. Sur les progrès du quiétisme en Bourgogne, voir en particulier le P. H. Chérot, Autour de Bossuet, Paris, 1901, in-8.

l\. Des nouveaux convertis. Voir p. 35g à 367.

Lettre 1749. — Nous a vous peu de renseignements sur ce religieux, qui se qualifie d'ex-provincial des récollets d'Artois. Peut-être était-il parent, soit du P. Gélase Champy, lecteur en théologie et, en iyoi, supérieurdes récollets missionnaires au Canada, soit de Jacques Champy, qui dédia un ouvrage à Bossuet (t. II, p. 3o5). Ce P. Candide Champy avait été, dans son Ordre, lecteur en philosophie et en théologie, gardien du couvent de Saint-Germain-en-Laye, en i683 et l684, et avait suivi l'armée en qualité d'aumônier dans la campagne de 1684. En 1686, il était défiuiteur de la provincede Saint-Antoine, et supérieur des religieux résidant en la citadelle de Cambrai. Il donna des stations de carême et d'avent dans plusieurs églises de Paris.

io6 CORRESPONDANCE [août 1698

de ce que je pourrais apprendre de ce qui se passe à Cambrai1, me fait prendre la liberté de lui écrire ces lignes pour l'avertir de plusieurs particularités qu'elle sera peut-être bien aise de savoir. J'étais, la semaine passée, dans ladite ville de Cambrai, et j'y vis entre les mains d'un de mes amis une Réponse de M. Varclievèque de Cambray à la lettre de M. l'archevêque de Paris2, qui n'avait été prêtée qu'à condition de la renvoyer cachetée audit Seigneur archevêque de Cambrai, qui a chez lui tous les exemplaires.

J'appris aussi qu'il avait dessein de la supprimer, et qu'il a inséré dans une réponse qu'il fait au livre de Votre Grandeur, intitulé Relation sur le Quiélisme, la plus grande partie de ladite lettre. Cependant deux Messieurs de l'archevêché doivent partir celte semaine pour Paris, et y porteront imprimées et ladite lettre et la réponse au livre de Votre Grandeur. Je ne sais pas positivement ce que peut contenir ladite réponse; mais je sais bien que la Relation sur le Quiélisme a eu un applaudissement général et universel en tous ces paysci, et que chacun a approuvé votre droiture et votre zèle, si on excepte certains esprits passionnés qui ne raisonnent que par emportement.

La plupart des ouvrages de M. de Cambrai ne s'impriment pas hors du royaume, comme on l'assure, mais bien à Douai, sous la faveur de M. d'Arras3, qui a indiqué, à ce qu'on m'a assuré, M. de La Verdure4 à M. de Cambrai pour tra-

U mourut dans cette ville le 1 1 octobre 1725, âgé de soixante-seize ans, dont cinquante-neuf de religion (Hyacinthe Le Febvre, les Récollets de la province de Paris, Paris, 1677-1688, in-4 ; Nécrologe des Récollets, Bibliothèque Nationale, lat. 18875 ; fr. 7o55, f° 443). Bossuet parlera de lui en 169g.

1. Ceci suppose des relations assez étroites entre Bossuet et le P. Champy, dont la famille était fixée dans le diocèse de Meaux.

2. Cette réponse n'a pas été imprimée en français, mais seulement dans une traduction latine qu'en fit Fénelon pour l'envoyer à Rome en quelques exemplaires. On la trouve dans les Œuvres de Fénelon,

3. Guy de Sève de Rochechouart. Voir t. VIII, p. 173. 4- Cf. t. IX, p. 366.

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Tailler avec lui. 11 est vrai que ce M. de La Verdure, qui est président d'un séminaire à Douai, a traduit en latin tous les ouvrages de M. l'archevêque de Cambrai qui se trouvent en cette langue. La doctrine même des Maximes des saints se répand dans cette Université : Votre Grandeur en pourra juger bien mieux que moi par la thèse ci-jointe.

Il est venu un ecclésiastique de Paris, en habit déguisé, qui se disait médecin, et qui a eu de longues conférences avec M. l'archevêque. Toutes les lettres qu'on adressait à Cambrai audit ecclésiastique étaient sous des noms supposés : il allait lui-même les retirer de la poste.

