Tlantin à Çayas
A Mons' Cayas, le 3 may 1568.
Estant retourné de Francfort, j'ay trouvé que Mons' le Cardinal de Granvelle m'avoit envoyé les œuvres de Lactance, corrigées et annotées par Monsg' le docteur Michel Thomasius, avecques les lectres dudict Sign' docteur, par lesquelles il m'ordonnoit que, suivant nostre coustume, je fasse diligentement revoir son labeur aux plus doctes d'entre les docteurs de Louvain pour en avoir leur jugement. Parquoy, j'ay envoyé les œuvres à Louvain pour ce faire, et l'ayant receu, avec le privilège de la cour, je ne faudray. Dieu aidant, à l'imprimer et puis à en envoyer des exemplaires à Vostre Signeurie, ainsi que, par sa dernière du 13 d'avril, il luy a pieu me l'ordonner.
Et cependant j'envoye ici le catalogue des livres que j'ay envoyés depuis le dernier mémoire envoyé à V. S., afin qu'elle puisse conférer avec le receu et entendre si la diligence et fidélité ou la commodité et seureté des chemins ont permis que le tout soit venu entre ses mains, de pareille diligence comme je les ay tousjours envoyés à Monsg' de Taxis, Maistre des Postes à Bruxelles, pour les envoyer à V. S.
Au reste, Monsg" le Secrétaire de Son Excellence
m'ayant mandé, ces^ jours passés, qu'en toute diligence je vinsse à Bruxelles pour entendre de sa bouche ce que V. S. lui avoit rescrit, me déclara en fin qu'il venoit un docteur par deçà, envoyé de Sa Majesté, pour entendre à l'impression de la Bible en 4 langues. Et pourtant que Sa Majesté vouloit que j'en imprimasse 6 en parchemin, qu'il estoit besoing que j'en fisse préparation. A quoy je respondis que tout ce que j'ay avec ma propre personne et tout mon pouvoir, labeur et industrie estoyent prests et appareillés au service de Sa Majesté. Mais que, à la vérité, je n'avois pas le moyen de fournir à l'advancement de l'achat dudict parchemin ni d'autres frais que ceux par moy faicts ; nonobstant quoy, répétant que l'argent viendroit et que je devois me tenir prest, me renvoya joyeux d'entendre la bonne volonté de Sa Majesté et triste de ce qu'il m'estoit jà impossible de faire autres préparations que celles que j'en ay par cy-devant faictes.
Car j'ay, par cy-devant, achapté assez bon nombre de papier et entretenu, quelques années, les ouvriers, attendant le commandement de Sa Majesté, jusques à ce que en fin j'ay esté contrainct de revendre une partie dudict papier et d'employer l'autre à imprimer Summa Sancti Thomae que j'ay de présent entre mains. J'ay mesmes faict aussi faire du papier à Francfort, pour faire quelque nombre d'exemplaires, qui me couste 6 dalders, à sçavoir 4 escus et demy la rame, dont j 'envoyé icy une feille à V. S. pour monstre.
Bref, j'ay faict, jusques à présent, tout ce qu'il m'a été possible et le feray toute ma vie, mais je ne puis plus rien sans l'aide et soustien que j'attends de Sa Majesté par la faveur de V. S. Et pourtant sera il besoing
qu'après avoir receu quelque argent, je me transporte sur les lieux où se faict le papier et les bons parchemins pour conclure du nombre et ordonner de la délivrance d'iceux, afin qu'il n y ait retardement aucun quant la besongne sera commencée. Que si ce temps pendant que Monsg' le docteur Arias Montano vient par de^a, ainsi que Vostre Signeurie m'escrit, j'avois quelque moyenne somme d'argent, je ferois les voyages et préparations nécessaires, de sorte qu'à sa venue nous serions prests de commencer et poursuivre sans aucun retardement de temps.