Saint Vincent de Paul
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gardes, lesquelles volent ici impunément aux bouts des faubourgs ceux qui entrent ou qui sortent de la ville.
On ne lait ici que pendre et rompre : avant-hier fut pendue une femme qni avait tué son enfant; aujourd'hui a été rompu dans la grève un méchant voleur de grand chemin, entre Chartres et Paris; il avait été clerc il n'y a pas longtemps chez un procureur au Châtelet. Un conseiller m'a dit aujourd'hui qu'il y en aura encore deux autres la semaine prochaine, lesquels volaient sur le grand chemin de Rouen.
On a fait mettre en prison un mathématicien qui s'est avisé de prédire que, le mois prochain, il y aura un grand changement dans la fortune de Mazarin. Le cardinal de Retz a mandé à ses amis de deçà c{u'ils ne se mêlassent plus en aucune façon de son affaire; que le pape avait pris ses intérêts de si bonne sorte, qu'il s'en fallait fier et attendre à lui tout seul. Le pape a refusé de donner les jjulles de l'évèché de Langres à l'abbé de La Rivière, et a dit pour cause de son refus ces propres termes : mutct mores, tollat simoniam.
Le roi consent que le pape fasse la paix, mais à la charge qu'auparavant le i*oi d'Espagne mettra le duc de Lorraine en liberté; que le pape renverra prisonnier dans le bois de Vincennes le cardinal de Retz, et qu'il ne se mêlera pas des affaires du prince de Condé. Le gouverneur d'Arras, nommé Montejeu, que le Mazarin y a mis, fait le méchant dans la place : il n'a pas voulu y laisser entrer M. Le Tellier; il a su, ou cru, qu'on lui voulait ôter le gouvernement; il menace, même on doute qu'il ne soit d'intelligence avec le prince de Condé, ou avec les Espagnols, qui voudraient pour grand'chose pouvoir retenir cette place. Cette nouvelle a alarmé la cour.
J'apprends que l'on a imprimé depuis peu en Hollande un poème de cinq ou six cents vers contre le Mazarin. Je ne l'ai point encore vu, et ne sais quand je le verrai, ni qui en est l'auteur; mais je tiens qu'il serait dangereux d'être saisi de telle pièce. Il n'est pas même
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aisé de deviner de quelle part vient ce poème, car cet homme possède une place que tant de gens envient, que je ne m'étonne point s'il a des ennemis, outre qu'il oblige fort peu de monde eu son ministère duquel il retient et garde pour soi-même le profit.
M. Guillemeau ma parlé de son histoire avec joie; la reine sait bien son dessein, qu'elle a Tort approuvé. Le temps viendra qu'il la verra à son retour de la campagne, et qu"il conférera de quelques points de très grande importance avec elle, comme de l'affaire de Clialais, qui eut la tète coupée à Nantes l'an 1026, et des desseins de Buckingham, pour lesquels il vint à la cour, comment ils furent éludés et lui trompé : amabat Junonem, et fut attrapé.
A Ci[. Si'ON. 21 juin iQ'6'6. — On pai'lc fort de l'amour du roi vers la nièce de Son Éniineuce la Mancini, et qu'il la veut épouser. Je ne sais pas ce qui en arrivera; mais tant d'autres choses ont précédé, assez incroyables avant qu'elles fussent arrivées, que je considère celle-ci moins que paradoxe. La reine a envoyé parles religions pour faire prier Dieu, afin qu'il plût à sa sainte bonté de détourner le roi d'un dessein qu'il a (n'est-ce celui-là d'épouser la nièce du Mazarin?). Il est vrai que quelquesuns disent que jamais le roi n'épousera celle-là, mais plutôt la princesse Marguerite, sœur du duc de Savoie, laquelle a deux autres sœurs mariées, l'une au prince Maurice, par-ci devant cardinal de Savoie, et l'autre au duc de Bavière.
Il y a environ quinze jours qu'un cerf blessa un gentilhomme à la chasse, qui était près la personne du roi, et voilà que tout nouvellement on nous annonce que le roi, la reine et iM. le duc d'Anjou ont échappé un grand danger de l'eau : leur carrosse a failli tomber dans l'eau, qui en cet endroit était fort profonde, et où il y en avait une pique de haut, en passant par-dessus un pont qui est à La Fère, par les deux chevaux de devant qui
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s'écliappèrent, et le corps du carrosse fuL heureusement retenu par des valets de pied. Vous voyez par là que nos rois très clirôtiens sont en la garde de Dieu, et que bienheureux est celui cjui a la vertu de guérir les écrouelles. Il n'en est pas de même du roi trAngleterre, qui a été malheureux jusc{ue sur léchafaud. Bon Dieu, cpiel changement il y aurait en France si ce malheur là était arrivé! Que seraient, que deviendraient, et oîi se pourraient cacher les pauvres Mazarins, et leur chef et toute la cabale? Certes je ne vis jamais un tel changement.
Sans le massacre de vos pauvres reformés, dans la vallée de Saint-Martin, la paix serait faite entre nous et Cromwell : il a dit qu'il voulait connaître de cette affaire, à cause de quoi il a envoyé au roi un gentilhomme tout exprès. On a dit c[u'il y a du bruit en Languedoc, et particulièrement à Nîmes, et devers IMonIpellier, et qu'il y a eu un colonel hollandais, mais catholicjuc, tué par les réformés, lequel s'en allait en Catalogne avec le prince de Conti,
Le gazetier Eusèbe Renaudot, auteur ôcVAntimoine triomphant, justifie là tout franchement et fait triompher par une étrange rencontre M. de Bautru Sery, fils aîné du vieux Bautru, cjui avait épousé la fille de feu M. de la Bazinière, trésorier de l'épargne. Cette femme encore toute jeune, grosse de son troisième enfant... il lui donna un verre de vin émétique dont elle mourut... Cela fait augmenter les exécrations de l'antimoine. N'estce pas là un bon remède?
Aujourd'hui a été rompu dans la rue Saint-Martin im nommé Prévôt qui avait tué sa femme il y a environ six semaines; il était âgé d'environ cjuarante ans. Le Chàtelet l'avait condamné d'être rompu tout vif et avoir auparavant le poing coupé; la cour a ôté le vif, il a été étranglé avant qu'être rom[)u.
Je pense cjuc vous vous souvenez bien ici d'un certain médecin de Blois nommé Papin', qui de Blois vint