‹ Correspondance de C.-A Sainte-BeuveChapitre 70 sur 139 · Professeur à rinstilution libre de Lectoure (Gers · texte numérisé non relu

Professeur à rinstilution libre de Lectoure (Gers

3. 11 sagissait de documents relatifs au cardinal d'Ossat, l'une des gloires de la Gascogne.

survenues, et j*ai dû vous paraître iHen ingrat ou bien impoli. Le cardinal d*Ossat est un bien beau sug^; mais, si je m'enhardissais jamais à raborder, ce seraient vos indications utiles qui m*y encourageraient surtout. Je croîs qu*uu de nos critiques les plus distingués, M. Nisard, s*en occupe pour le moment ; je lui parlerai des notions que je vous dois. Je dois surtout bien de la reconnaissance, monsieur, à ceux de mes lecteurs qui veulent bien avoir pour moi de ces sentiments d*amitié et s'intéresser à la suite de mes travaux.

Agréez, je vous prie, Passurance de ma considération distinguée.

A M. RENÉ BIÉMONT.

Ce 3 novembre isse.

Mon cher monsieur,

J^ai lu avec intérêt votre écrit. Vous aves bien raison de penser que je ne devais point trop épouser une cause que vous avez faite tellement mienne. Permettez-moi, en vous remerciant cordialement, de vous prier avec instance de modifier quelques endroits au moins. Je ne saurais admettre qu'on dise que je suis le premier en quoi que ce soit, et à titre d'écrivain surtout : ce n'est pas une chose qui puisse s'admettre, et ces façons de classer les gens choquent. Vous ne faites pas à H. Viliemain la part qui lui

est due : il a des facultés personnelles merveilleuses, phénoménales. Plume en main, il vaut un peu moins que par la parole ; mais l'ensemble est le plus riche et le plus brillant qu'on puisse imaginer dans un écrivain critique. Modifiez en ce sens, — je crois que c'est justice.

Merci encore une fois, cher monsieur, de votre confiance et de votre amitié ; gardez-moi ces bons sentiments, et comptez sur les miens.

À M. CHARLES BAUDELAIRE

Ce 20.

Mon cher ami.

J'ai reçu votre beau volume, et j'ai à vous remercier d'abord des mots aimables dont vous l'avez accompagné ; vous m'avez depuis longtemps accoutumé à vos bons et fidèles sentiments à mon égard. — Je connaissais quelquesuns de vos vers pour les avoir lus dans divers recueils; réunis, ils font un tout autre effet. Vous dire que cet effet général est triste ne saurait vous étonner; c'est ce que vous avez voulu. Vous dire que vous n'avez reculé, en rassemblant vos Fleurs^ devant aucune sorte d'image et de couleur, si effrayante et affligeante qu'elle fût, vous le savez mieux que moi ; c'est ce que vous avez voulu encore. Vous êtes bien un poêle de l'école de l'art, et il y aurait, à l'occasion de ce livre, si Ton parlait entre soi, beaucoup de remarques à faire. Vous êtes, vous aussi, de ceux qui

cherchont de la poésie partout ; et, comme, avant vous, d'autres l'avaient cherchée dans des régions tout ouvertes et toutes différentes; comme on vous avait laissé peu d'espace; comme les champs terrestres et célestes étaient à peu près tous moissonnés, et que, depuis trente ans et plus, les lyriques, sous toutes les formes, sont à l'œuvre, — venu si tard et le dernier, vous vous êtes dit, j'imagine : Eh bien^ fen trouverai encore^ de la poésie^ et fen trouverai Jà où nul ne s'était avisé de la cueillir et de Texprimer. Et vous avez pris Tcnfer, vous vous êtes fait diable. Vous avei voulu arracher leurs secrets aux démons de la nuit. En faisant cela avec subtilité, avec raffinement, avec un talent curieux et un abandon quasi p-édeux d'expression, en perkmt le détail, en pétrarquisant sur Thorrible, vous avei l'air de vous êlre joué; vous avez pourtant souffert, vous vous êtes rongé à promener et à caresser vos ennuis, vos caudieoiars, vos tortures morales ; vous avez dû beaucoup soufflrlr, mon cher enfant. Celte tristesse particulière qui ressort do vos pages et où je reconnais le dernier symptôme d'une génération malade, dont les aînés nous sont très-connus, est aussi ce qui vous sera compté.

Vous dites quelque part, en marquant le réveil spirituel qui se fait le malin après les nuits mal passées, que, lorsque Vaube blanche et vermeille^ se montrant tout à coup, apparaît en compagnie de VIdéal rongeur, à ce moment, par une sorte d'expiation vengeresse.

Dans la brute assoupie un ange se réveille!

