‹ Correspondance de C.-A Sainte-BeuveChapitre 61 sur 139 · CXXXVIII · texte numérisé non relu

CXXXVIII

AU MÊME

Novembre 1853.

Cher monsieur,

Je crois, après bien des hésitations, que je me lance sur un petit portrait de société appelé le marquis de Lassay, Je voudrais avoir une édition de son Recueil de différentes choses par le marquis de Lassay. Sa grande aventure fut d'épouser en premières noces mademoiselle Marie-Anne Pajot, fille d'un apothicaire de cour, et qui avait été fiancée au duc de Lorraine. Le contrat de mariage de celte Harie-Anne et du duc de Lorraine existe imprimé dans

jïlusieurs recueils, H est daté du 18 avril 1662. Il serait curieux di; le retrouver. C'est tout un petit roman. M. Paulin Paris a publié dans quelque Revue en 1848, du temps de Marrast, un article sur M. de Lassay dont Thôtel était celui de la Présidence. La grande Mademoiselle dans ses Mémoires parle beaucoup de Marie- An ne Pajot. Je voudrais bien, des Mémoires de Mademoiselle, une bonne édition avec une table. Et puis j'irai aux Manuscrits consulter le recueil Maurepas, et puis aux Estampes si j'en ai le temps, les fêtes gravées de Chantilly. Mais je voudrais encore, outre ces Mémoires de Mademoiselle, une bonne petite édition complète de Chaulieu avec lettres en prose et en vers, etc., car il y est question de Lassay. Au reste, M. Lacroix ne me devance que de peu de temps.

Mille amitiés et tout à vous.

P.-S. — Si vous aviez à me proposer un meilleur sujet tout prêt pour celte semaine, je le prendrais dare dare.

A CHARLES BAUDELAIRE

Paris^ 20 mars 1854

Mon cher ami.

Je ne vous ai pas répondu plus tôt par pure impossibilité. Votre lettie me rend une petite scène de comédie que plus d'un autre m'a déjà racontée, moins bien, 11 est vrai,

que vous. Je vous dirai que je ne crois pas avoir vu une seule fois moi-même M. Turgan, depuis le jour où je vous ai rencontré. Je n'ai de relations au Moniteur que par Timprimerie, et je ne connais pas du tout M. Dalloz, qu'on dit, en effet, gracieux et aimable, mais qui ne peut rien que dans une certaine mesure. Cet état de choses, qui était déjà un peu vrai lorsque je vous ai vu, n'a fait que se prononcer et se régulariser définitivement depuis. J'ai donc renoncé à toute action ou intervention autre que ce qui concerne directement mon travail. — Je compte y mettre un terme dans le courant de cette année, et alors seulement j'aurai quelques instants de liberté. Jusque-là, je suis un homme enterré et écroué, et qui a besoin de toute l'indulgence intelligente de ses amis. Soyez-le toujours, et tout à vous.

A M. PAUL GHÉRON.

Ce 13 avril 18B4.

Mon cher monsieur.

Je suis bien dans l'embarras cette semaine. J'ai envie, ayant reçu de M. Feuillet de Couches les manuscrits et la Correspondance de Léopold Robert, de faire un article biographique qui s'en réfère à celui de Théophile Gautier pour la peinture. Je sais qu'il y a eu dans des revues suisses depuis deux ans, soit dans la Revue suisse proprement dite

soit dans la Bibliothèque universelle de Genèœ des articles de M. GauUieur sur la vie privée et intime de Léopold Robert. Ce sont ces seuls derniers documents qui me manqueraient. J*aimerais aussi avoir le volume de la Correspondance du Poussin. J'irai demain sans faute un moment vous voir vers deux heures.

Agréez, cher monsieur, mes remercîments et mes amitiés.

A M. SELLÈQUE.

Paris, 19 juillet 1854.

Mon cher Sellèque,

Je reçois avec peine la nouvelle de la mort de mon ancien condisciple Ledreux, que j'avais retrouvé ensuite premier clerc chez M. Bonnaire. Je prends part à la douleur qu'en doit éprouver toute sa famille et madame Sellèque en particulier. Quoique séparés depuis tant d'années par les circonstances et par la nature de mon travail, qui m'a toujours attaché si impérieusement, je n'ai rien oublié des bonnes journées du passé, où Ton avait la vie devant soi, et où l'esprit et l'amitié se donnaient carrière. Je me rappelle notamment une journée de Montmorency, une course à ânes bien joyeuse, où madame Sellèque et Ledreux, alors enfant, et Doussay et nous tous, nous nous en donnions à cœur joie. Tu étais le plus raisonnable. Garde- moi un bon souvenir et offre mes hommages à madame Sellèque.

A M. PAUL CHÉBON.

Ce 22 août 1854.

Mon cher monsieur,

\ous voyez que je séjourne et bivaque en plein Léopold 1. Je crois bien qu'après cela j'aborderai Ramond, le physicien-peintre, romantique dans sa jeunesse, auteur des A'oentures du jeune d'Olban^ réimprimées, je crois, sous les auspices de Charles Nodier. Si vous étiez assez bon pour me préparer un petit tas et un amas, comme on disait au xvi« siècle, sur ce sujet plus fécond qu'il ne semble, vous seriez toujours le même. Il y a un éloge de Ramond dans les notices historiques de Cuvier. Je vais aujourd'hui chez son fils visiter les papiers.

Mille amitiés.

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