A MADAME LOUISE GOLET
. Ce 7 juin 1853.
Madame,
Vous penserez de moi tout ce qu'il vous plaira de penser, et, qui plus est, vous direz et imprimerez tout ce que vous jugerez bon de dire et d'imprimer. Je n'ai qu'une remarque à vous soumettre. Depuis le premier jour, il y a déjà bien longtemps, où j'ai eu l'honneur' de vous rencontrer chez le docteur Alibert, et où vous m'avez demandé une Préface, jusqu'à la dernière fois que j'ai eu l'honneur de vous rencontrer, où vous m'avez demandé un article, ces questions dUartide et de critique littéraire ont toujours été les premières entre nous. Je ne vous demande qu'une seule chose, de vous admirer en silence, sans être obligé d'expliquer au public le point juste où je cesse de vous admirer. — Celte demande est modeste, madame, et je ne puis croire que vous insistiez pour m'en faire départir. Ce serait d'ailleurs inutilement, car je suis sans loisir, et déterminé à choisir de moi-même mes sujets d'étude. Quant à mon ami Lacroix*, si vous persistiez à le mêler plus qu'il ne convient dans une affaire où il n'est intervenu qu'avec bon cœur et comme ami de tous deux, je serais obligé de l'avouer en tout; mais je vous supplie encore une fois, madame, de m'accorder la
1. M. Octave Lacroix, qui était alors secrétaire de Sainte-Beuve.
paix que je n*ai jamais violée à votre égard et de me per mettre d'être un critique silencieux et un admirateur de société pour vos œuvres.
Agréez, je vous prie, l'expression de mes respects.
A M. JULES LEVALLOIS
Paris, 18 juillet 1853.
Mon cher monsieur,
J'ai parlé pour vous à M. Turgan, directeur du Moniteur, Il est tout disposé à vous occuper. Je ne lui ai rien désigné de précis, mais je lui ai dit que vous étiez propre à bien des choses et que vous pourriez là vous étendre au fur et à mesure. Allez voir un jour M. Turgan à midi^ avec le petit mot que je joins ici. S'il n'y était pas, attendez-le. Expliquez-lui bien ce que vous pourriez faire, non-seulement en articles, mais en notes, en extraits, pour les parties sérieuses, historiques encore plus que littéraires; enfin, mettez-le à même de vous bien essayer. Arrangez-vous pourtant de manière à ne pas quitter le certain pour l'incertain, et ne levez un pied du radeau où vous êtes que quand vous en aurez un bien posé sur le vaisseau.
Tout à yous.
DE C.-A. SAINTE-BEUVE 18î>
CXXXYII.
A M. PAUL GUÉRON.
Ce vendredi 29 juillet 1853.
Mon cher monsieur,
Je me jette décidément sur la belle Gahrielle sans trop savoir si je m'en tirerai à mon honneur ; mais vous savez le précepte de Stendhal, aller d*abord à Tabordage. 11 est vrai qu'il ne donne ce conseil qu'avant trente ans.
Tout à vous.