‹ Correspondance de Bossuet. Nouv. éd. augm. de lettres inédites et publiée avec des notes et des appendices sous le patronage de l'Académie françaiseChapitre 87 sur 224 · On croira difficilement à tant de candeur · texte numérisé non relu

On croira difficilement à tant de candeur

iyo CORRESPONDANCE [sept. 1698

qui restaient à Rome. Il a ajouté qu'on pouvait laisser les cardinaux passer ce temps en villégiature, qu'ils en profiteraient pour étudier la matière et rédiger leur vœu.

Je lui ai répondu que le bien pressant de la chrétienté devait être préféré aux plaisirs de MM. les cardinaux ; qu'ainsi ce prétexte de villégiature ne devait point, ce me semble, retarder les opérations nécessaires pour terminer promptement une affaire de cette importance, qui traînait depuis si longtemps ; qu'à la vérité, si ce sursis n'apportait aucun retard à la décision, et que MM. les cardinaux effectivement en eussent besoin pour former leur vœu, il importait peu qu'ils le fissent à la campagne ou à Rome, et qu'il n'y avait rien à dire; mais qu'au moins, en ce cas, il fallait, le rapport des examinateurs étant fini, que les cardinaux missent tout en ordre, de manière que le mois d'octobre ne fût pas perdu, et qu'incontinent après la Toussaint ils n'eussent qu'à voter devant S. S. et conclure cette affaire. Il m'a répliqué qu'il était bien aise de savoir là-dessus mon sentiment.

Sur ce que j'ai appris à n'en point douter, que le cardinal de Bouillon faisait tous ses efforts pour retarder l'arrivée à Rome de M. de Monaco, ou afin de terminer l'affaire de M. de Cambrai un peu plus à sa mode, ou parce que, jugeant la mort du Pape prochaine, il voudrait être maître de lui donner un successeur selon ses vues, j'ai cru dans ces circonstances qu'il était à propos d'informer M. de Monaco de l'état véritable de l'affaire de M. de Cambrai, en lui en donnant une idée juste, sans rien dire sur le cardinal de Bouillon, comme vous le verrez par la copie que je vous envoie. Vous la montrerez à Mme de Maintenon, si vous le jugez à propos. M. de Monaco ne peut, ce me semble, que me savoir bon gré de m'ètre expliqué franchement avec lui.

J'avoue que la seule chose que je craigne qui puisse empêcher le succès de nos démarches pour obtenir une bonne décision, c'est que la mort du Pape n'arrive avant qu'elle soit faite. Mais la prudence chrétienne ne veut pas, je pense, que, par l'appréhension de la mort d'un homme qui ne se porte point mal, on précipite une décision de cette impor-

sept. 1698] DE BOSSUET. 171

tance et qui doit abattre pour toujours l'erreur, au hasard d'en avoir une mauvaise ou insuffisante, qui, dans l'état des choses, aurait le même effet selon moi.

Encore un coup, le pis qui puisse arriver est qu'on essuie les délais d'un conclave, c'est-à-dire de deux ou trois mois ; après quoi, il est certain que la décision sera telle que la France le voudra, tous MM. les cardinaux français se trouvant alors a Rome : ainsi d'un mal on en tirerait un bien. Je parle du pis qui puisse arriver, et qui n'arrivera pas, s'il plaît à Dieu.

J'ai vu le cardinal Nerli, qui m'a paru un peu revenu : il m'a parlé assez bien, et il a compris mes raisons pour entrer dans le fond de la doctrine. Le cardinal Noris a évité de me faire connaître ce qu'il pouvait penser ; mais il n'éludera pas ainsi une autre fois.

On finit hier de voter sur la vingt-huitième proposition ; et les examinateurs décidés pour nous doivent voter à la première congrégation sur les dix dernières à la fois. Par là, il sera vrai à la lettre, comme je vous l'ai marqué, que les qualificateurs auront terminé leur rapport à la mi-septembre.

Les jésuites sont aussi insolents que jamais. Le cardinal de Bouillon est un peu plus doux et modeste, parce qu'il est humilié. Il faut toujours continuer à demander une bonne décision, et presser sans cesse pour que l'on ne se ralentissepas.

Le cardinal Casanate fut un peu incommodé hier, mais il se porte bien aujourd'hui. C'est en vérité un digne homme. le seul sur qui on puisse compter. Sûrement ce serait un excellent Pape en toutes manières ; malheureusement on ne le connaît pas. Ne cessez, je vous prie, d'en dire du bien ; cela peut faire beaucoup dans l'occasion. Il a un amour extrême pour l'Eglise et la bonne doctrine, et une estime infinie pour le Roi et pour la France.

On fait courir ici bien des bruits contre M. de Monaco : la plupart viennent du cardinal de Bouillon, qui enrage dans le fond.

Ayez la bonté de me mander comment il convient que je

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traite M. de Monaco, soit par lettre, soit en lui parlant. Je ne sais s'il voudra qu'on le qualifie d'Altesse : cela ne laisserait pas d'être embarrassant. Je lui ai écrit Monseigneur10 avec un vous, dans l'incertitude où j'étais. Il ferait bien de se contenter de la qualité d'Excellence.

I7^9- — A l'Abbé Bossuet.

A Compiègne, 7 septembre 1698.

Le dernier ordinaire ne m'apporte point de vos lettres; j'entends bien1 par là qu'il n'y a rien de nouveau. Toutes les lettres que je vois de Rome marquent qu'on s'y attend à une qualification2. Profilez de cet exemple de Jansénius, où l'on affecta de ne parler point de l'Inquisition. Cela sera d'état

en cette rencontre qu'en effet il est véritable que

l'affaire a été portée au Saint Office. Il faut aussi éviter le terme inotii proprio* .

Je ne suis ici que d avant-hier, et n'ai pu encore parler de rien. M. le nonce n'est pas ici, à cause du pour1', qu'il a prétendu avec tous les autres ambas-

10. Sur la qualification à donner à Monaco, voir Saint-Simon, édit. de Boislisle, t. VI, p. 12^.

Lettre 1169. — L. a. n. s. Bibliothèque V. Cousin, à la Sorbonne. Cette lettre arriva à Rome le i!\ septembre. Cf. Phelipeaux, t. II, p. 161 .

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