A M. DIDIER, ÉDITEUR
Ce 25 novembre 1851.
Monsieur,
Le prix que j'attache à avoir toujours des éditions correctes fait que, malgré l'aide que je me suis donné, j'ai à relire moi-même une fois chaque épreuve; sans quoi, je me suis aperçu, par mes premières feuilles, qu'il pourrait s'y glisser quelque grosse inadvertance. Ayant donc, à l'heure qu'il est, deux ouvrages en train chez M. Gratiot (sans compter l'ouvrage en train pour M. Garnier), il m'est impossible de suffire à la demande un peu prompte d'épreuves qui me vient à la fois de chez M. Ducessois. 11 m'importe que de ce côté on aille très-lentement. Vous-même m'avez dit que c'était sur le volume intitulé Derniers Portraits^ que nous devions donner d'abord pour le mettre en état de paraître.
1. Ce volume est aujourd'hui le troisième des Pwtraits littéraires (chez Garnier frères).
Jfi vous supplie de faire en sorte que toutes les épreuves ne nrîirrivent pas à la fois. Je vous le répèle, j*ai reconnu qu'il est urgent, pour ne pas avoir des fautes de sens dans nos Mitions, que, malgré tous les soins qu'y met mon auxiliaire, je relise une fois chaque épreuve. Or, je n'ai pas deux jours par semaine à y consacrer avec le travail que je fais au ConstitutionneL Je vous prie donc de régler raisonnablement ce train de choses avec Tobligeance que vous avez toujours mise dans nos relations.
Agréez, monsieur, mille compliments distingués.
A M. ALCIATOR *.
Monsieur,
Je tiens à ne pas laisser sans réponse votre lettre, dont le ton et le sentiment vous honorent. Si j'ai pu vous paraître un peu rude dans la mienne et si je me suis mépris sur quelques points, veuillez en agréer mes sincères excuses. — Ce que je vous ai dit des libraires et du peu d'influence que je puis avoir sur ceux que je connais (en bien petit nombre), n'est que trop réel. Cela étant, il m'était impossible de concevoir un moyen de vous servir en ce que vous désiriez. — Je ne me suis pas permis d'exprimer un jugement sur l'ouvrage ^ que vous m'avez fait remet-
1. Auteur de l'Art dans la poésie (un vol., chez Didier, 1852). Sainte-Beuve avait d'abord écrit à l'auteur une lettre un peu froide.