‹ Correspondance de C.-A Sainte-BeuveChapitre 51 sur 139 · TRIBUNAL DE LA SEINE · texte numérisé non relu

TRIBUNAL DE LA SEINE

Paris, ce 31 mars 1848.

Monsieur,

Je suis oflScieusement informé par un de mes amis qui est dans les conseils du gouvernement provisoire, que sur une certaine liste trouvée aux Tuileries, on aurait lu

un nom semblable au mien. Je n'ai pas besoin de dire quelle a été ma stupéfaction, il est des révoltes de cœur qui ne s'expriment pas. On ne sait en vérité quelle sorte de dénégation assez formelle opposer, quand on est mis en demeure de s'expliquer sur de certains soupçons et sur de certaines injures. La vie seule d'un honnête homme peut répondre pour lui. Je n'essaierai pas d'autre réponse que celle-là ; elle suffira certainement auprès de tous ceux qui me connaissent; et même, pour ceux qui ne me connaissent pas, je rougirais d'ajouter un mot de plus.

Agréez, monsieur, etc., etc.

ex.

A M. JEAN REYNADD.

Cfc 2 avili <848.

Cher Reynaud,

J*ai hier causé avec un ancien ministre de l'intérieur de cette fâcheuse affaire, et cet homme de sens et d'esprit m'a dit :

« Il est impossible que cette liste trouvée soit une liste de pensions ou gratifications que le roi Louis-Philippe faisait sur la liste civile. Il n'en faisait pas.

» Ce ne peut être que la liste des fonds secrets de l'intérieur que M. Duchâtel, au moment de partir, aura remise au roi pour être signée et régularisée selon l'usage. Ces espèces de listes, dans le court intervalle où le roi les gar-

daU, se mettaient en effet dans le portefeuille noir en cuir. »

Ainsi ce serait du côté du ministre de l'intérieur que la recherche devrait se diriger. On pourrait interroger le caissier et payeur général des fonds secrets, M. Gerin, et savoir à qui il a payé cette somme en mon nom, — et tout franchement s'il ne Ta pas payée à M. X...

... M. Vitet ne saurait ignorer entièrement cette affaire, si elle s'est passée de la sorte, et je lui en parlerai à la première rencontre.

Le même ancien ministre me disait qu'une foule de noms inscrits sur ces sortes de listes sont de faux noms sous lesquels on touchait les fonds alloués. Ainsi il est naturel que ce soient des noms inconnus, comme vous me le disiez dans noire conversation.

Mille et mille pardons, cher Reynaud, de tout cet ennui, mais vous sentez combien il serait bon d'arriver à une entière lumière, et il me semble que tout ceci en approche.

P,-S. — Il faut que X... choisisse entre avoir fait une infamie et avoir fait une vilenie.

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