INTRODUCTION XXIX
ajoute que cette gaîté n'est pas sérieuse et que la plupart de ceux qui l'affectent, n'en versent pas moins des larmes secrètes.
On eût bien étonné ces bourgeois chagrins, si on leur avait annoncé que leur époque devait être célébrée comme le plus magnifique moment de l'histoire de France, et que, tout en refusant de s'associer à cet éloge excessif, d'excellents esprits, dégagés de tout préjugé monarchique, reconnaîtraient dans le xvii« siècle de beaux côtés. Ces côtés, Patin et ses amis ne savaient ou ne voulaient pas les voir; ils n'étaient frappés que des côtés petits et laids. Ils étaient injustes, mais les erreurs des hommes, leurs sottises, leurs mensonges, sont des faits dont l'importance dépasse souvent de beaucoup celle des événements qu'on regarde comme comme les plus considérables. L'histoire ne devient une résurrection qu'à condition d'en tenir compte et de raviver les plaintes des générations passées lors même qu'elles sont sans fondement. Celles que nous entendons ici en ont un. Les mécontents ne se trompaient qu'à moitié : ils exagéraient leurs maux, ils ne les inventaient pas; ils souffraient réellement et beaucoup.
Ne demandez à aucun d'eux une image fidèle de la France. La pleine vérité ne saurait être fournie par une source unique; nul journal, nulle correspondance ne la contient. Le meilleur témoin, l'observateur le plus sagace, le mieux informé, le moins partial, n'a qu'une vue restreinte, incomplète, par conséquent pas très exacte, du monde auquel il appartient et des faits auxquels il assiste. Tout ce qu'on peut attendre d'un homme, c'est une des faces de son temps.
Patin nous présente précisément celle que nous risquons de méconnaître.