Planiin au Cardinal de Granvelle
Le 16 décembre 1569.
Au très illustre Cardinal de Granvelle.
J'envoye ici "feilles de la partie hiémale du Bréviaire que je continue, avec le moins de renvoy que je puis, en quoy, si, d'adventure,V. lU"** et R™* Sig**" désire autre chose, m'en faisant advertir, je mectray peine d'y remédier, non seulement à la seconde partie, que j'espère de poursuivre, incominent avoir achevé ceste-cy, mais aussi à la seconde impression, que j'espère de recommen-
cer, incontinent avoir achevé ceste première, laquelle, à ceste intention, je fay en bien petit nombre, sçachant que les derniers advis apportent communément quelque élégance ou commodité aux premiers ouvrages.
Monsigneur de S' Bavon, de sa grâce, m'a envoyé son exemplaire, en grand volume, que j'ay veu fort incorrect. Mons*" le chantre de Malines, aussi, m'a faict toutes les faveurs que je pourrois souhaitter. Parquoy, j'espère qu'il ne me déniera le chant de ce qui est changé ou adjouxté audict Bréviaire, pour lequel imprimer quelque jour, je fay provision de nottes et grosses lectres , à ce estant mesmes incité par les lectres de Mons' le Secrétaire de S. Ma**, Çayas, qui m'a rescrit de luy envoyer des monstres de grosses lectres, pour les monstrer à Messieurs de l'ordre des Hiéronymitains et autres, qui désirent faire imprimer leurs livres de chœur.
Je remercye très humblement vostre 111™* et R"* S** de ce qu'il luy a pieu faire traicter avec celuy à qui Sa Saincteté a faict la faveur du Privilège des Messels.
J'estime que le reste des poèmes du S' Gambara, et le livret de Rege et Regno, est maintenant parvenu entre les mains sacrées de V. 111"* et R* S^% à qui j'envoye maintenant de ce que nous avons recommencé d'imprimer des commentaires de Caesar, que j'ay totalement proposé de poursuivre jusques à la fin, et de faire suivre Lactance, différés, tant pour la pesanteur des fi-aiz, qu'il me faut faire et porter pour l'impression des grandes Bibles Royales, que pour entendre à l'impression des Bréviaires, du fruict desquels estant soulagé, je seray, à tout jamais, et la république Chrestienne, tenu à la libérale faveur de V. Ill°* et R°* S»% d'autant qu'autrement jç me sentois tomber sous le fardeau de si pesante œuvre,
en laquelle j'avois desjà employé plus que tout le mien, car il n'a esté jour ouvrable, depuis 18 mois en çà, que je Tay commencé à bon escient, que je n'y aye despendu plus de 25 efcus, seulement en papier et gages des ouvriers manuaires, sans y comprendre les despens ordinaires, ni gages de six doctes correcteurs domesticques et des docteurs de la faculté de Théologie de Louvain et d'ailleurs, qui, à nos despens, visitent et approuvent tout ce nous y adjouxtons plus qu'aux exemplaires de Complute.
Grâces à Dieu, nous avons achevé les cinq livres de Moïse, les Juges, les Rois, les Paralipomenon, Esdras, Judith, Tobias, Job, Sapience, Ecclésiastique et besongnons aux Psaumes, que nous espéroms achever avec les Proverbes, Ecclésiastique [Ecclésiaste ?] et Cantica Canticorum, dedans le mois de febvrier prochain, et puis commencer les Prophètes.
Au reste, Mons"" le Docteur Arias Montanus, personnage très docte es langues orientales, le plus diligent, constant et qui de millieur cœur s'employe et tout le sien, non seulement à l'advancement de cest œuvre divin, auquel il est, à bon droict, commis par Sa Majesté, mais aussi en tout ce qu'il peut apercevoir estre utile à la Chrestienté et au service de Sa Majesté et de tous les siens, ayant entendu par quelques rumeurs que, par l'ordonnance de Sa Saincteté, aucuns doctes et grands personiîages estoyent commis pour revoir, conférer et amender la version latine receue, m^a ordonné de saluer très humblement V. Ilh* et R°* S** et la supplier très affectueusement qu'il luy plaise nous faire entendre ce qui en est.
Ce que je luy supplie d'aussi bon cueur, que je prie
Dieu nous la vouloir conserver en bonne santé et heureuse prospérité.
D'Anvers etc.