‹ Correspondance de C.-A Sainte-BeuveChapitre 84 sur 139 · A M. LE COMTE A, DE GIRGOURT · texte numérisé non relu

A M. LE COMTE A, DE GIRGOURT

Ce 24 décembre 1860.

Je suis bien touché, monsieur, de vos attentions, ainsi que de celles de madame de Circourt, et je ne vous en remercie plus. Votre jugement m'est précieux : en en rabattant ce qui tient à votre extrême indulgence, je vois que je ne vous parais pas avoir dépassé la mesure. J'ai voulu plusieurs choses dans ce livre sur Chateaubriand, ou plutôt je n'en ai voulu qu'une: être vrai et rendi*e le vrai. Les

lecteurs français sont si pressés et si inattentifs, qu'ils n'admettent guère qu*une idée à la fois : Tun suppose que j*ai voulu, à toute force, montrer Chateaubriand antichrétien ; et que je me suis réjoui de le trouver tel par moments; Tautre suppose que j'ai voulu rabaisser son génie littéraire ; un troisième fait une autre supposition également exclusive. Au fond, j*ai tenu à mesurer exactement l'écrivain et à le maintenir plus grand qu'aucun de notre âge. Quant à l'homme, je lui ai tiré le masque avec quelque plaisir, je l'avoue, et j'ai déjoué ses poses solennelles, mais pour le montrer d'autant plus aimable et séduisant quand il consentait ou qu'il s'oubliait à être naturel. — Maid j'abuse, monsieur, en vous renvoyant ainsi vos propres paroles si flatteuses pour moi. — Soignez-vous, soignez madame de Circourt ; offrez-lui mes respectueux honunages et agréez pour vous l'expression de ma gratitude et de mon dévouement» en retour de tant de bontés intellectuelles que vous me prodiguez et que j'estime à leur prix.

A M. LÉO JOUBER .

Ce 15 février 1861.

Je lis avec bien de l'intérêt et de la reconnaissance,

monsieur, le beau travail que vous avez fait à l'occasion de mon livre sur Chateaubriand^. Je suis sensible au delà de tout à vos éloges, et je ne reconnais pas moins la justesse des critiques que vous avez eu l'indulgence de ne pas trop

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