‹ Correspondance de C.-A Sainte-BeuveChapitre 52 sur 139 · A M. CRÉMIEUX, MINISTRE DE LA JUSTICE · texte numérisé non relu

A M. CRÉMIEUX, MINISTRE DE LA JUSTICE

Paris, ce 6 avril iSkS.

Monsieur le ministre,

Permettez-moi de m'adresser directement à vous pour obtenir une réparation à laquelle j'ai droit et qui concerne mon honneur.

On m'a appris, à mon profond étonnement, que mon nom se trouvait sur une liste de fonds secrets trouvée aux Tuileries et qu'il s'y trouvait deux fois, l'une sur wne liste de fonds secrets provenant de l'intérieur, et l'aulre sur une liste de fonds secrets provenant des affaires étrangères; lesquelles listes ont passé sous les yeux des membres du gouvernement.

J'ai exprimé, dans une lettre au Journal des Débats et au Constittitionnel du 31 mars ^, le sentiment d'indignation que j'ai dû éprouver au premier mot de cette nouvelle.

Aujourd'hui que ces listes vont être livrées à l'impression, monsieur le ministre, je demande de votre justice qu'on veuille bien m'aider à obtenir un éclaircissement sur cet odieux mystère.

Il y a eu évidemment un courtier d'intrigues qui a abusé de mon nom pour se faire allouer des sommes puisées à une source impure.

Je demande qu'on veuille bien interroger à ce sujet M. Gerin, payeur général des fonds secrets. A qui a-t-il payé ces sommes notées à mon nom?

On m'engage à m'adresser pour cette réparation à M. de Lamartine, que j'ai autrefois connu. J'aime mieux, monsieur le ministre, m'adresser directement à vous, le chef de la justice, et de qui, en d'autres temps, j'ai reçu des marques d'attention et de bienveillance.

Veuillez me fournir les moyens d'arriver à expliquer

1. C'est la lettre reproduite ci-dessus et adressée à M. le commissaire du gouvernement, près le tribunal de la Seine. Elle fut aussi insérée dans le Moniteur par M. Jean Reynaud, dont elle c soulagea le cœur jd. (Préface de Chateaubriand et son groupe littéraire sous l'Empire,)

complètement et à dévoiler Finfamie dont je me trouve atteint, — moi qui ai toujours vécu à Fécart, ne demandant rien au pouvoir, tout entier à l'étude et aux lettres que j'ose croire intéressées ici en ma personne.

Veuillez recevoir, monsieur le ministre, Texpression de mon respect.

CXÏI.

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