RELATION. — DÉCEMBRE 1G'»0. 3G
ment surpris de nette nouvelle que, ne pouvant dissimuler son déplaisir, il le fit éclater sur les galères. La raison qu'il avait de leur imputer le blâme de ce passage, était qu'il n'avait jamais prétendu d'icellcs de faction plus utile et plus nécessaire que celle de lui aller chercher des avis; cpi'il leur était aisé de le tenir averti par le moyen de leurs felouques, ou bien en renforçant une galère de chiourme pour l'envoyer tous les jours d'un côté et d'autre; sur quoi il avait souvent, mais en vain , donné ses ordres verbalement et par écrit.
Nous côtoyâmes les îles de Capraja, l'Elbe, le Monte-Cristo, Montc- Argcntino, Gilo et Zanuti , et, le 19 août, dès la pointe du jour, les gardes découvrirent en tête de notre armée un vaisseau des ennemis; les nôtres firent force de voiles pour l'arriver, mais tous leurs efforts furent inutiles, et ne purent empêcher qu'il ne gagnât le Porto-Hercole. Il y en eut un qui tira un coup de canon pour signal aux galères qui avaient passé la nuit au Zanuti , et pouvaient , en moins d'une heure , avoir leurs éperons dessus. Il est vrai qu'appréhendant •le courre à Civita-Vecchia , ou peut-être plus avant, parce que le vent était un peu frais, elles firent semblant de ne le voir pas, et dirent après qu'elles croyaient que c'était un vaisseau de l'armée, bien qu'il ne leur fût pas difficile d'en savoir le nombre, et de les compter.
Le même jour, M. de Rordeaux propose dans le conseil que, désespérant de rencontrer les vaisseaux ennemis, il a l'intention de s'avancer jusqu'à Naples , afin de les attaquer, et de les brûler en quelque port qu'ils puissent être, et qu'il a avis que, dans cette ville, il y a déjà eu de grandes révoltes, et qu'il pourra pent-ctre trouver l'occasion de profiter de la mauvaise volonté de ceux que l'impuissance ou la crainte ont refrénés, mais non pas changés. Cette proposition était tropjustepour n'étre favorablement reçue. Le bailli de Forbin fut le seul qui la trouva impossible pour les galères. Ses raisons et ses difficultés étaient que la saison étaitpassée pour penser à ce voyage ; qu'un labèchc ou un mistral ' les trouvant sur les plages romaines, elles ne pouvaient éviter
' Mirtral (venl de M.-O ).
le naufrage ; qu'étant poussées d'une bourrasque , elles n'avaient sus ni sous vent aucun port qu'elles pussent courre. Sur quoi on lui représenta que celles des autres princes faisaient en tout temps ce trajet ; qu'il avait Civita-Vecchia , où il pouvait attendre un vent favorable pour gagner les iles -de Pons et Palmérie '. Répond que ces iles sont stériles, qu'il n'y a point d'eau pour leur aiguadc, et qu'il n'y a d'espace que pour six galères. Voyant que tout le conseil avait un sentiment contraire, il ajouta que le plus grand obstacle qu'il voyait en ce voyage, était que les galères manquaient de vivres, et que la plus graude partie avait peine d'en avoir pour le retour. On lui proposa d'aller à Civita-Vecchia, afin de s'y accommoder ce qu'il pourra , que cependant les vaisseaux lui fourniront trois mille quintaux de biscuit. Il méprisa ces secours, l'un comme très-incertain, et l'autre peu considérable, et conclut que le plus expédient est de lui donner congé, qu'il obtint par une ordonnance où étaient insérées toutes les raisons qu'il avait alléguées. Cela obligea les sieurs de Ternes, Baumes, du- Plessis, Valbelle, Saiut-Just et Montréal, qui savaient bien que leurs vivres devaient durer jusqu'à la fin du mois de septembre , de déclarer qu'ils eu avaient, et protester que leurs galères étaient en état de servir jusqu'en ce temps-là. M. de Bordeaux témoigne qu'il est content d'avoir avec lui ces galères, et qu'il se charge de leur subsistance et de la conduite de toutes les six , et demande seulement qu'on les renforce de chiourmes. Il ne veut point consentir qu'on affaiblisse son corps , et a des considérations sur tout ce qui peut, non pas changer, mais retarder le dessein qu'il a de revenir en Provence ; ce qui lui est enfin accordé avec une escadre de dix vaisseaux.
Le 20 novembre , le vent rafraîchit et nous sépara d'avec les vaisseaux ; deux seulement purent se tenir sur les bords ' durant deux jours qu'il nous tint en joli1; cela nous obligea de retourner sous le pa-
■ Palmérie, petite ile de U Méditerranée , e»t par 4<° a' N., et par 1 1* 4' * l'E. de Paris,
tout auprès et a 1*0. de l'île de Pons, au 1 Se tenir sur les bords, c'est-à-dire
S.-S.-O. de Monte-Ccrcclli. L'île Palmérie louvoyer.
est la plus O. du groupe d'îles situées à l'en- • Une galère en joli signifiait en panne ou
trée du golfe de Naples ; le milieu de cette ile en place uns avancer.