C'est cet ange que j'invoque eu vous et qu'il faut cultiver. Que si vous l'eussiez lait intervenir un peu plus souvent.

en deux ou trois endroits bien distincts, cela eût suffi pour que votre pensée se dégageât, pour que tons ces rêves du mal, toutes ces formes obscures et tous ces bizarres entrelacements où s'est lassée votre fant^iisie, parussent dans leur vrai jour, c'est-à-dire à demi dispersés déjà et prôts à s'enfuir devant la lumière. Votre livre alors eût offert comme une Tentation de saint Antoine^ au moment où l'aube approche et où l'on sent qu'elle va cesser.

C'est ainsi que je me le figure et que je le comprends. Il faut, le moins qu'on peut, se citer en exemple. Mais nous aussi, il y a trente ans, nous avons cherché de la poésie là où nous avons pu. Bien des champs aussi étaient déjà moissonnés, et les plus beaux lauriers étaient coupés. Je me rappelle dans quelle situation douloureuse d'esprit et d'âme, j'ai fait Joseph Delorme; et, quand il m'arrive (ce quim'arrive rarement!) de rouvrir ce petit volume, je suis tout étonné de ce que j'ai osé y dire, y exprimer. Mais, en obéissant à l'impulsion et au progrès naturel de mes sentiments, j'ai écrit, l'année suivante, un recueil bien imparfait encore, mais animé d'une inspiration douce et plus pure, les Consolations^ et, grâce à ce simple développement en mieux, on m'a à peu près pardonné. Laissez-moi vous donner un conseil qui surprendrait ceux qui ne vous connaissent pas. Vous vous défiez trop de la passion, c'est chez vous une théorie, vous accordez trop à l'esprit, à la combinaison. Laissez- vous faire, ne craignez pas tant de sentir comme les autres, n'ayez jamais peur d'être trop commun; vous aurez toujours assez, dans votre finesse d'expression, de quoi vous distinguer.

Je ne veux pas non plus paraître plus prude à vos

yeux que je ne suis. J'aime plus d^une pièce de votre volume, ces Tristesses de la lune^ par exemple, délicieux sonnet qui semble de quelque poète anglais contemporain de la jeunesse de Shakspeare. Il n*est pas jusqu'à ces stances, A celle qui est trop gaie^ qui ne me semblent exquises d'éxecution. Pourquoi cette pièce n'est-elle pas en latin, ou plutôt en grec, et comprise dans la section des EroUea de V Anthologie? Le savant Brunck l'aurait recueillie dans les Analecta veterum poetarum; le président Bouhier et La Monnoye, c'est-à-dire des hommes d'autorité et de mœurs graves, castissimœ vitœ morumque integerrimorumy l'auniiîM commentée sans honte, et nous y mettrions le signet pour les amateurs. Tange Chloen semel arrogant em.,.

Mais, encore une fois, il ne s'agît pas de cela ni de compliments. J'ai plutôt envie de gronder, et, si je me promenais avec vous au bord de la mer, le long d'une Êdaise, sans prétendre à faire le mentor, je tâcherais de vous donner un croc-en-jambe, mon cher ami, et de vous jeter brusquement à l'eau, pour que, vous qui savez nager, vous alii( z désormais sous le soleil et en plein courant.

Tout à vous.

GLXIII.

AU MÊME

Ce 11 mars 1857.

Mon cher ami.

Je me souviens!... J'ai lu déjà du nouveau volume le CJmt noir et le Charmion^ Voici ce que je voudrais : c'est

qu'on parlât toujours de votre volume et que Edouard Thierry en dît ce qu'il doit dire. Ce que je voudrais dire moi-même, à propos d'Edgar Poe, est un point de vue, une idée ou aperçu que je vous ai en partie exposé et que j'ai besoin de m'cclaircir et de me composer à moi-même. Cela ne vient que lentement et goutte à goutte, surtout avec mes saignées hebdomadaires fréquentes dont j'ai encore une couple de palettes commandées. Ainsi pas de retard dans Tan nonce de votre nouveau volume, et ma petite idée viendra toujours à temps quand elle sera mûre et cuite. Tout à vous.

A M. EDOUARD TURQUKTY*.

Ce 15 mars 1857

Mon cher ami,

J'ai bien à vous remercier et des précieux volumes et de votre lettre si confiante, si indulgente. J'ai fort regretté de ne pas vous voir quand vous avez pris la peine de venir

1. En 1857, Turquety était marié et fixé à Passy depuis cinq ans. A cette époque, il souffrait de maux d'yeux provenant d'un état d'anémie et peut-être de l'abus de la morphine. Les deux volumes dont parle cette lettre sont la cinquième édition des Poésies d'Edouard Turquety, Paris, Bray, 1857, in-18 anglais, et un livre ayant appartenu à l'abbé Carron. J'ignore quel est ce livre. L'abbé Carron a été le maître et Tami de l'abbé Félicité de Lamennais : Sainte-Beuve fait allusion aux premiers articles qu'il a écrits sur ce dernier, (l^ote de M, Saulnier.)

