‹ Correspondance de Bossuet. Nouv. éd. augm. de lettres inédites et publiée avec des notes et des appendices sous le patronage de l'Académie françaiseChapitre 79 sur 224 · Cf. p. 1^3 et · texte numérisé non relu

Cf. p. 1^3 et

i3. Deforis développe pour expliquer : La réponse à ma Relation que M. de Cambrai fait distribuer a 170 pages; et celle qu'il a supprimée, dont j'ai un exemplaire, en a 1^3.

i£. Alinéa omis par les éditeurs.

i5. Le camp de Compiègne, dont il est question, p. 122, 173, 189

46 CORRESPONDANCE [août

1762. — L'Abbé Bossuet a son Oncle.

Rome, 26 août 1698.

J'ai reçu la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire de Meaux le l\ août. J'attends avec impatience de vos nouvelles, et l'avis de la réception de notre courrier et des lettres que j'ai écrites par celui de M. le cardinal de Bouillon : elles étaient toutes de conséquence.

Le lendemain de ma dernière lettre partie par le valet de chambre de M. de Torcy, M. le cardinal de Bouillon déclara au Pape la résolution du Roi d'envoyer ici M. le prince de Monaco pour ambassadeur. En même temps, il publia que le Roi ne l'avait fait qu'à sa prière, qu'il le tourmentait làdessus depuis plus de six mois à cause de sa santé, et qu'il avait même nommé au Roi M. le prince de Monaco comme son intime ami. Je sais même des gens à qui il a lu quelques lignes de la prétendue lettre de S. M. là-dessus, et tournée dans ce sens. Je voudrais que Rome fût à cet égard aussi crédule que moi ; mais il n'y a personne qui ne soit persuadé que le motif de ce changement est que S. M. n'est pas contente de lui, notamment sur ce qui regarde M. de Cambrai; car tout le monde voit sa manière d'agir. Vous croyez bien que chacun est fort curieux de me faire parler; mais, comme je ne sais rien là-dessus que ce que M. le cardinal de Bouillon a dit publiquement, j'ai paru ajouter foi à ses paroles, sans me mêler de dire ce que je ne sais pas.

M. le cardinal de Bouillon a été bien aise qu'on sût encore, ou au moins qu'on crût que le Roi le fera protecteur de France, comme l'ont été autrefois M. le cardinal d'Esté1, etc.

Lettre 1162. — 1. Renaud d'Esté «Hait issu d'une famille souveraine qui régna sur Este, Padoue, Ferrare, Modène et Reggio. Créé cardinal en i6/»i,il fut évèque de Modène en i65i. Le roi de France le nomma, sur la fin de l65a, à l'évêché de Montpellier qu'il remit bientôt en optant pour celui de Reggio. La protection des affaires de France lui fut confiée. Le cardinal d'Esté se signala par son zèle

août 1698] DE BOSSUET. I^y

Néanmoins on n'en croit rien pour plusieurs raisons, outre qu il est sujet du Prince, et qu'ordinairement les couronnes ne choisissent pour cet emploi que des cardinaux étrangers, qu'elles attachent par là à leurs intérêts.

Le chagrin du cardinal de Bouillon ne se peut cacher : il sent le coup. Cette Eminence est résolue plus que jamais d'aller à Frescali. On dit qu'il viendra aux congrégations du lundi et du jeudi devant le Pape. Presque personne ne doute que, sous quelque prétexte, il évitera de voter; mais il n'y a rien de sûr : ce n'est que par conjecture qu'on le présume, et par la vue de l'embarras où l'on juge qu'il doit se trouver. Pour moi, je crains tout de ses mauvaises intentions ; mais on a frappé le coup essentiel, et son crédit est tombé. Je le regarde à présent comme un simple cardinal, ou comme un simple jésuite, qui cependant ne manquera pas de bonne volonté, et qui fera le pis qu'il pourra.

Au reste, la joie de voir ici un ambassadeur a été universelle2. Le choix de M. de Monaco fait ici faire bien des raisonnements. Comme il est Italien, les cardinaux papablrs et non papables ont leurs espérances ou leurs craintes. Pour moi, le connaissant pour un digne sujet et un fort honnête homme, je lui rends partout la justice qui lui est due. Je crois que vous voudrez bien lui écrire sur mon sujet. Je me donnai l'honneur de lui faire mon compliment, samedi, à Monaco. On espère qu'il pourra être ici à la rinfrescata3.

dans les difficultés survenues à l'occasion de la garde corse. Il mourut évêque de Palestrina le 3o septembre 1672. Il ne faut pas le confondre avec son neveu, appelé aussi Renaud d'Esté. Celui-ci fut cardinal en 1686, mais, après la mort de son neveu François d'Esté, en i6g4, il rendit son chapeau pour devenir duc de Modène et de Keggio, épousa Charlotte Félicité de Brunswick-Lunebourg, en 1690, prit plus tard le parti de la maison d'Autriche contre la France, et mourut eu 1737.

2. Cf. Giori, lettre du 28 octobre 1698, citée par M. Delplanque dans l'appendice de sa tbèse sur Fénelon et la doctrine de l'amour pur, Lille, 1907, in-8, p. 96.

3. Rinfrescala, époque où la chaleur se fait moins sentir, vers la mi-septembre.

i/,8 CORRESPONDANCE [août 1698

Voilà le pauvre ambassadeur d'Espagne4 mort, regretté de lout le monde. Il n'avait pas encore paru en public : ses équipages sont magnifiques, et n'ont pas encore vu le jour. M. de Monaco pourrait plus mal faire que de les acheter.

Notre affaire va son train ; et à la mi-septembre, ou peu de jours après, les qualificateurs finiront leurs rapports. On copie leurs vœux à force, pour les mettre entre les mains de MM. les cardinaux.

J'ai parlé de nouveau à l'assesseur du Saint Office et au commissaire. Le dernier se comporte avec vigueur ; le premier plus mollement : Fabroni et les jésuites sont ses amis. Il n'est pas savant, et trouve bien la doctrine périlleuse; mais il n'en sait pas assez pour en voir l'erreur par lui-même. Dans l'état des choses, il ne nous fera ni grand bien ni grand mal : s'il était vigoureux, il pourrait faire beaucoup de bien.

La Réponse à M. de Paris" se cache de plus en plus, c'està-dire qu'on n'en donne plus d'exemplaires ; mais les émissaires de M. de Cambrai la lisent et la font voir sous main et en secret à tout le monde : ils font courir sur le motif de ce procédé des bruits injurieux au Roi, à Mme de Maintenon et à M. l'archevêque de Paris. J'ai cru, ne pouvant en avoir d'exemplaire imprimé, devoir faire mes efforts pour en avoir une copie authentique. Pour cela, il a fallu user de manège, afin de tirer des mains de quelque cardinal son exemplaire pendant quelques heures. Je n'ai pu en venir à bout par moi-même; mais M. le prince Vaïni s'est tant remué, qu'il m'en a procuré un pour une demi-journée. Je l'ai fait copier par quatre personnes fort exactement, en marquant soigneusement le chiffre des pages de l'imprimé. On a fait collationner cette copie par un notaire public et elle a été légalisée,

4. Le comte d'Altamira, mort à Albano le 2^ août. Il n'était nommé que depuis quinze mois. Le P. Roslet écrit, de son côté : «Je viens de perdre l'ambassadeur d'Espagne, qui me voulait du bien et qui s'était déclaré contre la nouvelle spiritualité » (A Noailles, aG août 1698. Ms. de Saint-Sulpice, f° 09).

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