Plantin à Paul Manuce
Au Signeur Paulo Manutio.
Moult mag° Senor.
Je m'esmerveille que je n'ay response aux miennes, par lesquelles j'advertissois V. M. S. du nombre des Bréviaires que j'avois imprimés, et encore plus de ce que nuUuy ne s'est addressé à moy, de sa part, pour recevoir la disme que je luy en doibs, par accord faict. Ores, j'advertis derechef V. M. S. que j'ay, jusques à ce jour, faict trois impressions des Bréviaires in-8°, qui sont trois mille cent et cinquante exemplaires, et une autre impression, de ceux in- 16'', de mille et cinq cents.
Parquoy, je doibs desdicts Bréviaires in-8° 300 exemplaires, et 150 in-i6**, lesquels je délivreray à qui V. M. S. l'ordonnera, ou moy-mesmes les pacqueray et les envoyèray où il luy plaira ordonner, ou bien payeray, à qui luy plaira, cent escus d'or pour lesdicts exemplaires, et continueray comme l'ordonnera Vostredicte S*"*, à laquelle je baise les mains, et prie Dieu la vouloir conserver etc.
Le 26 novembre 1569.
197" — Plantin à de Goneville.
A Mons' de Goneville auditeur du très illustre
Cardinal Granvelle.
Monsigneur.
Je ne sçay par quel moyen explicquer ni déclarer combien je me sens obligé, premièrement au très Illustre et R°* Cardinal, mon bon Signeur et maistre (car je me tiens heureux de me pouvoir advouer son très humble serviteur), et puis à ses domestiques, et principalement à V. S., de laquelle j'ay receu les lectres du 22 du passé avec le Bréviaire, et le traicté pour tenir l'office jusques à dix ans, dont je la remercie grandement et la supplie de vouloir continuer à me faire ainsi du bien, de quoy je ne seray jamais ingrat et voudrois que le moyen me fust offert de le monstrer par effect, car je m'y employerois autant volontiers, et d'aussi bonne affection, que je reçoy les bénéfices d'icelle.
Je suivray en tout les advertissements qu'il a pieu à Vostre Signeurie me donner pour l'impression du Bréviaire, que j'imprime au long, en la plus grande diligence que je puis. La partie d'esté sera, Dieu aidant, achevée environ Noël.
Par mes précédentes, j'ay adverti V. S. avoir receu le Diurnal dont je la remercie. Paravant, j'en avois desjà commencé ung autre qui sera beaucoup plus petit, tant pour le format plus ample, que pour ce que je n'y mets nuls nocturnes au Psautier ni commun. De chaicun je ne faudray d'en envoyer estants faicts. Cependant )e m'appreste pour les Bréviaires de Chœur, en grand volume, mais je voudrois bien avoir premièrement achevé lesdicts
Bréviaire et Diuraal, et sur iceux avoir entendu la volonté et jugement du son 111"** etR^^Sig*^*. Pourquoy, je me hasteray de les achever et envoyer à V. S., pour les luy présenter et me rescrire ce qu'il luy en plaira me faire advertir et ordonner.
Au reste, j'entends, par Monsg' le Chantre de Malines, que le Signeur Manutius se plainct que je ne luy rescrive pas le nombre que j'imprime des Bréviaires, à quoy je ne pense pas faire de faute, veu que je luy ay rescrit, passé quelques mois, et m'avoit mandé qu'il m'ordonneroit ici quelqu'un qui recevroit la disme que je luy ay promise; nonobstant quoy, il ne m'a, despuis, rien escrit, ni addressé nuUuy qui, de sa part, m'ayt rien dict ni demandé.
Que s'il luy plaist m'ordonner que je luy envoyé, à la fin de chaicunne impression, ladicte disme des Bréviaires, je le feray volontiers et fidèlement, ou bien autrement, comme il l'ordonnera. Car luy et tous autres me trouveront tousjours prests à toutes bonnes raisons et surtout prest et prompt d'accomplir ma promesse, ce que (puisque il plaist à V. S. me procurer ce bien) pourrés aussi asseurer à celuy, avec qui sera besoing de traicter pour le Privilège du Messel. Suppliant à V. S. m'employer à ce que je pourray pour son service, en quoy je m'employray tousjours, comme je doibs, d'aussi bon cueur que j'en reçoy plaisir, et que je me recommande à sa bonne grâce, et prie Dieu la maintenir et faire prospérer en la sienne.
D'Anvers (Entre le 25 novembre et le 16 décembre 1569).