‹ Correspondance de Bossuet. Nouv. éd. augm. de lettres inédites et publiée avec des notes et des appendices sous le patronage de l'Académie françaiseChapitre 86 sur 224 · Voir t. VIII, p. 3o · texte numérisé non relu

Voir t. VIII, p. 3o

^8 CORRESPONDANCE [sept. 169»

ner Mme Guyon, dont il connaissait la droiture des intentions, cette femme s'était enfuie de Meaux, avait été mise à la Bastille, et avait assez montré ses malheureuses dispositions.

Je vais voir Messieurs les cardinaux les uns après les autres, et leur montrer les faussetés manifestes de M. de Cambrai : il ne faut pas moins pour empêcher l'effet des artifices et des insinuations de nos adversaires, qui ne s'oublient pas et qui sont les mêmes.

Je fus averti, il y a quelques jours, que M. le cardinal de Bouillon avait extrêmement pressé le Pape, dans son audience du 28 du passé, pour conclure et donner une décision prompte, aussitôt que le rapport des qualificateurs serait fini; et que S. S. lui avait répondu : Mais, M. le cardinal, afin que la décision soit bonne et telle qui convient, il ne faut rien précipiter; l'abbé Bossuet est venu ces jours passés, me parler dans ce sens. Je sais de plus que M. le cardinal de Bouillon avait avancé que j'avais dit au Pape qu'il ne fallait pas finir sitôt, par où il voulait faire entrevoir que c'était moi qui retardais. Je l'ai donc vu ce matin, et j'ai eu une longue conférence avec lui. Je lui ai rendu compte de tout ce que j'avais fait, et des raisons que j'avais eues pour agir ainsi. Il n'a pu me désapprouver, et m'a avoué que, pour avoir une décision sur la doctrine et faire qualifier les propositions, il fallait plus de temps qu'on ne se l'imaginait en France; que MM. les cardinaux ne pourraient avoir entre leurs mains les vœux des qualificateurs qu'à la fin de septembre, ce que je savais fort bien ; que les cardinaux auraient ensuite besoin de quelque temps pour former leur vœu. Je lui ai rendu compte de toute l'audience que j'avais eue de S S. Il m'a rapporté ce que le Pape lui avait dit de moi, et que le cardinal Spada le lui avait expliqué comme je le faisais moi-même; c'est-à-dire que je demandais qu'on ne précipitât point, mais cependant qu'on ne perdît pas un instant pour accélérer la décision.

M. le cardinal de Bouillon m'a dit que, sur les pressantes lettres de S. M., il avait été obligé de parler comme il avait

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fait au Pape et de le presser extrêmement, parce qu'on le pressait lui-même. Je lui ai répondu que tout cela s'accordait parfaitement bien, et qu'il ne pouvait jamais manquer, en demandant toujours qu'on ne perdît point de temps, et une prompte décision, pourvu qu'elle fût bonne, précise, honorable au Saint Siège et utile à la France. Je lui ai répété là-dessus toutes les raisons que je vous ai déjà écrites. Il m'a prié, je ne sais pourquoi, de mettre par écrit le précis de ce que j'avais dit au Pape, afin qu'il le put envoyer dans son paquet à S. M., pour ne rien ajouter ni diminuer au compte qu'il voulait lui en rendre8, ce que j'ai fait de [la] manière que vous \ errez dans la copie que je vous envoie de ce mémoire, qui contient la pure vérité. Il a ajouté que, si je l'assurais que les vues que je proposais fussent celles des évèques, il croirait aisément qu'elles seraient aussi celles de S. M. Je lui ai dit là-dessus que jamais je ne parlais au nom du Roi, ni au Pape, ni aux cardinaux, mais bien au nom des évoques; que cela faisait à présent, Dieu merci, le même effet, parce qu'on ne pouvait ignorer que les évèques n'agissaient dans cette affaire que conformément aux intentions de S. M.; qu'au reste, je pouvais l'assurer que je ne parlais jamais de moi-même. Il m'a paru approuver fort ma conduite sur tout cela. Comme je ne sais point user de finesse9, je lui expose très franchement ce que je pense, et il est obligé d'approuver ce que je lui dis.

Il m'a observé là-dessus que c'était la coutume des cardinaux de prendre leurs vacances pendant le mois d'octobre, et que, par cette raison, il n'y avait jamais dans ce mois d'assemblées du Saint Office le jeudi devant le Pape, quoique le mercredi il n'y eût point d'interruption pour les cardinaux

8. Effectivement le cardinal de Bouillon s'empressa d'envoyer à la cour de France le rapport de l'abbé Bossuet, mais dans le dessein de faire retomber sur cet abbé la cause des lenteurs qu'il avait suscitées lui-même ; voir la Relation de l'abbé Pbelipeaux, part. II, p. i34 (Cf. Affaires étrangères, Rome, t. 889, f° 20). Au reste, on lira ce mémoire en appendice, p. 483.

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