ICI. — Tlantin à Fulvhis Ur sinus
Signeur très magnifique,
Je suis très joyeux et vous remercie très grandement de ce qu'il vous plaist prendre en bonne part nostre diligence^ chose aussi qui me donne un vray esguillon de tascher à faire encores plus doresenavant, de quoy j'espère, de bref, vous faire voir l'expérience en l'impres ■ sion des fragments que, passé quelques semaines, j'ay receus de V. S., par le moyen de l'Illustriss. et Révérendiss. S. de Monsigneur le Cardinal de Granvelle. Je ne faudray de faire incontinent tailler l'effigie de Sappho pour l'imprimer ainsi que l'ordonnés par la vostre. '
Quant au César et fragments d'iceluy, dont vous m'escrivés, en me les offrants de vostre grâce, soyés asseuré, Monsigneur, que je ne receu oncques nouvelles qui me fussent plus aggréables, car il y a plus de 10 ans que j'ay souhaitté telle chose et prié divers miens amis, gens doctes de m'y vouloir prester leur diligence, ce que plusieurs m'ont bien promis, mais nulluy ne m'y [a] encores satisfaict jusques à maintenant. Et pourtant, Monsigneur, je vous supplie très affectueusement qu'il vous plaise m'enrichir de ce vostre thr4sor, lequel je vous promects, avec l'aide de Dieu, de faire telle-
I. Livre des ouvriers de Thntin. i) juin 1568. A Antoine Van Leest 2 médailles de Sapho fl. o — s. 14.
ment multiplier qu'avec vostre honneur un chaicun en pourra jouir, tout au plus tost et au mieux pour la commodité des gens de lectres, qu'il me sera possible. Au reste, Monsigneur, je vous supplie que,s'il est chose en quoy je vous puisse faire quelque service, de me le vouloir commander, et je mectray peine de n'estre jamais veu paresseux à vous obéir, ne ingrat de tant de bien que me voulés et offres.
Par le premier qu'il me sera possible, j'envoyerai à Vostre Signeurie l'exemplaire net et reUé que désirés pour Monsigneur le Cardinal Farnèse. Je suis aussi joyeux et vous remercie grandement de ce qu'il vous a pieu me faire aussi ce bien de faire traduire les fragments de Moscho et Bione, et principalement par le Signcur Lorenzo Gambara, duquel j'ai receu les Nautica ' que m'avés envoyés, qui plaisent merveilleusement aux doctes de par deçà, à qui je les ay communiqués. Et ne faudray aussi, Dieu aidant, à les imprimer après les fragments grecs. Parquoy vous pourrés ordonner tellement le tiltre des fragments grecs que je dois envoyer pour la première feille.avec la dédicatoire,que les lecteurs entendent que ladicte traduction y sera joincte. Nonobstant quoy, si bon vous semble, j'imprimeray tellement ladicte traduction qu'elle se puisse diviser de l'œuvre grecque. Bref, je suis délibéré d'en faire ainsi qu'il plaira d'en ordonner à Vostre très Magnifique Signeurie,
I . Les Nautica font partie de Laiirentii Gavihara Brixiani Poemala publiés par Plantin en z'^G<). Laurent Gambara, prêtre et poète latin, était né à Brescia en 1496 et mourut à Rome en 1586. Plantin publia de lui la traduction de Moschus et de Bion dans le recueil de Fulvius Ursinus, Carmina novem illustrium feminariim (i 568), ses Poemata (1569), ses Precationes ad T)eum{i'=,']2)t\. Rerim sacrarum liber (i <,']']').
à laquelle je me recommande et prie Dieu la vouloir conserver à son honneur et au proffict de nous tous qui désirons l'advancement des estudes libérales. D'Anvers, ce 23 [janvier 1568].
102. — Plantîn au Cardinal de Granvelle, Très Illustre et Révérendissime Signeur,
J'ay esté fort esjouy d'entendre la continuation des promesses de Monsigneur le Docteur Thomasius, touchant Lactance, et de l'entreprinse de Monsigneur Onoffrio, auquel je souhaitte telle assistence que son travail et l'œuvre le mérite, mais surtout de ce que V. I. et R. S. faict conférer la Bible grecque, d'autant que nous avons par cy-devant esprouvé la grande variété et fautes de celles de Basle d'avec celles de Complute, chose qui nous a faict laisser de l'imprimer. Car, quant premièrement j'entreprins les Bibles en hébreu, que j'ay achevées, passé un an ', j'avois aussi délibéré et commencé d'imprimer les livres qui ne sont en hébreu, affin de donner ainsi les Bibles entières en leur langue primitive, et de faict, avois desjà poursuivi autant de feilles comme j'en envoyé ici à V. R. et 111. S. pour luy faire foy de mon dire", mais, craignant telles variétés, je désistay incontinent, en attendant autre milleure occasion, laquelle, comme j'espère, nous sera donnée maintenant par ce
1. 'BihJiahehraica, Vlantm, 1566, i vol. in-40 ; Idem, 2 vol. in-S"; Idem, 4 vol. in- 16»,
2. Le 9 juin 1566, on avait imprimé les feuilles A, B et C de 'Biblioriim pars sivctca, in-40; le 1 6 juin, la feuille D était achevée. C'est tout ce qui fut tiré de cet ouvrage.
vostre moyen pour en enrichir ceste tant nécessaire Bible en quatre langues, de l'impression de laquelle je ne désespère aucunnement.
Cejourdhuy aussi, Mons-- le docteur Clemens, anglois, jadis médecin de feu de bonne mémoire la très catholique reine d'Angleterre, m'a rescrit de Berghes, où il se tient en volontaire exil, ainsi que plusieurs autres bons et catoliques personnages Anglois, et envoyé ung catalogue de quelques Hvres rares en grec, entre lesquels il dict avoir une partie de la Bible grecque jusques aux livres des Roix, qui est très ancienne et beaucoup différente de celles qui sont imprimées. Je tascheray de l'avoir, pour la faire conférer à celles que j'ay tant de Complute que de Aldus Manutius Romanus
et Basle.
Je suivray, par cy-après, l'ordonnance de V. R. S. en tout ce que j'imprimeray qui soit de quelque importance, et me desplaist bien que je n'en ay esté adverti, avant que d'avoir commencé Summa Sancti ThomcX, dont j'avois desjà achevé trois feilles, non toutesfois sans en faire quelque petit nombre de milleur ou plus blanc papier que le reste.
J'ay aussi délivré à Mons^ Polytes ' une Bible de mon impression in-4°, laquelle j'ay bien faict laver, battre et relier, suivant Tordonnance de V. R. S., à laquelle j'envoye quelques feilles imprimées du livre d'Eunapius en grec % et quelques feilles aussi de la traduction d'iceky faicte par le Sig^ Had. Junius, qui estant ce-