‹ Correspondance de Gui Patin. Extraits publiés avec une notice bibliographiqueChapitre 18 sur 36 · XXIV INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXIV INTRODUCTION

docteur, des soldats qui pillent et tuent jusqu'aux portes de Paris, des ruines causées au royaume par les voyages du roi, des impôts écrasants et de la misère publique, se trouve confirmé ailleurs par des témoignages irrécusables. Si, après avoir rapporté ce qui se passait sous ses yeux, dans les provinces voisines de la capitale, il avait ajouté: « Le mal est encore plus grand dans les provinces éloignées, les lois y sont méprisées, les peuples exposés à toutes sortes de violences et d'oppression, les personnes faibles ne trouvent aucun secours dans l'autorité de la justice, les gentilshommes abusent de leur crédit pour commettre des actes indignes de leur naissance, la faiblesse des officiers est si grande que les crimes demeurent impunis », on attribuerait ce discours à une inimitié trop vive contre le gouvernement : or, qui parle ainsi"? Louis XIV, en 1665, dans ses lettres patentes pour les Grands Jours d'Auvergne.

Les sévérités de l'abbé de Saint-Pierre ne tirent pas beaucoup à conséquence parce qu'elles viennent d'un esprit chimérique et absorbé par la contemplation des « progrès que les hommes font dans la route de la félicité j>. Devant les terribles peintures de Saint-Simon, les gens qu'elles contrarient ont la ressource de dire que le peintre a été égaré par des ressentiments pei'sonnels, par les préjugés et l'intérêt de sa caste, par une verve effrénée. Tel n'est pas ici le cas : nous n'avons pas affaire à un rêveur isolé ni à un écrivain entraîné par un génie impétueux; pas plus d'utopie que de talent. On se tromperait fort si on prenait Patin pour un réformateur. Quelque peu libertin, libre-penseur peut-être, au sens que cette exijression reçoit de nos jours, il n'a pas l'esprit vraiment libre. 11 n'admet pas qu'en quoi

Page 1