Tlantin à Gilbert Genebrard
Monsigneur, Monsieur Genebrard, personnage très docte aux langues et lecteur du Roy es sainctes lectres etc.
Monsigneur, L'humanité que j'ay congneue en vous de long temps m'a tousjours faict désirer d'avoir un jour
I. Gilbert Genebrard, né à Riom en Auvergne vers 1537, prit rhabit de Bénédictin et, ayant fait ses études à Paris, il fut nommé professeur d'hébreu au collège royal, titre qu'il possédait au moment où Plantin lui écrivit. En 1592,11 fut nommé archevêque d*Aix. Il se jeta avec fougue dans le parti de la Ligue et fut un de ses plus violems champions. Après le triomphe d'Henri IV, Genebrard se retira dans le prieuré de Sémur en Auxois, où il mourut en iS97- L*approbftion de la Bible royale que sollicite de lui Plantin fut octroyée le 4 avril 1572 et signée par Genebrard et six autres docteurs de la Faculté de Paris.
le moyen de vous pouvoir faire quelque service, plustost que d'en requérir plaisir, et toutesfois icelle me donne la hardiesse maintenant de ce faire en chose utile à la républicque et que je tiens vous estre facile. C'est que, comme nous avons depuis quatre ans en çà travaillé et consumé tout nostre pouvoir en l'impression de ces grandes Bibles es langues primitives et que sommes quasi prests de le mectre en lumière, je vous supplie qu'il vous plaise me faire ce bien d'en visiter les parties qui sont par delà et celles que j'envoye maintenant exprès, et de vouloir nous faire ce bien et honneur de nous en donner vostre censure et approbation par escrit, sur chaicune partie que trouvères n'en estre du tout indigne, et de faire tant envers quelques-ungs de vos semblables, à sçavoir personnages très doctes en la saincte théologie, experts aux langues et amateurs du bien public, qu'ils approuvent et rendent tesmoignage que nous n'ayons pas au moins du tout perdu nostre temps et mal employé tant de fraiz à l'impression desdictes Bibles et autres parties qui en. despendent, et par cela asseurent les doubteux et bons catholiques de se pouvoir servir desdicts livres, non seulement sans danger, mais aussi à la confusion des ennemis de nostre mère saincte Église, s'estans par cy-devant si bravement vantés de la congnoissance desdictes langues primitives, comme si le sens dénoté par la signification des mots de l'Hébrieu, Grec ou Chaldée eust faict à la confirmation de leurs inventions fantastiques et que, par le moyen de ladicte approbation, nous puissions obtenir du Roy quelques années de respit que nuUuy ne nous puisse contrefaire aucunne desdictes parties et que d'icelle approbation puissions aussi honorer et auctoriser ceste nostre édition. Et en ce faisant,
monseigneur, vous nous inciterés à poursuivre d'exécuter autres miennes, conceptions et désir de m'employer à faire chose que vous et autres tels personnages doctes et religieux puissiés juger donner quelques secours à Tadvancement de Tintelligence des langues et à la congnoissance du vray fundement de nostre saincte foy catholique.