‹ Correspondance de C.-A Sainte-BeuveChapitre 94 sur 139 · A M. CHARLES DUVEYRIER · texte numérisé non relu

A M. CHARLES DUVEYRIER

Ce 27 avril 1862.

Cher ami,

Je vous remercie de Tenvoi, et je ferai utilement la distribution. Comme je ne suis bon pour longtemps qu'à vous informer et à être un indicateur, voici une indication que vous prendrez pour ce qu'elle vaut. Je causais l'autre jour avec Courbet; ce peintre vigoureux et solide a de plus des idées, et il me semble qu'il en a une grande : c'est d'inaugurer une peinture monumentale qui soit en accord avec la société nouvelle. La peinture des églises est à bout de voie ; des peintres incrédules ressassent avec plus ou moins de talent de vieux sujets. Hors de là, il n'y a guère que de la peinture de chevalet et de genre pour des salons et des galeries d'amateurs; le grand effet de la peinture sur place et appropriée aux monuments est à retrouver. Courbet a l'idée de faire, des vastes gares des chemins de fer, des églises nouvelles pour la peinture, de couvrir ces I. Il

grandes parois de mille sujets d'une parfaite convenance, — les vues mômes anticipées des grands sites qu'on va parcourir; les portraits des grands hommes dont le nom se rattache aux cités du parcours; des sujets pittoresques, îuoraux, industriels, métallurgiques; en un mot, les saints et les miracles de la société moderne.

N*est-ce pas là une idée encyclopédique et qui mérite faveur? A Courbet, cependant, il faut des gares plus que des mains de papier. Mais MM. Pereire ont, ce me semble, des unes* autant que des autres, et il serait digne de vous de voir ce qu*on pourrait faire de tout cela, quant à la pratique. Vous qui êtes un accoucheur d'hommes et d'esprits, voyez donc Courbet, si le cœur vous en dit, et forcez sa timidité fine et son orgueil naïf et puissant de s'expliquer, de se développer. Aidez- le en un mot et qu*il vous aide.

Tout à vous*

P.-S. — Courbet demeure rue Hautefeuille, au coin de la rue de l'École-de-Médecine.

CGXXIV.

A M. l'Abbé Constantin rousseL.

Co 30 avril [i862j.

Mon cher monsieur.

Vous n'avez à avoir aucune inquiétude; je ne mettrai que les initiales et ne dirai pas le nom du modeste poète*. Je

i. IM. labbé Roussel se défendait d'être nommé en toutes lettres, in6me dans le volume où serait recueilli Partiele du ConstituiionneL

dois pourtant vous dire que réchanlillon que j'ai donné a fait généralement plaisir et a provoqué plus d'une question. C'est donc moi qui reste voire obligé, mon cher monsieur, par votre aimable prescrit.

Agréez l'expression de mes sentiments de respect et de dévouement.

CGXXV.

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