XVIII INTRODUCTION
gio potuit suadere maloriDU ». Il encombre sa belle bibliothèque de livres inutiles, s'entiche d'auteurs médiocres, néglige ou méconnaît des oeuvres de premier ordre. Il proclame Sénèque le tragique un admirable écrivain et professe pour l'histoire naturelle de Pline une sorte de culte; il parle avec enthousiasme de Grotius, du grand et incomparable Saumaise et ne fait aucun cas de Descartes. S'il loue les Provi)iciaIes c'est parce qu'elles font tort aux jésuites. Ce qu'il goûte surtout dans Rabelais ce sont les plaisanteries contre les moines. Il est enchanté de Du Bellay à cause de ce vers merveilleux :
0 bonne, o sainte, o divine saignée!
Il nomme Corneille parce que « ce faiseur de comédies » écrit contre M. Pélisson. Il est bien aise que Molière ait raillé les médecins de la cour, mais ne paraît pas sentir la valeur de ses œuvres ni même la portée du Tartuffe. Un certain jésuite prêche avec grand succès : cela contrarie Patin et lui rappelle un bon mot de Scaliger sur i ces prédicateurs à l'esprit échauffé et au babil prétendu évangélique ». Or, ce jésuite, c'est Bourdaloue!
Môme étroitcsse d'esprit, même aveuglement, même humeur chagrine dans les matières politiques. Les premières lettres que nous avons de lui furent écrites sous Louis XIII; les dernières sont de 1672; pendant tout ce temps, il n'a pas cessé de gémir sur le sort de la France, de poursuivre d'imprécations ou de sarcasmes ceux qui la gouvernaient, de s'écrier : « Où est la justice de Dieu? Patiens nimis Dominus! Le temps est pour les méchants, les voleurs, les charlatans et autres pestes du genre humain. Les gens de bien n'ont qu'à se cacher,