Voir la lettre du 29 avril, t. IX, p. 3o
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voler de ses ailes 10. Je l'assurai qu'il ne courait aucun risque ;• que je ne doutais pas que son maître ne sût bien ce qu'il faisait, et ne fût bien sûr de ne pas déplaire au Roi. Tout cela fait bien voir le peu d'approbation que la conduite du cardinal trouve dans l'esprit des personnes qui lui sont le [dus dévouées .
Ce même Poussin, que son maître ménage à présent, me dit, il y a quelques jours, qu'il lui paraissait que les lettres du Roi n'étaient pas si fortes, et qu'il avait calé là-dessus. Je le priai de s'expliquer mieux à d'autres; je lui ajoutai que, si le Roi ne parlait pas de cette affaire dans toutes ses leLtres, c'était qu'il croyait avoir plus que suffisamment expliqué ses intentions dans les précédentes.
Je sais de science certaine qu'on fait courir le bruit chez le cardinal de Bouillon que l'affaire de M. de Cambrai s'accommode en France, et que M. de Cambrai donne une explication qui ne le condamne pas et qui contente tout le monde. Je me suis bien moqué d'un pareil discours; mais cela est fait exprès pour adoucir ici les esprits à l'égard de M. de Cambrai, et faire voir qu'il faut avoir des ménagements pour lui.
Au reste, j'ai vu ces jours passés le P. Amonio11, jésuite,.
10. Dans un accès de mauvaise humeur, l'abbé Rossuet reconnaît mal les services de Poussin. Phelipeaux en parlera autrement, et la princesse des Ursins écrira qu'il s'est « proprement sacrifié pour soutenir le parti opposé à M. de Cambrai » (Lettre du 2 juin 1699, fr. 6919, f° i57).
11. Ottavio Amonio, né à Castelbolognese, avait fait profession chez les jésuites le 2 février 1692. De 1697 à 1726, il résida au collège de Fermo, puis à Rome au collège des Écossais et au collège Romain, où il mourut, le 23 janvier 172b'. Il était neveu du maître dt chambre d'Innocent XI, et frère de Dominique Amonio. Celui-ci, amené jeune en France par le duc de Nevers, était devenu l'un des médecins du Roi, après avoir été médecin de l'abbaye de Chelles, où sa présence avait été une cause de division. C'est lui qui fut chargé de notifiera Louis XIV, en 1687, qu'il avait encouru l'excommunication dans l'affaire de la régale (Cf. Mme de Sévigné, Grands écrivains, t. IV et V ; article du P. Dubruel dans les Éludes des P. P. Jésuites, iô décembre 1913 ; Jal, Dictionnaire, p. £2 ; Ribliothèque Nationale, Pièces originales).
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-qui m'a dit tout ce qu'on pouvait dire pour justifier le P. de La Chaise, et qui m'a répondu de lui. Je l'ai assuré que je ne doutais pas de ce qu'il me disait, surtout sachant par vous la déclaration publique qu'il avait faite là-dessus; qu'il serait à souhaiter que les jésuites français et italiens qui sont à Home fussent dans les mêmes sentiments ; que je n'avais rien à lui dire là-dessus, et qu'il le voyait mieux que moi. Il est, si je ne me trompe, grand charlatan. Il m'a offert ses services pour cette affaire auprès du Pape, auquel il assure avoir dit mille biens de vous. Je l'en ai remercié et en crois ce qu'il me plaît. Il ne manquera pas d'écrire au P. de La Chaise notre conversation. Dans l'occasion, témoignez, je vous prie, à ce Père ce que vous jugerez à propos : il ne coûte rien de faire semblant de croire ce qu'ils disent, quand on leur parle12.
La santé du Pape m'inquiète un peu, ses jambes sont un peu enflées. Il n'v a rien de dangereux; mais il ne faut rien à son âge : Dieu sait ce qu'il veut faire là-dessus. Il faut toujours préparer les voies à une bonne condamnation, s'il y a moyen.
Je puis vous assurer qu'en conscience, on doit envoyer un ambassadeur au plus tôt, ou bien tout périra13.
