Le voyage de Napoléon III en Suisse
d étonner le public, mais de gagner en partie, de concilier ceux des critiques qui ont quelque valeur, quelque conscience et de les forcer à nous rendre, sinon justice entière, au moins justice partielle.
Je me permettrai un exemple personnel. Je n*ai pas à me plaindre de la critique en général, mais je n'ai pas non plus à espérer beaucoup de bienveillance de ces messieurs. Eh bien, j'ai pu, il y a douze anSj publier de mon Port-Royal un troisième volume important, et, depuis p/us d'un an^ deux volumes énormes qui terminent l'ouvrage*, sans qu'il en ait encore été dit un mot dans aucun recueil ou journal en crédit. Et cela, parce que MM. les critiques en exercice m'aiment peu. Que serait-ce s'ils étaient ligués et piqués au jeu?
Encore une fois, rappelez-vous l'exemple de Hugo et sa conduite. Soyez au moins de retour ici pour diriger avec précision vos batteries et vos impressions.
Flaubert est ici; je l'ai vu une fois; il n'y est que pour quelques jours. Il y a d'ailleurs calme plat, silence, morte saison, excepté pour Garibaldi, la Syrie, la Savoie, la politique*
J'espère que vous êtes bien, — bien portant d'abord, — étincelant et fécond sous le soleil. — Ménagez-vous dans vos fatigues et revenez-nous avec des richesses de palette et un monde de faits.
Je suis las et ne vous en dis pas plus.
Tout à vous.
1. Les t/>iîies IV et V de la première édition de Port-Royal paru rent, en effet, en 1859.
m CORRESPONDANCE
AU MÊME
Ce SI septembre.
Mon cher ami,
Voilà ce que je craignais : trop d'ardeur, trop de fatigue, un besoin de tout voir et en peu de temps et en méprisant bien des précautions. Soignez-vous bien, ne laisses pas cette fièvre s'habituer, ne compliquez point votre convalescence de trop de travail. Tout arrivera à temps. Je n'ai pas vu Dentu, qui est insaisissable ; ce qui prouve qu'il n'est pas pressé. Vous aurez pu savoir par Turgan même (s'il vous a écrit comme il se le proposait) ce que je vous avais dit déjà : il n'y a pas d'historiographe du voyage. C*est mieux, et vous-même vous avez mieux à faire. Recueillezvous; repassez à la réflexion et dans une vue d'ensemble, avec un peu de recul, ce que vous savez, avec un admirable organe, arracher de vive force du premier coup; n'éteignez pas, mais fondez un peu. Que vos tableaux, en restant francs, perdent un peu de ce qui heurte. L'idéal varie selon les organisations; je m'imagine que le vôtre peut être tel que je le dis là.
Nous aurons tout le temps de causer de la situation littéraire; je n'ai en ce moment qu'un vœu et qu'un cri : guérissez-vous, ménagez-vous et revenez-nous maigri, bronzé mais non pâli.
Tout à vous.
ce.
A MADAME LA COMTESSE CHRISTINE DE FONTANES
Ce 19 novembre 1860.
Madame,
Je commencerai moi-môme par vous remercier de votre lettre, dans laquelle j'aime à retrouver les sentiments bienveillants et le cœur de la personne que j'ai eu l'honneur de connaître autrefois.
Vous me permettrez maintenant, madame, de rétablir ma situation personnelle à votre égard, telle du moins que j'avais lieu de croire que vous l'aviez faite.
Lorsque, dans le cours rapide de ces articles du lundi^ je me trouvai amené, vers un jour de Pâques, s'il m'en souvient, à parler du Génie du Christianisme et à citer la lettre qui me paraissait nécessaire à la justification de M. de Chateaubriand, vous n'étiez pas à Paris; je m'informai à ce sujet auprès d'un de vos amis, M. Viennet, qui me dit que vous n'étiez pas en France. Je ne pouvais donc vous demander une autorisation que je me flatte que vous ne m'auriez pas refusée.
Quelques jours après la publication de l'article, je reçus de madame Lenormant, qui se disait votre fondée de pouvoirs, une lettre qui était dans des termes que je m'abstiendrai de qualifier; madame Lenormant est aujourd'hui dans une situation trop digne d'intérêt et de respect pour
que je revienne là-dessus et pour que je you8 envoie copie de sa lettre blessante, et copie de celle, de bonne encre, je vous assure, que je lui ai répondue.
Quant aux lettres mêmes que vous avez pu écrire , soit au Moniteur^ soit à d'autres journaux, je ne les ai jamais vues ni lues; on m'en a parlé seulement; mais il m*a semblé que, si vous aviez à écrire à quelqu'un à ce sujet, même pour vous plaindre, ce devait être à moi tout le premier.
J*en étais donc resté, madame, sur ce que j'avais le droit d'appeler un mauvais procédé, et je ne croyais l'avoir en rien mérité. Si j'ai cessé de vous voir habituellement, après que nos rapports littéraires ont pris fin, c'est que je vis fort occupé, fort retiré; mais je ne suis pas de ceux dont les sentiments s'altèrent dans l'absence et le silence, et j'estime volontiers qu'il en est des autres comme de moL Je conserve d'excellents amis que je ne vois jamais^
J'ai mis, je vous l'avoue, sur le compte de l'esprit de parti cette altération à mon égard; j'ai cru que la fille de M. de Fontanes s'était indignée de voir son nom écrit par moi dans le Moniteur; et permettez-moi de le dire, malgré tous les royalismes du monde, ce scrupule m'avait paru singulier et piquant. Je suis si peu homme de parti, que j'aime avant tout ce qui est raisonnable. Or, le serait-il que la fille du comte de Fontanes, grand'maître de l'Université impériale, eût rougi de voir son nom poliment cité dans le journal actuel de l'Empire?
En ce qui est des paroles un peu lestes de M. de Fontanes que je me suis permis de rappeler, j'en aurais pu citer de plus vives encore. Les femmes ne savent pas ces choses^là, encore moins les filles des hommes distingués. Tout ce qui
se dit, sans doute, n'est pas bon à écrire et à imprimer; mais encore faut-il que la note réelle, la note vraie soit indiquée. Tranquillisez-vous, madame, ces notes-là ne compromettent pas le goût de M. de Fontanes, et bien des gens que je connais, qui ont l'esprit viril et naturel, Ten estimeront mieux après.
Maintenant que j'ai tout dit, et avec une entière franchise, laissez-moi, madame, finir comme j*ai commencé, en vous remerciant de votre indulgence, et en vous assurant des sentiments obligés et respectueux avec lesquels je demeure votre obéissant serviteur.
ccu
A M.JULES LEVALLOIS
Si norembre 1860.
Cher amig
Je suis bien sensible à Tapprobation de TÉcole de Sèvres sur le Béranger. Elle compte beaucoup pour moi. Cœur et esprit, rÉcole de Sèvres 1
J'ai lu le Montausier ^. Cest bien là ce rabroueur de gens, ce duc et pair qui avait du Scaliger. Vous avez rassemblé à merveille tous ces traits qui n'en feront jamais un de ces misanthropes qu'on aime. 11 a décidément perdu son