Da:ila, poëme
tre, non point par dédain ou par fin de non-recevoir, croyez-le bien, mais parce qu'il m'était impossible de le lire tout d'abord avec le soin qu'il réclamait. — Je tiens du moins, monsieur, à ce que vous sachiez que la manière dont vous avez bien voulu recevoir ma lettre et y répondre me touche infiniment, et je vous prie ici d'en agréer l'expression avec celle de ma considération la plus distinguée.
GXXV.
A M. CHARLES DEULIN.
Paris, i*^ mars 1852.
Monsieur,
J'ai été bien sensible à l'attention aimable que vous avez donnée à mon article sur les poëtes. J'ai reçu votre Ange tentateur. C'est, en effet, une histoire naïve et touchante et je crois que de ce côté il y a une voie. M. de Lamartine l'a ouverte largement dar.s /oce/t/n, trop largement même, car il ne s'y est pas assez tenu à cette réalité de laquelle jaillit la source la plus naturelle de poésie. Votre vieux prêtre s'y tient davantage; mais, si vous me permettez de le dire, il la suit un peu trop sur les traces de Jocelyn. Arrivez dans vos conceptions, monsieur, à cette particularité et à cette précision qui fait que les êtres de notre pensée deviennent tout à fait nôtres et sont reconnus do tous. Votre pays de Flandre, si fécond en peintres originaux de paysage et d'intérieur, y prête par ses couleurs distinctes. Tâchez aussi que votre vers dans le détail, tout en restant naturel, n'ait en rien un air de prose et qu'il
acquière ce relief modéré qui est le style du genre. Vous voyez, monsieur, combien je prends au sérieux le rôle qu( vofre indulgence veut bien me faire.
Agréez, je vous prie, mille sentiments obligés et distingués.
A CHARLES BAUDELAIRE
Ce 3 octobre I8î>2.
Mon cher ami,
J'arrivais chez M. Véron, comme vous veniez vous-même de lui remettre le manuscrit, et Roqueplan y était aussi. Nous avons dit ce qu*il fallait, et j'espère que Taffaire ne souffrira point de difficultés. Croyez bien que je désirerais sincèrement vous voir arrivé là oii votre distinction d'esprit doit vous placer. Ne perdez pas courage; je crois que ce régime, en durant, permettra à la littérature d*être plus remarquée.
Tout à vous.
P.'S. — Je ne vois pas du tout Ghasles.
A M. SIMÉON PÉCONTAL.
Paris, 8 novembre 4852.
Mon cher ami,
J*ai reçu avec plaisir votre Avènement et j'y applaudis ; mais, mes articles à part, je suis bien moins souvent au
Constitutionnel que vous ne le croyez. Je ne puis convenablement parler des choses que dans mes propres articles; car les journaux, vous devez le savoir, ne sont plus, comme autrefois, des réunions d'amis s'entendant plus ou moins en commun ; ce sont de grandes entreprises industrielles où les lignes se comptent. Je reste donc dans les limites, déjà bien larges, de mes seuls articles, et il faudmit que je revinsse un jour sur la Poésie et les Poëtes pour dire sur votre compte
ce que j*aimerai toujours à en dire et ce que j'en pense.
A M. PAUL CHÉRON *
2 janvier -1853.
