INTRODUCTION XXI
qu'il n'est pas permis d'en avoir. Les gens que travaille le besoin (1(> dénigrer leur pays, devraient étudier ces lettres : ils auront beau épuiser les ressources de leur rhétorique, user tantôt d'une déclamation bruyante, tantôt d'une adroite ironie, s'appliquer par tous les moyens possibles, y compris la calomnie, à noircir leurs tableaux, ils ne dépasseront pas les invectives et les imprécations de Patin.
Son animosité contre les chefs de l'État frappe d'autant plus que son indulgence pour la Fronde est très grande. Non qu'il ait beaucoup loué cette convulsion tragi-comique; il eût été bien en peine d'en faire l'éloge et d'ailleurs, l'eût-il pu, il s'en serait probablement abstenu, n'aimant qu"à blâmer et à se lamenter. Mais le mal qu'il y avait à en dire, il ne l'a pas dit, contrairement à son habitude. A peine çà et là quelques critiques très insuffisantes. On ne voit point du tout dans ses lettres, comme il conviendrait, la légèreté et l'inconsistance des frondeurs, leur bavardage stérile, leurs conseils mesquins ou vils, leur ignoble cupidité, l'émotion des bons Français à la pensée que l'alliance avec les Espagnols pourrait leur ouvrir les portes de Paris et les mettre dans le Louvre. Descartes s'inquiétait et écrivait que son repos en était troublé, le président de Mesmes protestait avec une éloquence pathétique; Patin se borne à dire qu'il vaudrait mieux faire la paix. Il ne blâme pas, il semble partager la joie des frondeurs lors de la prise de Lérida par les ennemis de la France.
Voilà bien des motifs de défiance; il y en a encore un autre : en écrivant, il se proposait au moins autant d'amuser ses lecteurs que de les informer. « Il ne faut pas, dit Bayle, croire trop légèrement tout ce que Patin rapporte... Comme il y a dans ses lettres beaucoup de