Cette dernière phrase est en marge
Lettre 1752. — 1. Voir p. 80 et p. 83.
août 1698] DE BOSSUET. Il5
^'expliquant sur le particulier de la doctrine, quoique en gros. Il faut les laisser agir. Tout ce qu'on fait depuis trois mois tend à une qualification. Un si long examen avec toutes les formalités les plus pompeuses et les plus extraordinaires les engage, malgré qu'ils en aient, à faire quelque chose de décisif et de solennel ; car ils commencent à s'apercevoir que, s'ils se conduisaient autrement, on se moquerait d'eux. J'ai aussi eu en vue de les obliger à prendre ce parti, en les engageant à tout ce qu'il v a de plus éclatant, et ne les pressant qu'indirectement. La cabale l'a bien prévu, et n'a cessé ou de proposer des moyens pour estropier l'affaire, ou pour l'allonger à l'infini. Dieu merci, on en est venu à quelque chose de très solennel, de très marqué et d'assez court dans les circonstances présentes. Il les faut donc laisser continuer.
J'ai vu tous les cardinaux depuis huit jours, pour les prévenir sur la Réponse de M. de Cambrai à M. de Paris et les autres choses de cette nature, en même temps pour leur faire remarquer l'attente générale où l'on était de quelque chose de grand, de décisif et d'honorable pour le Saint Siège. Je vois bien où est l'enclouure 2 ; mais la honte de passer pour ce qu'ils sont, les rendra hardis malgré eux3. Je l'espère
2. Enclouure. blessure faite à un cheval avec un clou entrant dans la chair quand on le ferre ; de là, empêchement, nœud d'une difficulté.
Eh ! je sais trop où lui tient l'enclouure.
(Th. Corneille, Comtesse d'Orgueil, II, 1.)
3. Vers le même temps, Maille écrivait à Tourreil : « Il n'y a que la crainte qu'ils auront d'irriter le Roi et que les évèques ne jugent l'affaire en France qui puisse les faire passer par dessus la règle qu'ils ont, de ne point condamner des propositions sur lesquelles leurs théologiens sont partagés» (Affaires étrangères, Rome, t. 3gi, f° 73 ; cf. f > 4g ▼")• Cette règle, sans doute, est suivie d'ordinaire pour les cas qui ne sont pas d'importance majeure et sur lesquels les cardinaux ne sont renseignés que par le rapport des consulteurs. Mais, pour une affaire comme celle-ci, qui avait fait tant de bruit et dont les cardinaux étaient déjà bien au courant, on pouvait passer outre. « La division des examinateurs, dit le Pape le 24 août 1698, ne fait rien pour la décision ; c'est aux cardinaux à dire leur sentiment et à moi à décider. » Aussi Chanti'iac écrivait-il avec raison: « ... Si ces examina-
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ainsi, quoique j'avoue que cela aura sa difficulté ; mais on ne sera pas plus de temps à se résoudre à un respective qu'à une simple condamnation générale, telle que vous la proposez. Nous profiterons de tout, et des occasions propres à obtenir le succès cjue nous désirons. Pour moi, si je vois qu'on veuille nous porter quelque coup fourré ou faire quelque chose de trop faible, je serai tous les jours aux pieds du Pape, pour lui représenter avec sincérité et respect ce qu'il conviendra. Au moins, si on veut faire mal, je n'aurai rien à me reprocher, et c'est qu'on le voudra. Je suis persuadé que si l'on nous aide du cùté du nonce pour la condamnation des propositions respective, nous l'emporterons. Jusqu'à cette heure, c'est l'intention du Pape.
On cache toujours de plus en plus la Réponse de M. de Cambrai à M. de Paris, et il n'y a pas moyen d'en avoir d'exemplaire*. Je ne sache que trois cardinaux qui l'ont,
teurs étaient juges, nous devrions être renvoyés libres sur toutes les accusations qu'on a laites contre nous, je veux dire contre notre livre; car, dans l'égalité des suffrages, il est inouï qu'au Saint Office on ait condamné ni aucune personne ni aucun livre; mais ces examinateurs n'ont que la voix consultative, et c'est aux cardinaux ou au Pape à juger et à décider )> (Lettre du 29 septembre 1698, t. IX, p. 48î; cf. t. Mil, p. 4g4. Voir aussi Reuscli, Index der verbotenen Bûcher, Bonn, i883-i885, t. II, p. 633. Cf. la lettre de Chantérac, du 26 octobre 1O97). Le partage, du reste, d'après les partisans de Bossuet, n'était pas aussi radical qu'on le disait. Ainsi, parmi les consulteurs réputés favorables à Fénelon, le P. Philippe avouait qu'on ne pouvait s'empêcher de condamner in génère (Phelipeaux, Relation. II, 109); l'archevêque de Chieti était d'avis qu'on condamnât le livre en gros sans entrer dans nue plus grande discussion (Id., II, p. Il) ; le sacriste aurait dit dans son factura qu'il fallait ôter du livre de M. de Cambrai plusieurs choses et en ajouter d'autres pour l'éclaircir (voir p. 2i5). Cf. p. 73 et 388.