Je crois que Votre Grandeur n'ignore pas que Monseigneur envoie fréquemment des courriers à Bruxelles pour y porter ses ouvrages, et de là à Rome par la poste. La manière pour le faire avec moins d'éclat est que M. de Monbron3 fait ouvrir fréquemment les portes de la ville vers le milieu de la nuit, soit pour faire sortir les courriers, soit pour faire entrer les livres qui viennent de Douai; mais cela s'est fait si fréquemment que la vérité et la manière de le faire sont devenues publiques. J'ai entendu dire à quelques personnes sages qu'il y avait en cette conduite quelque chose contre le service de Sa Majesté, étant défendu d'ouvrir pendant la nuit les portes d'une ville considérable, à moins que ce ne soit directement pour son service.

Il y a encore quelques autres petites circonstances qui ne peuvent pas se mettre si facilement sur le papier. Si Votre Grandeur souhaitait d'en être plus parfaitement instruite, nous allons tenir notre chapitre ici, après lequel j'espère être

5. François, comte de Montbron (1682-1708), d'une famille alliée à celle de Fénelon, était lieutenant général, chevalier des Ordres du Roi et gouverneur de Cambrai. 11 entretenait avec son archevêque de cordiales relations, malgré la crainte de déplaire à la Cour. Sa femme, Marie Gruyn de Valgrand, est l'une des personnes à qui profita le plus la direction de Fénelon (Mémoires de Saint-Simon, édit. de Boislisle, t. I, p. g-, ett. XV, p. 3g2 ; de Sourches, possim; la Correspondance de Fénelon, t. VI; Moïse Cagnac, Fénelon directeur de conscience, Paris, 1901, in-8, p. 3/i8-357).

IOS CORRESPONDANCE [aoùl 1698

à Paris vers le i5 ou 16 de ce mois, et je pourrais lui en rendre un compte plus exact.

Je demande pardon à Votre Grandeur, si peut-être je l'ennuie à la lecture de choses qu'elle sait mieux que moi ; mais j'ai un fond d'attachement pour la sainte doctrine de Votre Grandeur et pour son zèle infatigable, qui me persuade que tout le monde, même les plus petits et les plus faibles, doivent concourir chacun en leur manière pour la faire triompher sur la nouveauté qui se répand de toutes parts, et qui ne peut avoir que de très fâcheuses suites pour le repos des consciences. Excusez au moins ce qu'il y a de défectueux dans la liberté que je prends, et n'attribuez le tout qu'au très profond respect avec lequel je suis, Monseigneur, de Votre Grandeur le très humble et très obéissant serviteur.

F. Ca.ndidk Ciiampv, ex-provincial des Récollets d'Artois.

Je supplie très instamment Votre Grandeur de vouloir bien me garder le secret sur ces affaires ; car nous sommes dans un pays où les Français ont des ennemis qui profiteraient de toutes choses pour rendre de mauvais services''.

17UO. — Jean Phelipeaux a Bosslet.

Rome, ce lundi 4 août 1698.

Monseigneur, ce n'est pas sans difficulté qu'on a recouvré un exemplaire de la réponse de M. de Cambrai à la lettre de M. de Paris, qu'on a pris soin de tenir secrète. On ne l'a distribuée qu'à quelques cardinaux, et on les a priés de ne pas la communiquer. M. de Chantérac en a refusé à plusieurs personnes de ses amis, et s'est contenté de leur en promettre

6. Au catalogue de la collection Bruyères-Chalabre, Paris, l833, in-8, figurent deux lettres adressées à l'abbé Bossuet, que nous n'avons pu retrouver, l'une de La Broue (6 août), l'autre de Xoailles (7 août).

Lettre 1150. — L'autographe faisait partie de la collection Bruyères-Chalabre.

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dans la suite du temps. La lettre est imprimée sans nom de ville et de libraire. Nous l'avons écrite dans une nuit, étant obligés de rendre le lendemain l'exemplaire1.

