Le mémoire dont il a été parlé, p
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ne manquera pas de le répandre à Paris. Le mémoire que je vous ai envoyé montre bien le contraire. Je vais le faire passer à M. le cardinal de Janson et à M. l'archevêque de Reims, pour qu'ils puissent s'instruire du fait et éclaircir les autres de la vérité. Ici, tout le monde a fort loué ce que j'ai fait, et l'a trouvé très à propos. Mais cette démarche met au désespoir les partisans du livre, qui auraient souhaité une décision ambiguë, pour pouvoir excuser la doctrine et la personne de M. de Cambrai.
De la manière dont M. le cardinal de Bouillon me parla, il semblait qu'il doutait des intentions du Roi sur le fond de la décision : il me témoigna même être disposé à dépêcher un courrier extraordinaire, pour savoir plus tôt et plus précisément ses volontés à cet égard; mais, à la fin, je le fis convenir que, quand S. M. pressait, elle avait toujours en vue une fin bonne et honorable pour le Saint Siège et pour la France ; qu'il fallait procurer un jugement de cette nature le plus promptement qu'il serait possible, mais toujours avec ces conditions, sans lesquelles une conclusion de l'affaire pourrait être plus préjudiciable qu'utile. Tout cela me parait démontrer que, quand le cardinal de Bouillon presse si fort Sa Sainteté pour une décision prompte, il ne se soucie guère qu'elle soit telle qu'on doit la désirer. J'espère plus que jamais une heureuse issue, si le Roi et le nonce continuent à agir comme ils ont commencé, et à déclarer qu'il ne faut avoir en vue que l'intérêt de la vérité, le maintien de la bonne doctrine et point du tout la personne de M. de Cambrai, qu'il est bon d'humilier, parce que son salut consiste uniquement dans le renoncement à ses erreurs et une soumission entière. Si l'on persévère à solliciter, je crois qu'on tirera de Rome sur la doctrine tout ce qu'on en peut obtenir dans les circonstances présentes, même sur la matière de l'amour pur3; du moins, je n'oublie rien pour leur faire sentir la nécessité d'étendre jusque-là leur censure.
3. En un sens, ce point, qui, suivant Bossuet, était le fond du débat, n'a pas été touché dans la sentence portée contre Fénelon. La
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J'ai, depuis quelques jours, grande raison de croire que le cardinal de Bouillon a écrit au Roi sur le vœu qu'il se propose de donner, afin que, s'il ne l'approuve pas, il s'abstienne peut-être de voter. Je suis persuadé que le Roi ne manquera pas de communiquer son projet à vous et à M. de Paris, et que l'on pourra lui insinuer qu'il ferait mieux de ne pas assister au jugement, s'il croyait ne pouvoir changer d'avis. Le cardinal de Bouillon prétend encore par là surprendre le Roi, et en extorquer quelque chose. Je crois qu'il est du bien de l'affaire que le Roi, dans l'occasion que présente l'envoi que le cardinal de Bouillon lui fait de mon mémoire, témoigne approuver ma conduite, en la déclarant conforme à ses intentions.
M. Giori travaille toujours pour nous, et entretient le Pape dans ses bonnes dispositions. Je ne puis m'empêcher de vous dire que ceux qu'on appelle à Rome jansénistes4 font à merveille contre M. de Cambrai, sans qu'il paraisse que j'agisse.
Je crois savoir presque certainement que le cardinal de Bouillon a voulu donner ici un projet de censure sur le livre de M. de Cambrai, qui a été rejeté: j'en saurai peut-être bientôt davantage. Cette Éminence a eu ces jours passés de grosses paroles avec le Pape : il avait demandé à S. S. un
question théorique de l'amour pur, de sa définition, des motifs qui l'inspirent, fut laissée par Rome aux discussions des théologiens. Mais, ce qui fut atteint, c'est la question pratique, qui consistait à admettre un état d'amour pur excluant expressément les autres motifs surnaturels d'action, qui perdaient leur vertu propre pour se perdre dans la charité (Voir le P. A. Poulain, Des grâces d'oraison, Paris, 1906, in-8, p. Z496-497 ; Bausset, Histoire de Fénelon, édit. de i85o, t. II, p. 828).
4. Maille (Luigi), du Vaucel (Valloni), etc., avec qui l'abbé Bossuet entretenait des relations très étroites (Cf. t. IX, p. 378). A ce propos, Maille écrivait, le 29 juillet 1698, à Tourreil : « Les écrits qui viennent de gens comme nous trouvent plus de créance et font plus d'impression que ceux qui viennent des parties. Vous savez là-dessus quel est le génie des Italiens « (Affaires étrangères, Rome, t. 3gi , f° 39).
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bénéfice pour une personne5. Dans ces entrefaites, le Roi
lui écrivit de demander le même bénéfice pour une autre personne. Le cardinal le lit de la part du Moi ; mais, en même temps, il continua à solliciter fortement pour son homme. Le Pape a jugé à propos de le donner à un tiers pour vider le différend. Le cardinal a fulminé là-dessus, et a très mortifié le Pape, qui ne le méritait pas, en lui disant qu'il fallait, pour obtenir quelque chose de lui, être ambassadeur de l'Empereur.
Il ne sera pas mauvais de préparer le nonce à insinuer ici qu'en finissant cette affaire, il sera bon que le Saint Siège loue le zèle et le procédé des évoques.
J'ai reçu le Quietismus redivivus : vous avez cru me l'envover tout entier, mais la dernière feuille manque : je n'ai que jusqu'à la page 432. Je n'ai pas laissé de le donner tel qu'il est aux cardinaux et à nos cinq examinateurs, en attendant la dernière feuille qu'on ajoutera, et sans laquelle l'ouvrage quant aux propositions est entier. J'espère recevoir cette dernière feuille l'ordinaire prochain, peut-être avec la traduction italienne de la Relation, qui viendra bien à propos. Quand les Romains auront la facilité de lire cet écrit, ils y trouveront d'eux-mêmes la réponse aux impostures de M. de Cambrai.
Vous avez su, il y a déjà longtemps, qu'il n'y a rien à craindre sur l'affaire du duc Cesarini6. Il a connu la malice de mes ennemis, et les mauvais desseins du cardinal de Bouillon ont tourné à sa confusion. Je vous ai mandé à cet égard, comme dans tout le reste, la pure vérité. Je n'ai rien à appréhender que les suppositions calomnieuses.
La nouvelle du curé de Seurre7 ne laisse pas de faire ici
5. Il s'agissait du décanat de la collégiale Saint-Pierre de Lille, auquel le Pape nomma Jean-Philippe Corroyer, vicaire de Tournay (Affaires étrangères, Rome, t. 388, f° 3g8 ; lettre du 26 août 1698).