‹ Correspondance de C.-A Sainte-BeuveChapitre 111 sur 139 · A M. TROUBAT PÈRE, A MONTPELLIER · texte numérisé non relu

A M. TROUBAT PÈRE, A MONTPELLIER

Paris, ce 10 novembre 1863, Monsieur,

J'ai reçu la marque précieuse de votre bonne afiection, J*ai voulu attendre, pour vous remercier, d'avoir goûté, avec monsieur votre fils, de ce vin généreux et doux qui nous

rend toutes les chaleurs de votre soleil. Je suis sensible, au delà de ce que je puis dire, et au cadeau lui-même et aux sentiments qui vous en ont donné la pensée. Je puis dire que je ne suis en rien étranger à vous et à votre famille par le lien étroit qui m'attache à monsieur votre fils. Laissez-môi ajouter, monsieur, que vous avez en lui un bon, charnrant et excellent sujet, d'un naturel affectueux qui prévient en sa faveur aussitôt tous ceux qui le connaissent, d'une bonté rare et qui s'est conservée dans son jet naïf au milieu des épreuves d'une vie déjà traversée par plus d'un accident. Son esprit est très-vif, ses goûts sont droits et purs : tout en l'occupant beaucoup et en profitant de ses services et des idées que lui suggèrent nos lectures en commun, je sens très-bien que ce n'est pas là pour lui une carrière, et j'ai plus d'une fois touché avec lui cette corde de l'avenir. S'il peut vous sembler trop lent à se décider, monsieur, croyez bien que cela ne tient à aucun défaut de conduite, mais plutôt à une certaine philosophie naturelle et à une modération d'idées qui lui a fait préférer jusqu'ici l'étude libre et les pures occupations de l'esprit à des soins plus réguliers et plus positifs. Il me parle souvent de vous, de son enfance, de ce pays du Midi qu'il connaît si bien et dont il serait capable un jour de faire quelque description intéressante dans des branches d'histoire locale et de poésie populaire. 11 espère que vous-même, monsieur, vous voudrez bien vous détacher quelques semaines des soins qui vous retiennent pour revoir Paris, si changé dans ces derniers temps. Que je serais heureux, monsieur, de vous y voir et d'y achever une connaissance personnelle qui est précédée de sentiments si affectueux et si sincères!

Page 1