A M. FRÉDÉRIC SAULNIER, A RENNES
16 novembre (isîio).
Monsieur,
Je ne suis pas ingrat, mais je suis surchargé, obéré de travail. Votre touchante Yvonne m*est venue au cœur* et je ne vous ai pas encore remercié. Vous aimez, monsieur, dans la poésie la réalité et le sentiment : je suis de cette môme école. Avez-Yous lu le grand Crabbe, notre maître un peu sévère?
Agréez, monsieur, mille sentiments reconnaissants et distingués.
1. M. Saulnier, étudiant en droit à Rennes^ encouragé par son ami Turquety, avait adressé et dédié à Sainte-Beuve une pièce de vers, Yvonne f essai de poésie lakiste. Cette pièce se trouve dans un recueil non mis en vente, imprimé k Rennes en 1852, in 8", sous le titre de : les Branches de lilas.
A M. EDOUARD GHARTON.
Ce 24 décembre 18S0,
Mon cher Charton,
On me dit que, dans un des derniers numéros du Magasin pittoresqucy il y a eu un mot de vous et un jugement sur Florian, à propos d'une bibliothèque dont vous donniez le plan. J'écris sur Florian cette semaine, et j'aimerais à avoir devant moi ce jugement de vous sur lui. Seriez- vous assez bon pour me prêter ce numéro, si vous l'avez sous la main?
A vous d'amitié.
A M. TH. LAGORDAIRE^
Paris, le 28 février [1851].
Mon cher ami,
Je reçois votre très -belle lettre doublée du billet. Je vais croire que Liège, au lieu de mines de charbon, a des mines d'or et que c'est ma Californie. Je suis comme vous dans mon coup de feu, qui d'ailleurs est perpétuel *. Enfin, je com-
1. Frère du père Lacordaire et savant naturaliste, professeur à l'Université de Liège.
2. Sainte-Beuve avait commencé ses Catiseries du Lundi au Constitutionnel le 1*"" octobre 1849.
mence mon cinquième mois et je compte comme une femme enceinte : seulement, le terme que je m'assigne est de douze mois, Tannée complète. Après quoi, je verrai à relâcher un peu le ressort, s'il y a moyen. J'ai été très-heureux d'avoir réussi dans ce délicat portrait de votre frère * : il a été plein de bonté et je l'ai vu arriver un matin à huit heures dans ma petite chambre. La robe blanche lui a ouvert tous les accès défendus. Je ne le crois pas à Paris en ce moment : sans quoi, je serais allé le visiter. — J*ai pris part à la mésaventure de ce pauvre M. W... Je suis payé pour lui croire quelque bon sens et je suis bien sûr d'ailleurs de sa bonté morale. Voilà donc la pâte dont on fait les martyrs. — Je reçois une lettre de faire part de M. Travinster. Faites-lui mes compliments sur son mariage. — Je tiens à rester un peu Liégeois. — Amitiés à M. Bosquet, à M. Spring, aux Van Hulst,... à tous ceux qui se souviennent de moi. J'embrasse les enfants et je salue respectueusement madame Lacordaire.
P.-5. — 11 n'y arien de nouveau ici. La rente monte intrépidement, grand symptôme! Je crois par moments que nous irons sans secousse bien plus loin qu'on ne suppose. Nous pourrions bien rester en république un bon bout de temps, malgré toutes les velléités et les désirs. Il n'y a plus trace de rien à la surface et Paris ressemble au Paris qu'il a toujours été, à très-peu près.
Ma mère et le docteur vont bien, et, sachant que je vous ficris, vont me dire de les nommer à vous.
1 Causeries du Lundi t. î