Il est de la dernière conséquence que nous soyons assurés du cardinal Carpegna : c'est le premier à voter après le cardinal de Bouillon. Il a bon esprit, mais il veut être pape. Il faut le soutenir du côté de la Cour contre le cardinal de Bouillon. Le cardinal d'Estrées est de ses grands amis : une lettre de lui un peu forte à cette Éminence produirait un bon effet. Encore une fois, il n'est question que de presser sur les qualifications, en en montrant la nécessité. On a répandu ici le bruit que M. de La Trémoille même et le général de la Minerve ont assuré que la France ne s'attend qu'à une prohibition du livre, et qu'elle en sera contente. Je
12. « La sincérité chrétienne ne s'accommode guère de ce principe, trop usité dans la politique » (Deforis).
i3. L'ambassadeur n'arriva à Rome qu'après la décision de l'affaire.
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leur ai parlé là-dessus fortement ; mais quoi que je puisse dire, on en croira le ministre. Je ne puis trop le répéter : une qualification leur coûtera moins avec le respective qu'une censure in globo, telle que vous me l'avez envoyée, et sera aussi plus honorable pour le Saint Siège.
M. de Chantérac dit ici hautement que vous avez mis dans votre Relation plusieurs faits faux et très faux, qu'on relèvera bien; nous verrons. La traduction italienne imprimée ne peut venir trop tôt : elle sera certainement bien faite, étant de la main de M. Régnier; je ne le nommerai pas14.
11 serait encore bon que le cardinal d'Estrées, ou le cardinal de Janson, ou vous, écrivissiez au P. général de la Minerve qu'il ne peut faire un plus grand plaisir à la Cour et à tous ceux qui aiment la religion que de porter les cardinaux à une censure honorable, en qualifiant les propositions: M. l'abbé de La Trémoille tremble : il n'a pas voulu jusqu'à cette heure faire un pas pour nous. Le cardinal de Bouillon l'a prié sans doute de ne point agir ; et actuellement il est la dupe de cette Éminence, qui lui fait tirer les marrons du feu. M. de La Trémoille aurait souhaité que, du côté de la Cour, on l'eût chargé de quelque chose ; mais il ne connaît pas le terrain : je sais qu'il s'en est plaint à M. de Torcy.
J'ai sujet de craindre que le cardinal Noris ne favorise le? mezzo termine, car j'ai appris depuis deux jours des choses qui me font voir qu'il a de grandes liaisons avec le cardinal de Bouillon ; néanmoins on ne peut s'expliquer plus clairement qu'il l'a fait sur la doctrine. Vendredi dernier, je fus avec lui deux heures dans son cabinet à remuer saint Augustin et saint Thomas : il a les plus beaux passages du monde contre M. de Cambrai et son amour pur. Il me pria même de vous mander cette comersation ; mais avec cela j'ai appris depuis que le cardinal de Bouillon faisait fond sur lui, et qu'il pencherait volontiers à ne pas fulminer contre M. de Cambrai. Je le verrai incessamment là-dessus, et lui
il\- Regnier-Desmarais ne voulait pas être nommé.
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parlerai fortement. Je vois qu'il évite d'entrer en matière sur cela. J'ai résolu de le faire expliquer : nous verrons qui sera plus fin, car il l'est beaucoup.
J'ai vu le cardinal Ferrari ; il me paraît qu'il ira bien : il m'a assuré que toute la solution des partisans du livre consiste à dire que M. de Cambrai n'a voulu qu'établir un état où ordinairement la charité commande les actes des autres vertus. Et sur l'exclusion du motif de l'espérance qui n'excite plus, il m'a dit bonnement ne savoir pas de réponse ; ajoutant néanmoins qu'ils disaient que c'était le motif de la volonté de Dieu qui excitait principalement, qui faisait agir sans exclusion de l'autre motif. Je lui ai montré que c'était là l'amour du quatrième état; et franchement voilà à quoi il n'y a pas de réponse.
Je vous envoie la traduction latine du livre15 de M. de Cambrai : il serait bien à souhaiter que vous l'eussiez eue plus tôt. M. Phelipeaux m'a toujours assuré que vous l'aviez, et qu'il vous avait écrit là-dessus ; mais il vaut mieux tard que jamais. Nous vous avons envoyé les notes qu'il avait données manuscrites au commencement ; c'est substantiellement les mêmes.
Je vous adresse tout le paquet sous l'enveloppe de M. le marquis de Torcy, afin que le courrier soit disculpé s'il reçoit mon paquet. J'en adresse aussi un pour M. de Paris. Je n'ai le temps que de lui écrire un mot; vous lui ferez, s'il vous plaît, part de cette lettre.
