‹ Correspondance de Gui Patin. Extraits publiés avec une notice bibliographiqueChapitre 19 sur 36 · INTRODUCTION XXV · texte numérisé non relu

INTRODUCTION XXV

que ce soit on s'écarte de la tradition. Molière dut songer à lui en monirant Diafoirus obstinément attaché aux opinions des anciens, hostile aux prétendues découvertes. Toutes nouveautés ral'fligent, il déplore le crédit qu'elles obtiennent et range les esprits remuants à côté des méchants et des fous.

Il n'a pas la moindre compassion des misérables auxquels des supplices barbares sont infligés en punition d'un blasphème ou de quelque autre acte irréligieux.

Il n'aime guère les cérémonies pieuses « que les plus fins ont inventées pour les plus simples x> et les regarde comme de petites inventions pharisiennes; il n'en va pas moins à la grand'messe, « en bon paroissien » ; il a un beau crucifix à sa cheminée. La grâce et la prédestination lui semblent des bagatelles dont on amuse le peuple; dans quelques lettres il a l'air de douter de bien des choses et même de l'existence de Dieu. Ailleurs, et cela paraît très sérieux, très sincère, il blâme en termes très vifs l'incrédulité de Gui de La Brosse, il loue Le Tellier de ne pas être athée, il admet nettement une action divine qui gouverne le monde, une providence : « Natura, furtuna, fatum sunt nomina unius ejusdemque Dei varie agentis in rébus humanis ». Était-il complètement à l'abri des superstitions qu'il tournait en ridicule? Certains passages donnent à penser que, malgré son mépris pour elles, il n'était pas tout à fait convaincu de leur inanité : « On parle de signes qui ont été vus au ciel dans toute l'Allemagne outre la comète, écrivait-il; et de plus, qu'à Leipsik on a trouvé des tombeaux ouverts dans lesquels du sang paraissait. Je ne suis pas d'avis d'en pleurer : il n'est peut-être pas vrai, le peuple sot et crédule prend plaisir à de tels contes. JNIais quelque chose qui puisse ariùver, il faudra s'y résoudre ».

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