‹ Correspondance de Gui Patin. Extraits publiés avec une notice bibliographiqueChapitre 15 sur 36 · XX INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XX INTRODUCTION

et de désespoir, Eheu nos miseros, o miserain Galliam ! Les Topinambous sont plus heureux en leur barbarie que les paysans de France.... On ne veut pas de remontrances, tout tourne à la despotique.... Si Dieu n'y met la main, on nous assujétira comme des Turcs. » Il découvre en Colbert un secondaz Marin : « Les plaintes ne servent de rien. Quoique Ton dise ou que l'on fasse, tempora sunt semper tetnpora, nul changement n'en arrive ». 11 avait entendu M. de Bellay dire en 1632 que la politique n'est pas autre chose que l'art détromper; en 1663 il remarque exactement le même jeu malhonnête qui se jouait autrefois : « Les acteurs sont nouveaux, la farce est toute pai'eille ». « Jamais le monde ne fut si misérable de mémoire d'homme » écrit-il en 1668. Si les noms et les dates étaient effacés, on ne se douterait guère en lisant les dix dernières années de cette correspondance qu'il s'agit de la période brillante du grand règne. Pas un instant, aux heures les plus glorieuses. Patin n'impose silence à sa mauvaise humeur; nulle part il n'applaudit à ce qui se passe autour de lui. Rabelais avait eu un beau cri de joie en voyant la France superbement bornée; après la signature des traités de Westphalie et des Pyi'énées, Patin témoigne sa satisfaction de ce que la paix est conclue; quant à la grandeur nationale, il en paraît fort peu touché. Désolé des maux et humiliations infligés à la France par Louis XV, indigné de nous voir « dans la boue », Voltaire aura des paroles regrettables, mais il ne désespérera jamais, ne souffrira pas que l'on désespère, affirmera notre merveilleuse vitalité, dira bien haut les ressorts qui nous sauvent; Patin, en des circonstances bien moins écœurantes, est tout à fait dépourvu de cette foi généreuse : il n'a aucune espérance et prend une sorte de plaisir malsain à répéter

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