INTRODUCTION XVII
jusqu'à trente-deux fois de suite, héi^itent à saigner des vieillards ou des enfants à la mamelle, ceux qui usent de l'émétique ou de l'antimoine. Tout en reprochant à Montaigne d'attaquer la médecine, « la plus innocente profession qui soit au monde », il écrit : « Ces messieurs disent qu'un poison n'est point poison dans la main d'un médecin; ils parlent contre leur propre expérience, car la plupart d'entre eux ont tué leur femme, leurs enfants, leurs amis... Pour favoriser les apothicaires, ils disent du bien d'une drogue dont ils n'oseraient goûter ».
Son animosité contre les moines et les jésuites n'a ni borne ni trêve : lors même qu'on ne la jugerait pas excessive, on ne saurait entendre sans fatigue les récriminations monotones, les imputations étourdies, les railleries banales qu'il prolonge avec une complaisance incroyable.
Ses griefs contre les libraires sont plus curieux : il leur reproche non seulement d'être âpres au gain et d'abuser de mensonges grossiers, mais encore de ne plus imprimer que des livres d'amourettes et de méchants livres. Assez lettré, grand bibliomane, il se pique d'érudition, mais il lit mal, sans discernement et même sans attention suffisante. II sait que le petit paragraphe sur Jésus-Christ qui se trouve dans Flavius Josèphe est une interpolation, mais il croit avoir le récit que Tacite a fait de la mort de Néron. Il trouve que dans Fhistoire de Jeanne d'Arc tout est incertain ; à peine accorde-t-il que la Pucelle fut héroïque : il doute de son supplice. Elle pourrait bien ne pas avoir été brûlée, s'être échappée, être retournée en Barrois, s'y être mariée et avoir eu des enfants : « Tout le miracle fut politique et belle finesse fardée de religion, tantum reli-