Cher monsieur, Bonjour et bon an. Je donne aujourd'hui sur Grimm, C'est
1. M. Paul GhéroD, de la Bibliothèque nationale, possède un dossier très-considérable de lettres ou plutôt de billets de Sainle- Beuve, dans lesquels il a bien voulu nous permettre de puiser. La plupart consistent en des demandes de livres, pour lesquels Sainte-Beuve avait, comme on dit, le prêt à la Bibliothèque, c'est-à-dire qu'on lui laissait emporter tous les volumes qu'il désirait ; il les rendait du reste très-exactement, ainsi que le constate le registre de M. Klein, préposé à ce service. Quand Sainte-Beuve avait besoin d'un ou de plusieurs ouvrages pour la préparation de ses articles, il s'adressait à M. Paul Ghéron, qui mettait la plus parfaite obligeance à rassembler ce qu'il appelait le dossier de Sainte-Beuve. Ces demandes se renouvelaient toutes les semaines. Il en est résulté la quantité innombrable de billets dans lesquels on n'a prélevé, pour celte correspondance, que ceux qui ont paru offrir quelque intérêt biographique ou bibliographique en dehors de leur objet habituel. Ce qui les a fait surtout admettre ici, c'est qu'ils ajoutent à la ph^'sionomic de Sainte-Beuve un trait essentiel sur sa façon de travailler et de remonter aux sources*
un peu sec; mais après saint François de Sales ^9 on a besoin de se reposer des roses. J'ai de Grimm l'édition de sa Correspondance par M. Taschereau. J'ai aussi les Mémoires de madame d'Épinay, où il y a beaucoup de lettres de lui. Mais il se peut qu'il y ait des notices sur lui qui soient indiquées dans le livre de bibliographie de cet Allemand dont j'ai oublié le nom. J'aimerais aussi à avoir, de sa Correspondance, les premières éditions qui ont été publiées par parties successives. Enfin, je m'en remets sur cela à vous comme sur tout le reste.
Agréez mes remercîments et amitiés.
AU MÉM£
Dimanche, i6 janvier 1853.
Mon cher monsieur,
Je donne cette semaine sur M. Necker. J'ai ses œuvres publiées par sa famille, en quinze volumes. Voilà une avance. J'ai aussi ce qui est dit de lui dans les Œuvres de madame de Staël et dans les Mélanges de madame Necker. Pourtant il peut y avoir bien des choses sur lui, réponses^ brochures^ notices; vous seriez bien bon de ramasser ce qui s'offrirait sans trop de peine. Ayant dessein, à son occasion, de parler du style doctrinaire, je voudrais bien avoir
1. Sainte-Beuve venait d'achever un article sur saint François de Sales, recueilli depuis dans les CaïAseries du Lundi^ t. VU.
un certain nombre des Discours de M. Royer-Collard qui n'ont jamais élé recueillis, mais qui ont été imprimés à part. Je ne sais si la Bibliothèque en a fait collection. — Étant un peu malade de la jambe, je crois que je ne sortirai pas demain lundi; ce ne serait donc que mardi matin que j'irais pour profiter de vos obligeances.
Tout à vous.
AU MÊME
19 février 1853.
Mon cher monsieur,
Je suis un peu souffrant de la cuisse et ne pourrai sortir aujourd'hui. J'envoie mon ami M. Octave Lacroix vous demander si vous avez pour moi le volume de Musset qu3 M. Richard * m*avait prorais de faire rentrer.
i. Ui| des conservateurs de la Bibliothèque nationale, qu'estimait beaucoup Sainte-Beuve. M. Richard, l'homme à la barbe blanche^ comme on le désignait dans le public, était un chercheur et un savant. Les gens de lettres le consultaient avec fruit : il avait fourni notamment à Eugène Sue la plupart des matériaux qui composent son Histoire de la marine, un travail de compilation, si Ton veut, mais dans lequel il entre beaucoup de documents essentiels et positifs. — M. Richard fut tué, à l'âge de quatre vingts ans, comme il sortait un matin de chez lui, en mai 1871, pour se rendre à la Bibliothèque. Il avait voulu demeurer à son poste, malgré les événements, et il est mort (on peut le dire) à son devoir. Il était chevalier de la Légion d'honneur. Lïm de ses fils, M. Georges Richard, est connu à la fois comme artiste et comme auteur dramatique : on a de lui une comédie, les Enfants, qui a été très- remarquée, à son moment, au Théâtre-Français.
J'ai fait aussi demander à M. Ravenel un voluaie dont le voudrais bien tirer une anecdote sur Volney, les Mémoires du baron ou du comte de More, publiés il y a une dizaine ou une douzaine d'années. M. Maury, de Tlnstitut, m'a indiqué ce volume, que je n'ai pu trouver nulle part.
Je fais pour celte semaine Marguerite de Navarre^ Fauteur de VHeptaraéron : je voudrais bien l'édition qu'en a donnée le bibliophile Jacob. — J'espère être en état lundi d'aller à la Bibliothèque : ce que vous pourriez réunir sur celte gracieuse femme me serait bien précieux.
Avec mille remercîments, mon cher monsieur, et tout à vous.