de si loin. Quand je ne suis pas prévenu, c'est un niîilheur qui m'arrive souvent avec mes meilleurs amis, car je suis envahi par les occupations et les engagements de travail à échéance fixe. Vous-même, vous ne m'indiquez pas d'adresse précise et je ne sais si cette lettre (à Passy, tout court) vous parviendra. Vous me dites de votre santé des choses qui m'affligent; à votre âge, avec du régime et cet air pur, cette vie morale, saine, il me paraît difficile que vous ne vous rétablissiez pas. J'ai eu autrefois de grands maux d'yeux et je m'en suis tiré avec moins de soins que vous ne pouvez vous en accorder. Je relirai vos beaux vers dans le sentiment qu'ils inspirent : vous avez peu à retrancher, ayant toujours obéi en chantant à une inspiration sincère, élevée. Vous me rappelez des temps qui sont bien loin de nous. Je tâche de les tenir ensevelis et que le souvenir ne s'en remue pas trop au dedans de moi. Merci du livre qui a appartenu au digne abbé Carron : il me semble que, dans ces années où je m'occupais de lui, je vivais dans l'âge d'or des Catacombes. Le couvent des Feuillantines était mon doux idéal. C'était le temps où Lamennais était encore chrétien.

Mais, mon cher ami, je griffonne, je vous fatigue les yeux, et je ne veux que vous assurer de ma reconnaissance et vous présenter mes amitiés en même temps que mes respects auprès de vous.

À MADAME BLàNGHëGOTTE.

Ce dimanche soir, i«' mai 1857.

Chère madame.

Gomment ôtes-vous? En quel état je vous ai laissée! par pitié, ayez un peu pitié de vous, ne donnez pas à ceux qui vous aiment l'idée qu'on ne peut rien pour vous et que vous défaites, par un dévouement obstiné à des choses qui n'existent si fort que parce que vous le voulez, tous les arrangements que l'amitié ferait mieux que rêver et qu'elle finirait par rendre possibles, si vous vous y prêtiez un peu plus.

Votre santé, votre organisation, c'est l'espérance, c'est l'avenir, ne le brisez pas. N'ajoutez pas aux fatigues nécessaires d'autres fatigues de surcroît et par scrupule. Voilà ce dont je vous conjure.

Je suis, demain lundi, pris dès dix heures du matin par l'enterrement de ce pauvre et toujours cher poète Alfred de Musset. J'ai, à trois heures, au ministère, une commission où je suis tenu d'aller. J'ai le soir, peut-être, ou encore avant le dîner, un livre à porter chez madame ***, qui ne part que mardi. Je ne sais donc si je pourrai vous atteindre et si vous serez vous-même à atteindre à aucun moment. Mais j'ai besoin de savoir comment vous êles : jetez un mot, un simple mot à la poste; ce qui ne m'empêchera pas de tenter de vous trouver à un moment quelconque.

A vous, chère madame, de cœur et de respect.

A M. ROULAND, MINISTRE DE l'iNSTRUCTION

PUBLIQUE

Ce 16 juillet 1857.

Monsieur le ministre,

J'ai rhonneur de vous prier de vouloir bien agréer ma démission de professeur de poésie latine au Collège de France, et de faire que mon nom disparaisse de Taffiche au prochain renouvellement des cours.

J'avais laissé mon nom par un simple sentiment de convenance et sans aucune arrière-pensée pour ravenîr. Je crois qu'il fst temps pour moi-même que cette légère attache soit dénouée.

Dans un sentiment d'entière franchise et que rhonorable confiance que vous m'avez témoignée en un ou deux cas autorise peut-êlre, je joins ici le duplicata d'une note que j'ai fait remettre il y a six semaines environ à M. Fould.

L'attaque de M. Caro, que votre journal officiel de Tînstruction publique enregistre ce matin, le silence systématique qui a été observé dans ce journal sur mon livre sur Virgile, qui était tellement de son ressort, tout m'avertit du faux de ma situation de ce côté, et je n'aime pas les situations fausses. .

Je crois qu'on se trompe, monsieur le ministre; mais je n'ai nulle envie de le dire ni de Iç montrer, ayant toujours peu aimé à me mettre en avant et sentant que je ne sais

jamais plus à Taise que dans ma chambre et devant mon papier.

Veuillez m'excuser, monsieur le ministre; agréez mes remercîments pour l'obligeant procédé que j*ai trouvé en vous quand j'ai eu Thonneur de vous voir, et recevez l'expression de mes sentiments très-respectueux.

GLXVII.

A M. PAUL GHÉRON.

Ce 83 avril 1858.

Certainement, mon cher ami, mon caprice subsiste pour cette vénérable donzelle* qui a vécu quatre-vingt-quatorze ans : elle est dure et coriace et ne vaut pas Ninon ; mais elle a du bon, et, puisque vous l'avez su repêcher dans cet océan de la Bibliothèque où elle sMtait perdue, je tiens à la toucher de mes mains et à lui faire la politesse.

A M. REINHOLD DEZEIMERIS

Ce 30 septembre 1888.

Monsieur,

Je n'ai qu'à vous remercier de votre aimable confiance *. Je trouve votre idée d'un Choix de Du Bellay avec commen-

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