‹ Correspondance de C.-A Sainte-BeuveChapitre 66 sur 139 · AFFAIRE DU COLLÈGE DE FRANCE · texte numérisé non relu

AFFAIRE DU COLLÈGE DE FRANCE

La meilleure appréciation des troubles que suscita mon cours au Collège de France se lit dans la Revue suisse^ 18« année, numéro d'avril 1855; elle est due à mon ami Juste Olivier :

« M. Sainte-Beuve, qui a clos ses Causeries du Lundis a été nommé professeur au Collège de France pour la chaire de poésie latine occupée autrefois par Delille et en dernier lieu par M. Tissot. Sa première leçon a été troublée par des cris, du tumulte et tout l'attirail de moyens d'inter* ruption usités en pareille circonstance; sa seconde leçon, de même empêchée par le renouvellement et Faggravatîon de ces scènôs de désordre, où ceux qui s'y livrent se manquent surtout de respect à eux-mêmes. Le prétexte était d*abord l'insuffisance de l'amphithéâtre pour la foule

1. La note suivante, qu'on reproduit ici textuellement, et qui résume le mieux l'opinion de Sainte-Beuve sur toute cette affaire, a été trouvée dans ses manuscrits.

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des auditeurs; mais, ne reût-on pas su d'ailleurs, c'était évidemment un coup monté, pour lequel on avait recruté les étudiants. « Je vais au Collège de France pour faire du tapage au cours de Sainte-Beuve, » disait tel d'entre eux qui, auparavant, n'y avait jamais mis les pieds. On avait fait accroire à ces jeunes gens qu'ils avaient affaire à une sorle de renégat politique, tandis que M. Sainte- Beuve, qui n'a rien voulu accepter de la monarchie de Juillet, pas même la croix, ni rien de la République, sous laquelle il a donné sa démission de la* Bibliothèque Mazarine, n'est et n'a jamais été qu'un homme complètement et exclusivement littéraire, demandant seulement qu'on le laisse travailler et écrire en paix. Avec cette manière de sentir et de voir qui est dans sa nature et dans son caractère, il y a au fond, chez lui, plus d'indépendance que chez ceux qui n'ont fait étalage de la leur que depuis qu'ils sont tombés; mais, soit en se taisant sur les uns, soit en parlant trop librement sur d'autres^ M. Sainte-Beuve s'est créé une foule d'ennemis dans les hautes et basses régions littér&îres. Ils ne lui pardonnent pas, ces derniers sa franchise, ceux-là son silence, et ils ont saisi la première bonne occasion de le lui montrer. Parmi eux, il y en a d'un nom bien connu dans les Lettres, mais qui, dans cette circonstance, ne fiit-ce qu'en s'en réjouissant, ont prouvé une fois de plus comme cela se voit trop souvent entre écrivains, savants ou artistes, qu^on pouvait avoir beaucoup d'esprit, un grand esprit même, et ne l'avoir cependant pas bien placé. »

A M. RENÉ BIÉTMONT.

Ce 12 juin 1855.

Monsieur,

Je reçois et lis avec plaisir votre Étude très-sensée, et touchante dans sa modestie. Ah ! que je conçois bien vos sentiments! Ce n'est point seulement par la clarté que pèchent ces pièces que vous citez et celles que vous ne citez pas ! U y a bien d'autres choses à en dire. En France, nous avons encore une mesure de goût en prose ; nous n'en avons pas pour les ouvrages en vers. Cette grave Revue, en se permettant cette incartade dont elle n'a pas senti la portée, Ta bien prouvé. — Quant à la pièce de Théophile Gautier, elle ne me paraît point absolument mauvaise; son défaut est plutôt de ressembler, avec manière, à quantité d'autres madrigaux du même genre. — Si j'avais un journal ou une Revue, monsieur, votre lettre ou une partie de votre lettre trouverait place dans la Correspondance imprimée, et vous auriez rendu une impression qui a été certainement celle de beaucoup d'esprits et de cœurs qui sentent juste.

Agréez, mon cher monsieur, l'expression de mes remercîments et de mes sentiments bien distingués.

â08 COUUKSPONDANCE

A M, l'abbé <;0NSTANTIN ROUSSEL.

Paris, 28 juillet 1855«

Combien, monsieur, j'ai à vous remercier du foiid du cœur de votre gracieuse et mille fois trop indulgeote lettre ! ceux qui sont capables de sentir si vivement ajoutent nécessairement du leur aux choses mêmes qu'ils accaeillent et qu'ils aiment. En ne recevant donc ce que vous me dites d'aimable que comme un parfum et une fleur de votre âme, je vous dirai pourtant que ces sortes d'approbations expansives sont pour nous autres écrivains, pour moi en particulier, la meilleure des récompenses. Nous ne sommes pas toujours gâtés à Paris; il arrive bien souvent que ces pensées intimes (ce que vous appelez les papiers du fond de la malle^ et qui n'est que la conversation du cœur avec des lecteurs supposés amis) tournent contre nous et deviennent des armes perfides dans des mains malveillantes. 11 est très-doux d'être consolé et rassuré à cet égard par des amis inconnus, et de voir que plusieurs de ces choses, plus que littéraires^ sont allées à leur véritable adresse et qu'elles nous concilient de jeunes et belles âmes.

Croyez-moi donc, mon cher monsieur, votre bien obligé et reconnaissant,

AU MÊME

Paris, n décembre 1855.

Monsieur,

Je suis bien en retard pour vous répondre et pour satisfaire à vos gracieuses demandes. Je crois qu'en effet la Vie de Grosley par lui-même est fort rare et ne se rencontre que par hasard. Vous en trouverez certainement un exemplaire à la Bibliothèque de la ville à Troyes, si vous y passez quelque jour. Ce sera TafTaire d'une matinée de lecture : il n'a pas eu le temps d'achever cette Vie, et il ne faut pas trop vous en exagérer l'intérêt.

Ronsard n'a jamais été complètement réimprimé de nos jours. J'en ai donné un choix dans ma jeunesse. Depuis, d'autres ont fait de même, et le bibliophile Jacob a donné une petite édition choisie qui est très-suffisante. Si jamais vous venez à Paris, monsieur, veuillez, quand vous y serez, m'écrire un mot et je me ferai un plaisir de causer avec vous, quoique je doive vous dire que, dans votre aimable bienveillance de jeune homme, il entre à mon égard un peu d'illusion, mais je ne vous en suis pas moins reconnaissant.

Agréez, monsieur, l'expression de mes sentiments.

A CHARLES BAUDELAIRE

Ce 24 mars 1856.

Mon cher ami,

Je suis tout disposé : je dois bien cela à Poe et à vous, à votre vieille amitié pour moi. Je ferai, si on le veut, pour rAthenœwn quelque chose d'assez court, mais dont j*ai l'idée; ce ne peut être une étude sur Poe, mais quelques considérations à propos de votre traduction. Vous êtes un fin traducteur, et votre style, dans certains passages que j*ai lus déjà, est d'une rare curiosité. Je voudrais bien lire de Poe la nouvelle où l'homme de la dernière heure raconte ses sensations aux approches de la fin du monde; est-ce bien cela? on m'en a parlé. 11 me semble que ce n'est pas dans votre volume. Indiquez-moi par un mot où je pourrais la lire...

Tout à vous.

P. 'S, — Vous m'accorderez bien un peu de temps poui cet article, car j'ai d'autres choses à faire passer auparavant; mais je l'ai dans la tête^.

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