HUGO
ce 17 mai iSM.
Monsieur,
Puisque vous voulez bien prendre intérêt à ce qu'on dît de moi (ce que depuis déjà longtemps je ne fais guère pour mon compte), voici ce que vous pouvez répondre à ceux qui attribuent mon silence sur M. Victor Hugo à quelque motif plus digne d'eux que de moi.
J*ai été am^ lié avec M, Victor Hugo qu'on peut fêtre, ainsi que Tattestent mes Poésies. Cette liaison a cessé il y a plus de vingt ans, par des raisons qui sont restées entre nous. Je n*ai donc pas à écrire sur lui depuis ce temps-lÀ» et je ne saurais le faire comme il convient à un critique indépendant, sans paraître méconnaître et violer une ancienne amitié, ou sans avoir Fair d*y vouloir remonter et de m'y reprendre.
Depuis son exil, il est devenu encore un sujet d'examen jylus impossible pour moi. Non pas que je sois embarrassé pour le fond même de la politique. J'ai connu M. Victor Hugo en 1827, encore royaliste d'un royalisme très-pur; puis libéral, comme il convenait à un bomme de sa génération. En 18i8, il est devenu républicain, mais modéré, ambitieux cependant. En 1849, il était bien avec le président Louis
Napoléon. A TAssemblée seulement, il s'est fait rouge. Au 2 décembre et depuis, il a jugé à propos de se signaler de plus en plus de ce côté, mais avec une violence qui lui a rendu sa rentrée en France plus difficile qu'à un autre. Depuis ce temps-là, je le considère moins comme un exilé que comme un combattant, et je ne crois pas que cette attitude lui déplaise. Il fait la guerre dans son île, et à sa manière. Vous avec pu lire les poésies politiques qu'il a lancées à plus d'une reprise.
Maintenant, il lui plait de se présenter par un côté tout serein et contemplatif, comme un pur poêle; mais, ce sont là des divisions qu'on ne peut accepter dans un examen véritable où l'on embrasserait tout le talent. Il faudrait donc en revenir aux parties où la critique ne doit pas toucher, (l'est là un inconvénient.
Si on veut le louer, sans doute on le peut faire, et beaucoup de gens le font et le feront. Je me garderai de rien dire qui y soit contraire. Pour moi, je ne le ferai pas, parce que ma louange serait accompagnée de trop de restrictions qui paraîtraient des (iffenses à un homme de grand talent dans le malheur, — ou parce que, en supprimant toutes les critiques sérieuses, je serais réduit à faire, ce que vous paraissez désirer, acte de générosité.
Or, je n'ai pas à prendre ce rôle, — je ne tiens qu'à être équitable; — quant à l'idée des Tuileries et autres pareilles, veuillez savoir, monsieur, ce qui vous étonnera peut-être, que je n'y suis jamais allé sous aucun régime, et pas plus sous celui-ci que sous un autre; qu'à l'heure qu'il est je n'ai jamais vu le chef de l'État et n'ai jamais eu rhonneuf de lui parler.
RÉPONSE A quelqu'un QUI m'ÉCKIVAIT QU'ÔN ATTRI- BUAIT A LA CRAINTE DE DÉPLAIRE AUX TUILERIES MON SILENCE SUR LES ContemplatiOtlS de VICTOR HUGO.
ce 17 mai 1S56.
Monsieur,
Puisque vous voulez bien prendre intérêt à ce qu'on dit de moi (ce que depuis déjà longtemps je ne fais guère pour mon compte), voici ce que vous pouvez répondre à ceux qui attribuent mon silence sur M. Victor Hugo à quelque motif plus digne d'eux que de moi.
J'ai été aussi lié avec M, Victor Hugo qu'on peut Vêtre^ ainsi que l'attestent mes Poésies. Cette liaison a cessé il y a plus de vingt ans, par des raisons qui sont restées entre nous. Je n'ai donc pas à écrire sur lui depuis ce temps-là, et je ne saurais le faire comme il convient à un critique indépendant, sans paraître méconnaître et violer une ancienne amitié, ou sans avoir l'air d'y vouloir remonter et de m'y reprendre.
Depuis son exil, il est devenu encore un sujet d'examen l^lus impossible pour moi. Non pas que je sois embarrassé pour le fond même de la politique. J'ai connu M. Victor Hugo en 1827, encore royaliste d'un royalisme très-pur; puis libéral, comme il convenait à un homme de sa génération. En 1848, il est devenu républicain, mais modéré, ambitieux cependant. En 1849, il était bien avec le président Louis
Napoléon. A T Assemblée seulement, il s*est fait rouge. Au 2 décembre et depuis, il a jugé à propos de se signaler de plus en plus de ce côté, mais avec une violence qui lui a rendu sa rentrée en France plus difficile qu'à un autre. Depuis ce temps-là, je le considère moins comme un exilé que comme un combattant, et je ne crois pas que celte attitude lui déplaise. Il fait la guerre dans son île, et à sa manière. Vous avec pu lire les poésies politiques qu'il a lancées à plus d'une reprise.
Maintenant, il lui plait de se présenter par un côté tout serein et contemplatif, comme un pur poète; mais, ce sont là des divisions qu'on ne peut accepter dans un examen véritable où Ton embrasserait tout le talent. Il faudrait donc en revenir aux parties où la critique ne doit pas toucher. C/est là un inconvénient.
Si on veut le louer, sans doute on le peut faire, et beaucoup de gens le font et le feront. Je me garderai de rien dire qui y soit contraire. Pour moi, je ne le ferai pas, parce que ma louange serait accompagnée de trop de restrictions qui paraîtraient des («fifenses à un homme de grand talent dans le malheur, — ou parce que, en supprimant toutes les critiques sérieuses, je serais réduit à faire, ce que vous paraissez désirer, acte de générosité.
Or, je n'ai pas à prendre ce rôle, — je ne tiens qu'à être équitable; — quant à l'idée des Tuileries et autres pareilles, veuillez savoir, monsieur, ce qui vous étonnera peut-être, que je n'y suis jamais allé sous aucun régime, et pas plus sous celui-ci que sous un autre; qu'à Theure qu'il est je n'ai jamais vu le chef de l'État et n'ai jamais eu Ihonmur de lui parler.