A M. CHARLES ASSELINEAU
Ce 9 Juin 1861.
Cher monsieur, ou tout simplement ami, car il faut l'être beaucoup pour avoir ainsi parlé de moi et de toutes ces œuvres si diverses; pour avoir bien voulu vous en occuper si attentivement, si profondément; pour en avoir recherché, avec celte persistance ingénieuse et si flatteuse, Tunité qui, à moi-même, m'échappe par moments; pour me l'avoir apprise ou rappelée, et m'avoir ainsi réconforté dans mes défaillances et mes dégoûts, plus fréquents que vous ne le supposez. Votre article est désormais un de mes titres ; je m*en appuierais auprès des générations survenantes si je vivais assez pour cela; comme je Tai fiiit, après des années, de ceux de Magnin et de mes amis de ce temps-là. 11 y a une grande confusion dans les jugements que l'on fait des poètes, et il me semble que cette confusion augmente depuis quelques années; ce peuple-ci ne procède que par engouements et entraînements; je vous avoue donc que, même quand j'aurai beaucoup rabattu des éloges que vous me donnez dans cet article, j'en accepte avec reconnaissance et une sorte de confiance la partie principale, qui porte sur rintimité et le caractère vivace du poète, et qui atteint,
1 . Pour le remercier d'un article sur l'édition de Jo$epk De* hrme de 1861.
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pour ainsi dire, la molécule intégrante au fond de l'iionime littéraire. Vous avez touché là à ma fibre la plus secrète et j'ose dire la plus chère. J'ai cru si souvent m'être trompé ou avoir échoué (dans cette ambition secrète), depuis les vingt dernières années, qu'il est doux et réconfortant de sentir l'appui et d'entendre le témoignage d'un critique de conscience et de talent qui me vient en aide, et me remet sur pied aux yeux des autres et de moi-même. Merci donc, et mille fois merci. J'irai vous le dire en vous serrant la main, mais je n'ai pas voulu retarder d'un jour à vous récrire.
Tout à vous.
GGXI.
4 M. SAULNIER, A PONT-l' ÉVÊQUE.
Ce 20 août 1861.
Je vous remercie, monsieur, de vos bienveillantes attentions; j'aurais dû déjà y répondre. J'ai fait ce livre sur Chateaubriand en conscience et sans parti pris; chaque jour, durant des années, y a apporté son tribut, sa note, sa remarque. Je laisse le lecteur tirer ses conclusions. — Quant aux pages de la fin, elles sont vraies : l'auteur (madame Allart) n*est point coupable de les avoir publiées, c'est moi seul qui l'ai pris sur moi. Ce sont des choses très-vraies, auxquelles j'en pourrais ajouter beaucoup d'autres : il est bon de connaître un peu les hommes comme ils sont, comme I. t«
m CORRESPONDANCE
ils (Haient, surtout quand ils se sont faits les champions et les apologistes officiels des grandes causes. Je conçois, au reste, toutes les différences d*impression à ce sujet.
Agréez, monsieur, l'expression de ma gratitude et de ma considération respectueuse.
GGXIl.