On a fini hier les cinq propositions : on commence demain la matière suivante, et en trois semaines le tout sera bien avancé.
1758. — Joseph Morel a Bossuet.
A Toulouse, ce 20 août 1698.
Nous avons tous une si grande vénération pour vous,
i5. La traduction de V Explication des Maximes des saints.
Lettre 1158. — Joseph Morel, fils de Pierre Morel et de Cons-
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Monseigneur, clans nos provinces, qu'un chacun désire avoir l'honneur d'être connu de vous. Pour moi, je ne doute pas, Monseigneur, que ceux qui viendront après nous dans les siècles à venir, ne vous révèrent et tous vos ouvrages comme nous révérons les anciens Pères de l'Église et leurs ouvrages.
L'Église vous est obligée, et à Monseigneur l'archevêque de Paris, de la destruction du quiétisme en France, car sa réponseàM. de Cambrai et votre Relation obligent tout le monde dans nos provinces à prévenir la condamnation de Rome.
J'espère aussi, Monseigneur, que vous entrerez dans le sentiment de Messeigneurs les évèques du Languedoc, touchant la conduite qu'ils jugent à propos que l'on tienne à l'égard des nouveaux catholiques de ce royaume, et que par ce moyen le grand ouvrage de la destruction du calvinisme se consommera en France. L'expérience que j'ai depuis plus de "vingt années que je suis chargé de leur conduite et de leur instruction en qualité de vicaire général, me persuade que, si on ne les oblige aux exercices extérieurs de la religion, L'athéisme succédera en France au calvinisme. Je n'ai jamais été d'avis qu'on les obligeât à recevoir les sacrements, mais seulement aux exercices extérieurs.
J'ai l'honneur d'être avec respect, Monseigneur, votre, etc. Joseph Morel, prêtre et vicaire général.
tance Chevrier. était né à Lyon, où il avait été baptisé en l'église Saint-Paul en i032. Entré à l'Oratoire en i65i et ordonné prêtre en i658, il fut, après trois ans passés aux Ardilliers, assigné à la maison île Toulouse, et, dans cette ville, il l'ut connu sous le nom de P. Joseph. Bientôt après, il fut mis à la tête de la paroisse de la Daltiade, confiée aux oratoriens, et choisi pour grand vicaire par M. de Montpezat, archevêque de Toulouse. Il eut toute la confiance de ce prélat et celle de M. de Montchal, son successeur, et dans les situations délicates où ils se trouvèrent, il sut se conduire avec assez d'habileté pour ne déplaire ni à la cour de Rome ni à celle de France. Il mourut à Toulouse le 9 août (d'autres disent: avril) 170^ (Cf. Batterel, Mémoires domestiques, t. IV, p. 168 à 179 ; Salvan, Histoire générale de l'Église de Toulouse, Toulouse, 1861, l\ vol. in-8, t. IV, p. 3g6). — Lâchât a eu le tort de dater cette lettre du a août 1608.
aoAt 1698J DE RUS S TET.
iyotj. A M""' DE Luynes.
A Paris, 33 août 1698.
Nous avons pris jour pour votre affaire1 : M. l'Archevêque nous a donné mercredi2 pour la décider. M. l'abbé Dreux est toujours contraire; M. de Ventabrun3 n'est pas ici : je suis seul à vous défendre1: mais j'espère que M. l'Archevêque sera pour vous. Instruisez-moi pourtant, ma Fille, sur la clôture du Fresmoy ;, et dites-moi toutes les difficultés et tous les remèdes.
J'ai obtenu pour les accommodements de ma Sœur Bénigne treize ou quatorze cents francs", que je pourrai vous faire tenir au retour de Versailles : donnez votre ordre pour les recevoir. Ne parlez point du tout de moi, si ce n'est à Mme d'Albert et à Sœur Bénigne, et défendez-lui d'en dire mot; on n'a que faire de dire d'où cela vient. Agissez comme une mère ; donnez-lui ses ajustements comme à une religieuse, c'est-à-dire à une pauvre infirme. C'est assez qu'on sache dans le monastère que c'est en vue de la Sœur Bénigne que cette somme a été donnée. Vous voyez, ma Fille, qu'encore que je sois un peu
Lettre 1159. — L. a. s. Collection de M. Le Blondel.