‹ Correspondance de C.-A Sainte-BeuveChapitre 71 sur 139 · Mademoiselle de Scudéry · texte numérisé non relu

Mademoiselle de Scudéry

2. M. Reinhold Dezeimeris avait envoyé à Sainte-Beuve un plan d'édition des œuvres choisies de Du Bellay, avec un spécimen du

taires et notes fort heureuse et très-appropriée au goût du moment. On refait une liquidation générale du passé. Les Œuvres choisies de Joachim Du Bellay ^ publiées par M. Victor Pavie, ont paru à Angers en 1841 ; mais elles n*ODt été tirées qu'à un assez petit nombre, et n'ont eu qu'une publicité très-restreinte. Il n'y a d'ailleurs aucune note. En vous adressant directement à M. Victor Pavie, aujourd'hui rentier, amateur et excellent homme, qui vit à Angers, vous sauriez s'il reste encore quelque chose de cette édition, et où. Mais, je vous le répète, le choix est peu considérable et ne contient qu'un texte sans notes. On y a joint ma notice et un portrait du poète par David (d'Angers). Vous obtiendriez, je n'en doute pas, l'autorisation de joindre la Vie de Colletet à votre travail.

Vous avez la tradition et le goût de l'érudition ; vous avez, d'héritage, le culte ties muses grecques, et je vois que vous savez ces sentiers de VAnthologie^ si connus de nos vieux poetœ minores, et si peu explorés depuis. Il y a là bien des

Commentaire sur la pièce du Poêle courtisan. — Et puisque l'occasion se présente, signalons et réparons un oubli, que l'éditeur posthume de Sainte-Beuve a commis dans le tome XIII des Nouveaux Lundis, en réimprimant une étude sut Joachim Du Bellay, qui avait paru dans le Journal des savants en 1867. Sainte-Beuve n'eût pas manqué d'indiquer dans son volume, comme il Ta fait dans son article sur l'Anthologie grecque {Nouveaux Lundis, tome VII, page 7), la part précieuse qui revenait pour certain» renseignements à l'un de ses correspondants les plus lettrés, M. Reinhold Dezeimeris, de Bordeaux. 11 lui devait les comparaisons de Joachim Du Bellay avec Lamartine, Horace et André Chénier, qui remplissent, dans la réimpression des articles Du Bellay^ les deux pages 326 et 327 du tome XIII des Nouveaux Lundis. Elles sont contenues presque textuellement dans une lettre de M. Reinhold Dezeimeris que nous avons retrouvée depuis et qui ne nous a point étonné, car Sainte-Beuve avait coutume de le consuUer pour toutes ces questions d'érudition et de poésie.

douceurs et des gouttes de miel. Les poëtes du xvP siècle sont tout propres à vous donner occasion et prétexte de nous en distiller quelques-unes.

Les poésies latines de Du Bellay ont été recueillies dans la collection Barhou.

Suivez donc, monsieur, vas bonnes et doctes inspirations, et continuez, en le variant, Thonneur du nom paternel.

Agréez, je vous prie, l'expression de mes sentiments tout acquis et les plus distingués.

A H. l'abbé Léon ï>'aurevilly.

Ce 30 septembre 1858.

Monsieur Fabbé,

Si je vous disais que rien ne m'a été plus flatteur que le billet qui m'est venu sous l'aile de vos Hirondelles^ je rendrais mal l'impression que j'ai reçue ^. Je connaissais cette charmante pièce, je savais que la poésie est chez vous un don de famille et que vous êtes deux à qui l'Harmonie a souri à leur naissance ; mais je n'eusse osé croire, malgré le ' mot de mademoiselle de Guérin, et ce que m'avait dit en passant monsieur votre frère, à la part que vous faites à cet

1. Pour bien comprendre cette lettre, il faut lire la dédicace manuscrite que portait en tète le Livre des Hirondelles, envoyé à Sainte-Beuve :

A HONSiEUR Sainte-Beuve.

« Le poëte reconnaissant à l'auteur des Consolations et de

230 CORKESPONDANCK

ancien livre et à ce que vous daignez me répéter. J'en suis bien louché et, croyez-le, monsieur l'abbé, bien plus confus que fier. Que dire, en effet, si l'on a, dans la route, indiqué vaguement du doigt le chemin des terres heureuses à qui a su bientôt trouver et tenir jusqu'au bout, tandis qu'on est allé de plus en plus soi-même à travers champs, à travers sables? Il m'est très -doux pourtant, dans cette sécheresse habituelle où l'on vit et qui est le lot de plus en plus certain et amer de ceux qui s'en tiennent à la seule expérience humaine positive, d'entendre un de ces aveux, de recevoir une de ces paroles et, comme vous le dites, de ces bénédictions qui viennent du cœur et qui révèlent une source plus profonde encore que celle de la poésie, puisque trop souvent Tune s'appauvrit et tarit avec les années et que l'autre, au contraire, s'augmente.

Veuillez agréer, monsieur l'abbé, l'expreseion de ma gratitude et de mon respect.

Volupté, à qui son âme doit les premiers rayons de son christifinisme et de son bonheur.

A vous Penseur, à vous Poëte,

A vous auteur de FolupUy

Cet opuscule où se reflète

Un ciel d'une tendre clarté I

Mon horizon était de glace,

Dieu ne m'avait point fait la grâce

De me montrer encor sa face,

Mes jours étaient sombres et lourds :

Vous fûtes la bleue hirondelle.

Seul être aux ruines fidèle.

Qui vint m'apporter sur son aile

L'espérance des plus beaux jours I

» (Écrit par G. S. Trébutîen pour son excellent frère l'abbé d'Aurevilly). » — M. Trébutien était, comme on sait, le savant bibliothécaire de Gaen, éditeur des œuvres de Maurice et Eugénie de Guérin.

Page 1