11 serait bon de nous envoyer copie de tous les actes qui regardent Mme Guvon ; car M. de Cambrai brouillera tout, et confondra les dates : il pourra même avancer des faussetés qu'on ne serait pas en état de détruire, si on n'avait pas des copies fidèles. Je serais bien aise d'avoir le Cantique des cantiques2 de Mme Guyon, et le livre du P. Malebranche3 sur l'amour de Dieu : ce courrier pourrait les apporter.

Mercredi dernier, on commença à voter sur les six propositions qui regardent les épreuves. Alfaro parla une heure et demie, quoiqu'on eût donné ordre d'être court. M. l'Abbé vous mandera toutes les démarches qu'on fait pour sauver la

1 . L'exemplaire du cardinal de Bouillon, tiré secrètement par Phelipeaux de M. Zeecadoro, camérier d'honneur, à qui Son Eminence l'avait prêtée pour un jour. Cf. plus haut, p. 67 et 68, et la lettre de Bossuet, du 16 août, p. ia3. L'abbé, le 26 août, annoncera l'envoi d'une autre copie faite sur un exemplaire procuré par Vaini. Bossuet ayant mis à profit la copie ainsi obtenue, Fénelon supposa que l'ouvrage était venu de l'imprimerie en la possession de son adversaire. « Dès que je veux faire un ouvrage qui ne serve qu'à ma défense nécessaire à Rome et qui ne se répande point ailleurs, ou bien que je fais un premier essai d'un ouvrage par un recueil d'épreuves, malgré toutes mes précautions, vous trouvez moven d'enlever mes feuilles et de les avoir aussitôt que moi » (Réponse aux Remarques, W , dans les Œuvres, t. VII, p. 96 et 97). Là-dessus, Bossuet riposta, comme s'il s'agissait seulement d'une édition de la Réponse à la Relation : «... Celte édition m'est venue par des mains qui ne fouillent point dans les secrets des imprimeries » (Dernier éclaircissement. Lâchât, t. XX, p. 465 et 466). Voir Crouslé, t. II, p. 671 et 072.

2. Le Canlique des cantiques interprété selon le sens mystique.

3. Ce livre, dirigé contre le P. Fr. Lamy, et, par suite, contre Fénelon, est intitulé : Traité de l'amour de Dieu. En quel sens il doit être désintéressé, Lyon, 1697, in-12. Cet écrit acheva de réconcilier Malebranche avec Bossuet, et mérita à son auteur les compliments du cardinal de Bouillon (Cf. Batterel, Mémoires domestiques, t. IV, p. 354 et 355). Le P. Lamy publia ensuite ses Lettres pour répondre à la critique du R. P. Malebranche sur les trois derniers éclaircissements de la connaissance de soi-même touchant l'amour désintéressé, Paris, 1699, in-S.

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personne de M. de Cambrai, et n'en venir qu'à la prohibition du livre; mais les plus sensés n'entreront jamais dans ce sentiment.

Je vous envoie une relation de ce qui s'est passé en Espagne4, qui vous fera horreur. Il court ici une lettre de M. le cardinal Le Camus1' au sujet de Mme Guyon, qui prétendait se prévaloir d'une lettre de recommandation qu'il lui avait donnée pour M. le lieutenant civil, sous prétexte d'un procès qu'elle disait avoir. Il y parle d'une fdle, nommée Cateau Barbe6, qu'il dit avoir révélé d'étranges mystères. Si j'avais eu le temps, je vous l'aurais transcrite; mais apparemment vous l'avez. Ni vous, ni M. de Chartres n'avez révélé le fait de Saint-Cyr7, qui serait pourtant très important. Vous serez sans doute surpris de tout ce que M. de Cambrai dit dans sa réponse à M. de Paris : on n'a jamais avancé des faussetés avec tant de hardiesse. Mandez-nous précisément si on imprimera à Paris la Relation en italien ; on me la traduit ici. Nous n'en avons plus de française. On a besoin du Quietismus redivivus. Je suis avec un profond respect, etc.

Phelipeaux.

Sur la relation d'un de mes amis qui a assisté au panégyrique de saint Ignace s, nous avons dressé sept proposi-

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