4- Les auxiliaires de l'abbé Bossuet supposaient que cette lettre avait été imprimée à Rome par les soins des jésuites. Maille l'écrit à Tourreil, le 5 août, et il ajoute : « J'écris à l'ami de Naples (Casoni) de faire ses diligences pour découvrir si on ne l'aurait pas imprimée là » (Rome, t. 3gr, f° 4g). Elle fut imprimée en France, au dire de Ledieu (Recueil sur le quiélisme). « C'est, d'après lui, un in-12 de soixante pages en latin avec ce titre : Responsio Dni Arch. Caméra-
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Noris, Carpegna et Bouillon : les autres sont un peu mécontents de n'en avoir pas. Ce mystère, que nous avons grand soin de taire remarquer. De produit pas un bon effet pour M. de Cambrai. Ses amis continuent à publier que la Réponse à votre Relation est faite, qu'elle est foudroyante, et que vous êtes réduit en poudre; cependant elle ne parait pas. Vous me témoignez désirer si fort de voir promplement tout ce qui sera publié ici là-dessus, que je crois que je vous enverrai encore ces pièces par un courrier extraordinaire, surtout si je vois qu'il v ait des choses de conséquence. Leur finesse est de les faire paraître ici le plus tard qu'ils pourront, afin que vous n'ayez pas le temps d'y répondre, et d'obtenir l'effet qu'ils désirent ; mais je crois qu'ils se tromperont en tout.
Leur excuse, pour ne pas publier la Réponse à M. de Paris. est la défense qu'ils disent que le Roi a faite à M. de Cambrai d'écrire davantage pour sa défense. Le cardinal Colloredo me demanda l'autre jour si cela était vrai : je l'en désabusai. Fabroni et les jésuites font courir ces bruits, que
censis ad Dham archiep. Parisiensem. Cette réplique, remarque t-il, tut h faite principalement pour Rome, où elle fut envoyée imprimée, mais peu distribuée, parce qu'elle est faible et que l'auteur en a depuis •employé ce qu'il a cru de meilleur dans sa Réponse à la relation de II, de Meaux sur le quiétisme. Mais cette réponse, telle quelle, ne laisse pas d'être importante, parce que M. de Cambrai n'y garde aucune mesure avec M. de Paris et que cette pièce est très rare, n'ayant pas été répandue à Paris, où l'on n'en a vu que peu de copies à la main revenues de Rome.» «On veut, dit l'abbé de Cbantérac, que je supprime et que je brûle même la réponse de M. de Cambrai à la lettre de M. de Paris. Je soubaite que cette conduite soit aussi utile à l'affaire de M. de Cambrai en ce pays comme on la juge nécessaire en France, et je veux bien agir en cet esprit autant qu'il dépendra de moi ; mais j'ai déjà mandé qu'il ne m'était pas possible de tout brûler ou de tout supprimer, puisque M. le cardinal de Bouillon, à qui j'en avais prêté un exemplaire en grand secret, l'oublia sans doute et le prêta à M. l'abbé Bossuet pour une nuit, dit-il, durant laquelle je sais qu'on en a fait une copie qui a été envoyée à M. de Paris, il y a plus de quinze jours » (Chantérac à Maulevrier, 26 août 1698, ap. Delplanque, op. cit.. p. 61). Après la Réponse à la Relation, jugeant inutile la lettre à M. de Paris, Cbantérac fit tout son possible pour en retirer les exemplaires (Ibid., p. 66).
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M. le cardinal de Bouillon laisse répandre, aussi bien que tout ce qu'on dit sur le Roi et sur Mme de Maintenon. Sans nous, je l'ose dire, cela ferait une impression très défavorable sur des gens qui naturellement sont malins, et qui croient aisément que tout se fait par politique, parce qu'ils ont coutume d'agir par de pareils motifs.
Si je pouvais avoir la Réponse à votre Relation, quand le valet de chambre que M. de Torcy a envoyé ici partira, je me servirais de cette occasion pour vous la faire passer ; mais elle ne paraît pas encore.
La matière des épreuves est finie ; on a commencé à voter sur l'involontaire et les cinq propositions qui suivent : il faut encore deux congrégations pour terminer cette matière. Le reste des propositions se divisera en deux ou trois points, et tout sera terminé dans quatre semaines; de sorte qu'à la miseptembre, les qualificateurs auront fini assurément. Si l'on veut faire quelque chose de bon, on ordonnera à nos qualificateurs de mettre les propositions en état d'être qualifiées et censurées, c'est-à-dire de les réduire sous les différents chefs, et puis les cardinaux verront ce qu'ils auront à faire.
J'attends la fin de votre vœu : nous en ferons l'usage qu'il faut, et nous tâcherons que nos qualificateurs prennent modèle dessus. Je ne sais s'ils seront assez dociles pour vouloir s'en servir ; en tout cas, cela les aidera toujours beaucoup. La censure de M. Pirot5 est bonne, mais bien embrouillée.
Au reste, M. Charmot vous a écrit, et a envoyé sa lettre à Messieurs des Missions étrangères, qui ne lui mandent rien là-dessus : il en est en peine. Les jésuites, et le cardinal de Bouillon sous main, le persécutent. Fabroni, secrétaire de la Propagande, fait échouer, pour favoriser les jésuites au préjudice des Missions0, toutes les bonnes intentions du Pape et de la Congrégation.
Il n'y a rien à craindre du côté du duc Cesarini à mon égard. Il a avoué à un de mes intimes amis que M. le car-