‹ Correspondance de C.-A Sainte-BeuveChapitre 116 sur 139 · Voyez I^ouveaux Lundis^ t. VU, p. 29, en note · texte numérisé non relu

Voyez I^ouveaux Lundis^ t. VU, p. 29, en note

336 <:ORRESPONDANCE

trament le ^gouvernement dans sa politique que vous et notre anû Liiufiyrar:. Lorsqu'un jeune homme qui se sent une plunn* lulitiquc a envie de sVs&aycr (et j'en sais des exemple'.-!;, il ne trouve aueun lieu d'essai où il puisse faire ses premières armes, et le plus souvent il D*a d*autre ressource que d'entrer dans les cadres de l'opposition. Il en est résulté à riniérieur et dans la direction de Topinion publique le revirement total dont nous sommes témoins. Pour moi, qui nie suis autant avancé et engagé et qui ne m*en repens pas, j'ai dû pourtant songer à me ménager des réduits et un port en cas de tourmente. £t voilà comment, quoique aussi ami du gouvernement ou du moins du chef de ce gouvernement que jamais, je me trouve amené à figurer chez ceux et avec ceux qui le sont moins que moi. Tout cela m'a fait faire plus de réflexions que je ne puis vous en écrire ici. Si je puis, au mois de septembre, alléger un peu mes charges hebdomadaires et me mettre au-dessus de mon travail, il y a certainement des sujets que je ne pourrais traiter avec étendue et en toute liberté que dans un Recueil comme le vôtre. Je me ferai un plaisir d*en reparler avec vous d'ici là. Je suis toujours chez moi le lundi matin vers midi, et il suffirait de dire votre nom pour que la consigne se levât. Je vous ai parlé ici, cher monsieur, en toute confiance. Vous qui voyez de près des hommes du gouvernement et qui avez l'oreille de quelquesuns des plus sages, dites bien que les choses de l'esprit sont très-mal menées, qu'elles ne sont pas menées du tout, ou le sont de travers et au rebours du sens où elles devraient Tclre. 11 est bien tard déjà, après tant d'incurie et de mésînleiligence, pour réparer tout cela. J'en suis quelquefois

à me demander si nous vivons encore sousTEmpire et si quelque coup de baguette d'un méchant sorcier ou d*une mauvaise fée ne nous a pas escamoté le régime que nous avions salué de tous nos vœux et de tout notre bon sens, pour y substituer je ne sais quel régime incertain, bâtard et sans nom. 11 faut, pour me tirer de cette pénible pensée, la vue d'une France si grande à Textérieur, si respectée et si redoutée en Europe, et aussi la beauté matérielle et toute moderne de n(^ grands boulevards et de nos squares de Paris. Mais ceci n'est que pour Tagrément et la commodité réelle ; l'opinion n'en continue pas moins de se gâter de jour en jour : elle est toute désorientée, et l'esprit public, comme je vous le disais l'autre jour devant un augusle témoin, l'esprit public s'en va de tous côtés à toi^s les diables.

Agréez, cher monsieur, l'expression de mes sentiments dévoués.

A M. LE PASTEUR NAPOLÉON PEYRAT

Ce 20 avril 1864.

J'aurais dû, monsieur, vous répondre bien des fois, si je l'avais fait aussi souvent que j'en ai eu l'idée. J'ai lu avec un vrai plaisir vos vers naturels et qui sentent un parfum de campagne dont je suis trop sevré. Vous avez gardé voire jeune muse et vous avez bien fait. J'ai dû subir les conditions de la vie critique, de la vie du monde, et dans cette littérature active, suractive, la poésie, hélas!

s'étendre et d'être écoutés tout au long de par la loi. J'ai dit, en somme, ma pensée la plus sincère à son ^^rd et je la répéterai en peu de mots : c'est qu^à part les questions de pure grammaire, qu'il entend assez bien, M. Bernard Jullien est, en ce qui relève de la littérature proprement dite, d'une demi-science que le talent de la forme ne rehausse pas, et que son cachet, s'il en avait un comme écrivain, serait le manque absolu de distinction, la vulgarité, le terre-à-terre et une prolixité fastidieuse.

Ce n'est que d'après les fruits que je me suis permis de juger l'arbre. Aux lecteurs, s'il en a, de me redresser si je me trompe.

Agréez, mon cher ami, mes excuses pour cet ennui que je vous donne, et l'expression de mon dévouement.

A M. REINHOLD DEZEIMERIS

Ce 16 Janvier 1864.

Cher monsieur,

Nous avons au même moment, et par un mouvement sympathique, échangé nos cartes ^. Je suis bien rec#nnaissant pour le Ronsard ; je vous ai trouvé un peu sévère pour Boileau, sur lequel, vous le savez, je suis un peu revenu à résipiscence.

1. Allusion à la publication simultanée de deux articles, l'un de Sainte-Beuve sur Montaigne, Nouveaux Lundis, t. II, où il était question de M. Dezeimeris, l'autre do M. Dezeimeris, sur Ronsard, où il était question de Sainte-Beuve

A M. AMÉDÉË THIERRY^.

Ce 6 juin 1864. Monsieur et illustre confrère,

Je vous remercie de votre beau présent : il m'est précieux comme souvenir et aussi comme occasion d'une nouvelle lecture. Si à Augustin Thierry appartient l'honneur d'avoir le premier, connu, senti et fait comprendre le Barbare, vous, vous aurez celui d'avoir donné du Romain, et de tout ce qui à quelque degré est devenu plus ou moins romain, ridée la plus compréhensive et la plus étendue. C'est un beau partage.

Yeuillez agréez, monsieur et cher confrère, l'assurance de mes sentiments de haute considération.

CCLXYII.

A M. PAUL GHÉRON.

Ce 31 juin 1864.

Mon cher ami.

J'apprends avec bien de la peine l'inquiétude que vous ressentez, ainsi que madame Chéron, et les transes pater-

1. Qui avait envoyé à Sainte-Beuve son Tableau de l'Empire romain.

nelles qui vous retiennent avec elle auprès d'un enfant si cher. Ce sont là des peines que, nous autres célibataires, nous pouvons du moins nous représenter quand elles atteignent surtout des amis comme vous d'un cœur si chaud et d'une si franche nature. Je voudrais bien, moQ cher ami, apprendre que vous êtes mieux et que cette santé, qui fait partie de la vôtre, à madame Chéroa et à vous, vous donne moins de soucis et d'inquiétudes.

Tout à vous de cœur.

P. 'S. — Troubat se joint à moi dans l'expression de nos sympathies.

CCLXVlll.

À H. LAMBERT, CONSEILLER A LA COUR d'APPEL

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