‹ Correspondance de Gui Patin. Extraits publiés avec une notice bibliographiqueChapitre 17 sur 36 · XXII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXII INTRODUCTION

choses qu'il ramassait en faisant la ronde de ses malades, je ne voudrais pas faire fond sur tout ce que je viens de lui emprunter. » Patin ne se piquait pas d'uno exactitude scrupuleuse; il avouait même qu'il ne tenait point du tout à ne dire que des choses vraies : il écrivait : « Hisloria quoquo modo scripta deleclat. Je vous écris les nouvelles que j'apprends, entre lesquelles il y en a de fausses. Quis unquam ab historico fidem exegit?i> N'allons pas en conclure que nous n'avons pas beaucoup à apprendre de lui. Qu'on se défie, soit; aucune source ne mérite pleine et entière créance et celle-ci est particulièrement suspecte. Que la défiance n'aille pourtant pas trop loin : en bien des cas il n'y a aucune raison pour supposer qu'il invente, qu'il exagère ou qu'il soit mal renseigné. Quand il enregistre au jour le jour les délits et les crimes, les gens que l'on pend et à qui « on casse les os bien menus » ; quand il remarque que, sous Louis XIV comme auparavant, on parle sans cesse de méfaits, de larrons domestiques et de voleurs de grand chemin, de supplices et qu'on ne fait que prendre et rompre; quand il écrit (en 1667) la lettre ou nous lisons : <• Hier une jeune fille fut menée à la Grève où elle fut étranglée.... Un jeune homme de Limoges a été rompu aujourd'hui rue Saint-Denis pour assassinat commis hier.... Un enragé garnement est condamné d'avoir la langue percée d'un fer chaud, puis d'être pendu et bridé.... Trois moines sont à la conciergerie pour crimes abominables... Un notaire va être pendu pour faux.... Mais ce qui fait le plus parler le monde, c'est une infâme banqueroute... »; quand non content de savoir que cinq voleurs sont rompus pour simples vols, il souhaite que neuf autres de la même bande aient le même sort, ou quand il regrette qu'un meurtrier

INTHOniT.TION XXIII

qui a reçu « onze coups vifs i, n'en ait pas eu davantage, cvidemnient il dit vrai '.

Il a tort d'écrire que Fouquet risque d'être empoisonné « sinon par ordre du roi, du moins par ceux qui gouvernent sous son autorité » ; mais il n'y a rien à reprendre à ce qu'il dit de l'arrêt de bannissement, converti en prison perpétuelle, du juge puni pour avoir refusé de s'associer à l'arrêt du libraire mis à la Bastille pour avoir imprimé une lettre dans laquelle l'évoque d'Aleth nie que les cinq propositions se trouvent dans Jansénius, du mathématicien mis en prison pour avoir prédit un grand changement dans les affaires publiques, des sacrilèges brûlés vifs après avoir eu le poing coupé, ou des six cents femmes qui depuis un an ont avoué leurs infanticides au sujet desquels il vient d'être interrogé par le premier président et le lieutenant criminel.

Il est plein d'anecdotes curieuses dont l'authenticité n'est pas contestable, celle-ci par exemple : « M. l'évêque de Coutances nous a rassemblés (j'entends les professeurs du roi). Il veut réformer notre collège, nous obliger de faire des leçons (il sait qu'il y en a la moitié qui s'en acquittent mal); mais aussi il nous fera payer.... 11 nous mènera chez le surintendant des finances pour nous faire payer ».

Tout ce qu'il raconte des juges, marchands de leurs offices, qui n'ont étudié que juste assez pour les acheter et les revendre, des abus qui déshonorent le Palais et auxquels le premier président s'afflige de ne pouvoir remédier, des universités qui vendent le bonnet de

1. Il ne répugnait pas à assister aux affreuses exécutions qu'il annonce : pour » former >• le fils d'un ami, il le menait voir rouer un misérable et lui montrait en détail toute la cérémonie.

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