‹ Correspondance de Bossuet. Nouv. éd. augm. de lettres inédites et publiée avec des notes et des appendices sous le patronage de l'Académie françaiseChapitre 6 sur 224 · Lui, le cardinal Albani · texte numérisé non relu

Lui, le cardinal Albani

n. Province, charge. Latinisme. Provincial» cepisti duram (Terent., Phormio, I, 11.)

8. Nous savons par Giori que deux cardinaux de ses amis proposaient de terminer l'affaire par un décret ainsi conçu : Librum esse prohibcndum uti pcriculosum, xquivocum, erroneum; in versione vcro latina et declaralione facta in Instructionc pastoruli ab archiepiscopo Cameracensi,

jfl CORRESPONDANCE [juin 1698

Si par quelque voie courte on pouvait nous envoyer une voiture de tous vos écrits en bonne quantité, et de ceux de M. de Chartres et de M. de Paris, cela ne ferait peut-être pas un mauvais effet.

La Relation ne saurait venir trop tôt, et le Quietismus redivivus et l'écrit de M. de Chartres. Il faut continuer à presser du côté de la Cour, et qu'on parle au nonce fortement sur le mal et le scandale de ce partage, causé par l'adjonction des trois derniers examinateurs mis par la cabale. Il est question de rendre suspecte à présent hautement cette séquelle. On sait que le sacriste9 est ennemi déclaré de la France et attaché à l'Empereur.

Je vous prie de me mander comme se comporte actuellement le P. de La Chaise, de quel parti est M. Racine10, ce que dit M. de Mirepoix, et le nouveau précepteur11.

posse salvari. Jugeant injuste un tel décret, Giori en fit abandonner le projet et proposa lui-même d'interdire le livre « comme périlleux, équivoque, erroné, mais pouvant être corrigé dans sa version latine » (Lettre à Noailles, du 21 juin 1698, Ms. de Saint-Sulpice, f° 4). D'un autre côté, Giori poussait sans cesse Noailles aux mesures les plus rigoureuses contre Fénelon (Voir, par exemple, sa lettre du 9 août, ibid., f° 28).

g. Le Drou.

IO. L'amitié que Fénelon avait témoignée à Racine pouvait faire douter du parti pris par le poète en cette affaire. Au mois de janvier précédent, son fils aîné, Jean-Baptiste, avait reçu au palais archiépiscopal de Cambrai un accueil affectueux (Racine, Grands écrivains, t. VII, p. 181 et 2o4 ; cf. Correspondance de Fénelon, t. II, p. 3i8 à 32i). Cependant on lui a attribué la Réponse aux quatre lettres à M. de Paris, et il faut bien avouer que cet écrit rappelle plutôt le caractère de Racine que celui de Noailles (Cf. P. Mesnard, Œuvres de Racine, Grands écrivains, t. V, p. 3g5 à 407 ; Crouslé, Fénelon et Bossuet, Paris, i8g5, in-8, t. II, p. 44o). La Beaumelle attribue aussi à Racine l'épigramme bien connue :

Dans ce combat où deux prélats de France Semblent chercher la vérité, L'un dit qu'on détruit l'espérance, L'autre que c'est la charité :

C'est la foi qui se perd, et personne n'y pense. 11. Entendez: ce que dit le nouveau précepteur, qui, dans la pensée de l'abbé Bossuet, était Claude Fleury. Cf. p. 11.

juin 1698J DE BOSSUET. l5

Je me doute bien que le Roi aurait été bien aise que Rome eût décidé avant celte déclaration12, et cela aurait été à souhaiter : voilà l'obligation que le Roi et le royaume ont au cardinal de Rouillon '.

1717. — Jean Piielipeaux a Bosslet.

Rome, ce 3^ juin 1698.

On ne pouvait nous envoyer de meilleures pièces et plus persuasives que la nouvelle de la disgrâce des parents et des amis de M. de Cambrai, et que celle qu'on reçut hier par un courrier extraordinaire, que le Roi lui avait ôté la charge et la pension de précepteur. Cela seul pourra convaincre cette cour que le mal est grand et réel ; et ses partisans n'oseront plus publier l'indifférence du Roi pour la condamnation ou justification du livre.

Mercredi dernier, Granelii et Massoulié votèrent devant les cardinaux. Jeudi, les six examinateurs qui avaient voté parlèrent devant le Pape sur la seconde proposition. Hier lundi, le carme, le maître du sacré Palais et le sacriste votèrent devant les cardinaux. Le dernier parla près de deux heures: On [n'a] fait que répéter ce qu'ils avaient dit dans les premières congrégations tenues en présence des cardinaux Noris et Ferrari. On n'a encore rien réglé sur les instances qu'on a faites pour prendre des moyens sûrs d'abréger. Si on continue sur ce pied, nous ne sommes pas au bout.

Le sacriste a assemblé chez lui ceux de son parti, et leur a dit qu'il ne fallait s'attacher qu'à cette seule chose, que l'amour pur renferme virtuellement lexercice de l'espérance: par là, ils abandonnent toutes les solutions de l'auteur. Le sacriste fait parade d'une érudition batavique ' : beaucoup de

13. Avant la déclaration de ses sentiments par le renvoi des amis de Fénelon.

Lettre 1111. — L. a. s. British Muséum, ms. 23i02. I. Ledrou était originaire des Pays-Bas.

ï6 CORRESPONDANCE [juin 1698

citations qui ne font rien à la question ; sa manière de parler et son assurance est néanmoins capable d'en imposer aux ignorants. Demain, Chicti parlera et sera court; car il est levis armalnrx-. Le Pape est si mécontent de lui, qu'il est résolu de le renvoyer dans son diocèse. On croit qu'il n'est pas trop content du sacriste, l'ayant refusé pour examinateur à l'abbé de Montgaillard3, qui l'avait demandé.

Je vis hier une personne en qui le Pape prend confiance4, et qui doit lui proposer les moyens d'abréger. Il a fait connaître la cabale ; mais sa facilité et son incertitude fait qu'il ne peut prendre de fortes résolutions 5. Sur ce que le Pape lui dit qu'on ne cessait d'écrire, il lui représenta qu'il avait été nécessaire que vous écrivissiez pour éclairer la vérité et empêcher le cours de l'erreur.

M. de Chantérac a distribué ces jours-ci deux Lettres6

2. C'est la qualification que Maille applique aussi au même archevêque de Chieti (Affaires étrangères, Rome, t. 3go, lettre du 29 juillet 1698). Ce prélat fut nommé le même jour secrétaire de la congrégation des Evêques et Réguliers (Phelipeaux, Relation, t. II, p. 119). A propos de cette nouvelle marque de faveur, un correspondant écrit à Noailles, le Ier juillet, que, se voyant dès lors si près du cardinalat, l'archevêque de Chieti craindrait peut-être de compromettre ses chances d'avenir en défendant avec trop de passion un livre désapprouvé en France (Ms. de Saint-Sulpice, f° 8).

3. L'abhé de Montgaillard avait été député par le chapitre de Saint- Pons pour suivre les affaires que son oncle avait à Rome avec les récollets.

4. Probablement Dorât, archiprêtre de Pamiers, dont Phelipeaux, op. cit., p. 118 et 11g, relate une visite au Quirinal, et à qui le Pape dit : Quesli diavoli Francesi cacciano via libri ogni giorno ; corne possono fnre? (Cf. plus loin, p. 36 et 37).

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